MAISONS-BLANCHES
(Deux cent vingt-quatre francs cinquante-cinq centimes) 22i 55
RENSEIGNEMENTS SUR LA CONDUITE ET LE TRAVAIL DE L'ENFANT DANS LA MAISON
Conduite religieuse et morale.
L'enfant a-t-il fait sa première communion dans l'établissement ?. .
A-t-il mérité des récompenses exceptionnelles ou encouru des punitions graves ?
Instruction primaire.
( à lire ?
A-t-il app)ris \ à écrire ?
f à calculer ?
Avait-il de l'intelligence et du goût au travail ?
Instruction professionnelle.
Quelle profession lui a-t-on enseignée ?
Était-il capable de gagner sa vie par son travail?
Relations avkc la famille
Est-il sorti de l'établissement suffiscmment corr.igê, et peut-on espérer qu'il se conduira, honnêtement au dehors ?
Oui.
Il a mérité des récompenses exceptionnelles pour son travail et sa bonne conduite ; il s'est distingué par son courage, lors d'un incendie.
Il savait lire, écrire et calculer ; il s'est perfectionné.
Oui.
L'agriculture.
Oui.
Père et mt're décédés.
II y e.'>t entré honnôto et laborieux ; il n'en est pas sorti plus mauvais.
Fait aux Maisons-Blanches, lo 25 novembre 1884.
Le Directeur de l'Établissement d'éducation correctionnelle, FiRMiN VALLADE.
LES MARTYRS DE LA VIE Ho
— Que comptes- tu faire !
— Oh! monsieur le Directeur, répondit l'ex-lOO, je n'ai pas dijiquiétude... On va me mettre en apprentissage.
— Qui?
— M. Abel Désormaux, le Président de la neuvième chambre... Il l'a déclaré le jour de ma condamnation...
— Eh bien, mon ami, va trouver monsieur le Président!...
Ce soir-là — 23 novembre 1884 — tout deneuf habille, etaux frais du directeur de la colonie, ainsi que l'ordonne un des articles du « Règlement général », Pierre Fargue voyageait en troisième classe, à destination de Paris. 11 tenait sur ses genoux un modeste bagage et avait dans sa poche quelque argent.
Aux lueurs de la lampe du wagon, il admirait son livret, son beau livret individuel.
Le voici donc libre, — non pas de la liberté de l'ex- « marquis », ni de ses anciens codétenus, Espidac et Goussard, que leur évasion ou leurs fautes, obligeaient, à se cacher — mais libre, honnêtement et légalement!
Les voilà donc tous partis, lancés dans le monde !
Qu'allaient-ils devenir?
Pierre Fargue, Auguste Goussard, la petite Sophie, Michel Espidac. Adrienle-Marquis, Sicaire Jandou et Victor Poléma incarnaient des milliers d'êtres semblables — toute la misère de l'abandon ou des conseils funestes.
Du comte Adrien-Ludovic de Montalbœuf — de cette victime de la Correction Paternelle — du jeune gentilhomme bouleversé à la fois par le souvenir des aïeux et son terrible amour, on pouvait espérer une métamorphose ; on pouvait l'espérer encore de la petite Sophie, laborieuse et douce, forcée au vol; mais, est-ce que l'humanité les aiderait à se reprendre? Le paysan Jandou et le nègre Poléma oublieraient-ils les leçons du MuOe et de Tête-de-Mort?
Fargue, lui, Pierre Fargue — le véritable innocent — s'illuminait toujours de cette phrase de M. le Président Désormaux : « A quatorze ans, on le mettra en apprentissage ! »
Et sans rien savoir de nos erreurs et de nos mensonges, de notre crime social éternel, des pontifes de la troisième République — les uns occupés à défendre leurs portefeuilles, les autres à les leur arracher — des députés extrêmes, comme les Nabot qui veulent tout détruire et bont impuissants à créer, des juges comme les Désormeaux qui se rapportent aux maîtres et leur obéissent, des moralistes, comme les La Palme qui aiment l'Idéal, les honneurs, et fabriquent de beaux discours sur la Vertu — sans rien savoir, hélas ! l'abandonné roulait vers la lumière.