‹ Les martyrs d'Arcueil: détails authentiques sur leur vie, leurChapitre 3 sur 9 · LES · texte numérisé non relu

LES

honorem Deo, et Patrise HberationeiD.

■ FONDATION DE L'ÉCOLE D'ARCUEIL. — QUEL- QmS DÉTAILS SUR LES HOMMES ET LEURS 'ŒUVRES.

Au priates^ps de .1863, dix-huit iu&is après la mort du P. Lacordaîre» quelques Religieux .dojDÎiiicains du !l?iers- ..OrdrerEttseignant, ay^nt à leur tê^e le R. P. CAPTIER, furent envoyés pour élablir dans l'anjcienne naaison de Ber-

Ihollet un collège sous le nom du Bienheureux Albert le Grand.

Né à Tarare (Rhône)» d'une des familles les plus honorahles de la ville, le P. Captier (1) avait trouvé autour même de son berceau les maîtres les plus capables de préparer la vie et la mort que Dieu lui avait réservées. Son père était un homme grave, ferme et juste, un vrai magistrat chrétien ; il avait pour épouse et pour fille deux femmes éminentes par l'intelligence et la piété, qui furent pour le P. Captier non-seulement les bons anges de la famille, mais encore des initiatrices sans le savoir dans l'art si profond et si délicat de l'éducation.

En sortant de leurs mains, Eugène Qaptier fut envoyé au collège d'OuUins, où

/ (1) Il reçut au baptême les noms de François^Eu' géne,ei plus tard en réWgionceuxde Louis-Raphaël'.

se trouvait déjà son frère aîoé, aujourd'hui prêtre de Sainl-Sulpice. Cette maison était alors dirigée par M. l'abbé Dauphin (1), dont rame élevée et capable des plus généreuses initiatives avait entrepris de résoudre le problème d'une éducation vraiment appropriée aux besoins des temps nouveaux. Le maître et le disciple se comprirent bientôt l'un l'autre, et il se forma dès lors entre le prêtre et l'enfant une de ces amitiés que le temps respecte et que l'épreuve fortifie. Il en fut de même pour les autres maîtres et pour les élèves de la maison : les plus^ pieux, les plus grands par les aspirations de leur âme devinrent alors et demeurèrent toujours les meilleurs amis du jeune Captier.

Au sortir d'OuUins, nous le retrouvons

(\ ) M. Tabbé Dauphin est maintenant chanoine de Saint-Denis.'

inquiet de l'avenir, et porUnt en son cœur une vocation religieuse encore n^al définie. 11 passe quelque temps à Paris au séminaire de Saint-Sulpice, puis il revient à son cher coHége, tourmenté par ce besoin de travjailler pour les enfants qui fut la grande nécessité de sa vie.

Cûmmeapprenlissage,iUccepteunefonction.bien humble hYExternat de VEnfanoe fondé à Lyon par M. Tabbé Dauphin.

Mais déjà un sentiment nouveau et complexe, mêlé de reconnaissance pour ses anciens maîtres et d'aspirations ardentes vers une action plus large et plus libre, occupait les rêves de son esprit et les pensées intimes de son coçur. Il avait vingt ans, et il projetait une grande oeuvre, quelque chose comme la rénovation chrétienne de l'enseignement dans tout notre pays. Dieu voulut qu'en ce même

temps une ifispirèHion 6€mblal>le s'enipa- .,rât de plusieurs âmes amies de la sienne; il en résulta l'idée première du Tiers- Ordre-rEnseigiiant de Saiul-Dominique, conçue par des imaîlres et. des élèves d'Oullins (1) pour perpétuer et propager, s'il était possible, Tœuyre qiui avait formé, consolé et encouragé leur jeunesse.

Au lieu d'essayer la fondation d'un Ordre nouveau, ils pensèrent tout d'abord . à s'abriter dans le sein d'une famille religieuse déjà consacrée par le temps ; et poussés par une invincible sympathie, ils se rallièrent à l'Ordre de Saint-Dominique, dont le P. Lacordaire poursuivait alors en France la glorieuse restauration.

Comme leur dessein de se vouer pardessus tout à l'enseignement et à l'éducation de la jeunesse était incompatible avec les

(1) MliLMerinet, Cëdoz, Mouton etCaplicr.

austérités qui rendent si admirable et si

difficile en même temps la règle des Frères-Prêcheurs, il fut convenu qu'on

adapterait à leur vie les observances du Tiers-Ordre, vénérables comme celles du premier Ordre par leur origine et leur antiquité, mais plus faciles à combiner avec les nécessités modernes de l'enseignement public (1). En même temps le

(i) La règle du Tiers-Ordre est en effet beaucoup plus simple que celle des Frères-Prêcheurs, et correspond assez bien aux usages des communautés fondjéesdepuis le Concile de Trente. Elle impose comme exercices religieux Toffice canonial récité en particulier, une oraison de trois quarts d'heure, la sainte Messe, une visite au saint Sacrement, une lecture spirituelle, et, chaque soir, léchant du Salve Regina,

Les austérités corporelles, si difficiles à concilier avec les travaux assidus de l'enseignement, se bornent, comme obligation, au jeûne de TAvent et du vendredi de chaque semaine.

L'habit de l'Ordre consiste en une tunique de laine

— la —

P. Lacordaire faisait connaissance à sa manière avec les nouyeaux enfants que Dieu lui avait envoyés, c'est-à-dire qu'il sondait d'une niain aussi vigoureuse que délicate la profondeur de leur àme et la solidité de leur vocation.

Le 10 octobre 1852, le P. Lacordaire, av^c Taulorisation du Révérendissime P. Jandel, général de l'Ordre de Saint- Dominique, ouvrit le premier noviciat du

blancbe, que Ton porte constamment. Dans Téglise et dans les sorties on y ajoute une chape ou manteau de couleur noire.

Au chapitre général de l'Ordre des Frèrea-Prêcheurs, tenu à Rome en 1868, le Tiers-Ordre enseignant a été reconnu solennellement comme une branche légitime de la famille dominicaine, vraiment issue de son glorieux patriarche et du P. Lacordaire son digne fils. En 4869, la S. Congrégation des Rites lui a reconnu le droit d'user de la liturgie particulière de l'Ordre, et depuis lors d'autres faveurs précieuses lui ont été accordées par le Saint-Siège.

Tiers-Ordre-Enseignant. Il voulut que

deux monur»ents consacrassent cette àale

mémorable : une croix et un nom. La croix fut posée 5ur «n rocher entouré de

grands arbres, dans l'enceinte du couvant de Flavigny ; le nom, emprunté au saint archange R-aphaël dont on célèbre la fête ce jour Jà, fut donnèau P. Caplier, celui des quatre fondateurs qui était le plus jeune et, semblaiMl, le mieux prédestiné.

Après un an d'un noviciat laborieux et austère, auquel le P. Lacordaire voulut présider lui-même jusqu'au dernier jour, les Dominicains-Enseignants prirent possession de rÉcole d'OuUins et prononcèrent leurs vœux. Le P. Captier reçut en partage les fonctions de procureur et de professeur de philosophie. Mais en réalité toutes les charges de la vie enseignante

étaient bonnes pour celui qui s'était donné aux enfants jusqu'à la mort et par delà (1).

Il devint successivement professeur, surveillant, suppléant, et tout ce qu'on peut être dans un collège quand on n'a d'autre souci que le bien commun.

Pendant ce temps, le P. Laeordaire, non content d'avoir prêté à la fondation du Tiers-Ordre-Enseignant le prestige.de son nom, lui donnait les dernières années de sa glorieuse carrière, et recom-

(4) La donation que le P. Caplier avait faite de laimtoe en entrant dans la vie religieuse était en effet sans mesure et sans retour. En 1 869, à l'époque où sa participation très-remarquable aux travaux de la Commission de renseignement supérieur attirait l'attention du public, quelques-uns le soupçonnèrent d'être ambitieux et de viser à Tépiscopat. Je lui parlais un soir de ces racontages, lorsqu'il m'interrompit brusquement : « Mon père, me dit- il, je me suis fait c religieux pour servir les enfants, et je n'ai jamais . « désiré.autre chose que de mourir à leur service. »

mençait à Sorèze, avec un éclat digne de son génie, ces fonctions d'instituteur de la jeunesse qu'il avait essayées autrefois à Paris quand il était maître d'école^ avec M. de Montalembert pour associé. Au commencement de 1856, il appela près de lui le P. Captier, le fit ordonner prêtre, et lui confia la double charge de maître des novices et de censeur de l'École. Aux vacances de 1857, il le renvoya à Oullins en qualité de Prieur.

Le P. Caplier avait vingt- huit ans quand il rentra comme supérieur dans la maison où s'étaient passées son enfance et sa jeunesse. Il y retrouvait, avec mille souvenirs aimés, bien des hommes qui avaient été autrefois ses condisciples ou ses professeurs. Mais son autorité de prieur n'en souffrit pas un seul instant. Il avait conquis tout d'abord, par l'élévation

de ses pensées et Ténergie de son caractère, un tel ascendant sur les maîtres et les élèves, qu'il lui suffisait de désirer une chose pour être immédiatement obéi.

Alors commença pour la maison d'OuUins une période de prospérité toujours croissante; alors aussi le P. Captier révéla les trésors dont son cœur était rempli. Jusque-là on ne connaissait de lui que les qualités viriles et austères qui font le religieux modèle et le rude chrétien; bientôt on découvrit qu'il possédait aussi les inépuisables tendresses de la paternité spirituelle et tous les talents d'un éducateur vraiment digne de ce nom. Son activité renouvelait tout, son intelligence suffisait à tout, son cœur animait tout d'un souffle ardemment et vigoureusement religieux. Après le P. Lacordaire, qui fut son maître dans l'art difficile de

s-emparer des jeunes âmes au o^m de Jésus-Christ, nul ne parvint au même degré à les toucher jusqu'en leurs profondeurs les plus secrètes et à les préparer pour les combats de l'avenir. Plus tard, quand on aura pu recueillir le témoignage de ceux qui s'honorent d'avoir été -ies fils spiritttels du P. Captier, on écrira à sa louange un de ces livres qui parlent aux âmes comme une révélation d'en haut.

Cette période dura six «tnnées, pendant lesquelles le P. Captier ne quitta OulHns tfaepouraller porter au P.Lacordaire mourant les dernières consolations qu'il pouvait recevoir sur la terre, et pour aider ses frères, que la mort de leur chef rendait plus qu'orphelins, à supporter sans fléchir le poids des épreuves douloureuses qu! la suivirent dsprès. Sans en élre «battu, lui-

même en souffrit cruellement : sa santé, toujours faible jusque-là, subit une altération visible, et, en 1863, à la fin de i'iûver, il dut résigner sa charge pour prendre un peude ce repos nécessaire dont iil s*était privé depuis dix ans.

Le repos du P. Gaptier fut aussi fécond en œuvres que l'avait été son travail. Retiré dans la solitude de Chalais où il avait arrêté jadis les grandes lignes de sa vocation et de sa vie religieuse, il évangélisait Voreppe qui a pieusement gardé son souvenir; il repassait, aussi et j u geai t. tour i à tour les années de sa vie enseignante fit les leçons d'une expérience déjà plçiae .de lumières et de fruits. Au bout de quelques mois, il se sentit comme renouvîclé dans ses forces et plus en possession de lui-même que jamais, et il se déclara pr^l à retourner au combat.

Le combat, car tel est le vrai mot dont il faut se servir» c'était la fondation d'une grande école près de Paris. Tout d'abord, ce projet parut facile à réaliser : de nombreuses familles en désiraient Taccomplissement, et la maison de Berlhollel, à Arcueil, qui fut choisie pour recevoir le nouveau collège, ressemblait, en ce printemps de 1863, à un nid d'oiseaux construit parmi les fleurs pour une famille nouvelle. Mais il fallait compter avec les difficultés administratives. Au nom de la loi de 1850, les Dominicains enseignants se présentaient, leurs diplômes en main, pour fonder un nouveau collège. Au nom de l'omnipotence impériale, M. Rouland, alors ministre de l'instruction publique et des cultes, renvoyait les pièces déposées en déclarant, comme aux jours du bon plaisir, que la chose lui semblait inop-

portune. M. Duruy, son successeur, consentait à admettre les nouveaux venus, mais seulement comme professeurs, et en vertu de la loi de 1850, laissant le reste de la question à M. Boudet, ministre de rintérieur, qui les proscrivait comme religieux au nom des lois révolutionnaires et leur envoyait chaque semaine un commissaire de police dont les manières étaient fort gracieuses, mais dont la mission consistait à les jeter dehors. Hélas !

ne verrons-nous pas finir ces persécutions insensées? Reconnaîlra-t-on enfin des citoyens dans ces Français, qui vivent, qui travaillent et qui meurent pour leur patrie, et leur laissera-t-on un jour le droit de faire en paix le bien qu'ils poursuivent avec un labeur si persévérant? Il y a encore, dit-on, des lois qui ne sont pas abrogées et qui s'y opposent. Mais la mémoire

bénie du P. Lacordaire, mais le sangde ses fils et de tanl d'autres prêtres martyrs de la religion, de là charité et de la liberté, ne feront-ils pas comprendre à la France de' quel côté sont ses vrais serviteurs?

Pour conserver l'école naissante, malgré la persécution dont ils étaient Tobjet, leP: Caplier et ses compagnons durent quitter leur habit religieux pendant près de deux années. Il est impossible de dire ce que le P. Captîer déploya de patience, d%abileté et d'énergie dans ces circonstances difficiles, rendues plus difficiles encore par les embarras matériels qui accompagnent toujours une grande fondation. Mais il se consolait par le contact desa famille spirituelle. Dans les premiers temps, c'était un troupeau bien hunîble et bienpetit, une douzaine d'enfants, la phipatl venys d'Oullins à la suite' de leur

maître bien-aimé. Peu à peu le noinbre^ s'accrut, la confiance vint, puis la renommée, non pas celle qttireebercbe la publicité éclatante, mai» celle qui s'en va, mcKlt^e et çonvaincuer chercher de foyer en^foyisr des suffrages et des succès pour celui«qu'elle a bien voulu choisir. Â me<^ sure que gruBdis»ait la maison d'Arcueil, on sentait que le P. Captîer grandissait avec elle, et le dernier venu^ à Tépo^ que où elle compta jijtôqu^ trois cents:

élèves, tenait en sonccuir autant: de place que l'un de ces douze qui portent le titre d'élèves^fondalcur^ de l'École . Albert-le>- Grand. Sa parole aussi devenait plus puis*^ santé et plus magistrale : on le considé^rait, on le recherchait' davantage dans le monde qui vit par rintelligeiMse et qui se préoccupe de l'avenir. Ceux, qui, da&S:

leur jeunesse^ avaient été les amis du

P. Lacordaire, devinrent pour le P. Captier autant de soutiens et de prolecteurs.

Il se trouva naturellement désigné pour reprendre et continuer avec eux l'œuvre de liberté chrétienne commencée en 1831.

C'est ainsi que nous le trouvons en 1868, parmi les fondateurs et les eollaboralpirs les plus zélés de la Société générale d^édu-cation et d'enseignement. Plus tard, quand l'Empire essaya d'entrer dans une sorte de mouvement libéral, et voulut porter la lumière dans les questions relatives à l'enseignement supérieur, le P. Captier fut choisi pour représenter les collèges libres dans la commission formée à cet effet.

Mais ces préoccupations, bien que nobles et saintes, ne suffisaient pas à remplir une si grande âme. Par dessus tout, il s'inquiétait des choses religieuses, et.

S religieuses, il poursuièrroissement cl la sanctis- Ordre-Enseignant, cette lœur fondée au milieu de ). Désigné ^par le choix frères pour remplir la see son Ordre, celle de premis confirmé par un autre rns ses fonctions de prieur chargé également de relille religieuse au chapitre le, (]ui fut tenu en 1868, rdre-Enseignanlfut définiïoré à l'ordre des Frères

I de la fraternité qui subdeux branches de la fane, l'Ecole d'Arcueil s'as-

?. Capiier, outre des maauscriis Ires précieuses qui neseront pas.

sora, dès l'année 1864, le concours du R.

F.Thomas BQURARD. C'étail un des religieux les plus anciens et les plus distingués de son Ordre, ir était reçu avocat quand, en 1841, il entra dans la famille de Saint-Dominique avec les premiers compagnons du P. Lacordaire. Obligé par un

nous Tespérons, perdues pour ses amis, une série de- discours dont voici les titres :

Des sciences positives (OuUins, 1858).

De V école libre et de ses rapports avec les fa^ wîTi/ô5(0ullins, 1860).

Le collège chrétien devant la socUtémodern^ (Ar* cueil, 4864).

Quelques pensées sur V éducation nationale (Arcueil, 4865).

Matérialisme et spiritualisme (Arcoeil, 486T).

De la haute éducation et de Vesprit de famille (Arcueil, 4 868 et 4869).

La réforme sociale par renseignement (Société générale d'éducation et d'enseignement, 4868).

Discours sur la liberté de Vensdgnemmi supérieur (avril 4870), publié par la môme Société.

ruûtif de santé de suspendre son noviciat commencé à la Quercia, près Vilerbe, il le reprit Tannée suivante sous les cloîtres de Bosco illustrés par le^ouvenir de saint Pie V. Alasuite.du rénovateurde l'Ordre de Saint^Dominique, il revint bientôt en France et commença le cours de ses prédications, quelquefois interrompu par les fonctions- de renseignement théologique.

Ceux qui l'ont entendu dans la chaire évangélique ont.g^rdé le souvenir^de sa parole toujours pleine de doctrine et relevée souvent par de spirituelles saillies.

Comme professeur, il était catholique avant tout et profondément dévoué aux enseignements du Siège de Pierre» puis thomiste scrupuleux, à ce point ^que sa fidélité minutieuse envers les leçons. du docteur angélique était passée en provfîiibe.dans son Ordre.

Envoyé en Corse vers 1857, il y avait bâli le couvent de Corbara. Dans TEcole d'Arcueil, il portait le titre et exerçait les fonctions d*aumônier. C'était pour tous un consolateur et un père sur les lèvres duquel on ne trouva jamais que des paroles empreintes d'une charité véritable et d'une charmante gaîté. II fut Tami de l'abbé Deguerry, comme lui victime de la Commune, et du vénérable abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame-des- Victoires, qui disait pour le désigner : « Ce petit Père qui a été avocat et qui rit toujours. ))

Le P. Bourard avait cinquante-deux ans. Beaucoup plus jeune était le P. Henri COTRAULT, Procureur de l'Ecole d'Arcueil. Né à Saint-Amand (Cher), il avait fait ses premières éludes au Petit-Séminaire de Bourges, où il eut pour maîtres

les Dominicains enseignants. Il - entra dans leur Ordre aussitôt qu*il lui fut donné de reconnaître la volonté de Dieu, et ne cessa,dès le premier jour, de progresser en science, en piété et en dévouement à l'œuvre conimune. Surveillant d'abord, puis professeur, il sut gagner le cœur de ses élèves : rien n'est touchant comme le souvenir qu'ils lui ont conservé. Plus tard, lorsqu'on vit se développer en lui d'une manière inattendue ces qualités de prudence et de sagesse pratique qui furent le caractère dominant de sa vie, on lui confia la difficile mission d'administrer le temporel d'Arcueil. Avec lui nous devons encore nommer le R. P. Constant DELHORME, Fun des religieux les plus anciens et les plus méritants du Tiers- Ordre-Enseignant de Saint-Dominique. Il était à Lyon en 1832, et poursuivait le

coursjdeses études ecclésiastiques quandil s'attacha à l'œuvrerécemment fondée par le P. Lacardaire qu'il suivit à Sorèze en 1854. Le P, Delhorme, esprit exact et cultivé, avait de.grandes qualités comme professeur, et de plus, grandes encore comme éïducateur de la jeunesse. Les élèves qu*il a connus lui ont gardé. une tendre affection qui maintenant devient un vrai culte.

Absent d'Arcueil pendant le premier siège, il revint dès les premières lueurs de paix, reprendre ses fonctions de régent des études.

Le Frère Pie-Marie CHATAGNERET, venu comme lui de Saint-Brieucoii ils s'étaient réfugiés ensemble, élait entré dansi l'Ordre depuis peu d'années et n'avait piis encoradépasséles honneurs modestes du 'Sous-diaconat:.il cachait sous des formes quelquefois .un peu brusques un caractère

— ai —

plein de noblesse et de générosité. Aux religieux que nous venons de nommer se Joignaient le R. P. Rousselin, censeur de l'Ecole, M. l'abbé Grancolas, professeur distingué de philosophie et d'histoire, MM. Bertrand, Rézillot, Voland, Barbe- . dette, Gauquelin, Petit, Gauvain, maîtres auxiliaires, dont le dévouement avait survécu à toutes les épreuves ; une douzaine d'élèves, cinq sœurs de Sainte- Marthe, attachées à l'Ecole, et quelques domestiques demeurés tîdèles jusqu'au bout : tel était en avril 1871 le personnel de l'Ecole Albert-le. Grand.

D^à la guerre étrangère avait coûté à l'école d'énormes sacrifices. Car une fois les hostilités commencées, la première pensée de tous, dans celte maison aussi ardemment française que profondément chrétienne, avait été de s'associer, dans

la < du possible, aux

efforts du pays luUanl contre l'étranger.

Les élèves offrirent une somme considérable pour les victimes futures de Ja guerre. Les religieux donnèrent leur personne. Trois d'entre eux partirent pour l'armée (1), et passèrent l'hiver sur le champ de bataille, tandis que tous les autres se consacraient, dans l'enceinte même du collège, au soulagement des pauvres blessés du siège de Paris (2), dévouement d'autant plus méritoire que l'École d'Arcueil, située aux avant-postes de l'armée française, était perpétuellement sous le feu des canons allemands.

Son ambulance, qui fut créée vers le

(I) Les pp. Baudraud, Barrai ciReynier.

(S/ EoviroD quinze cenls blessés ou malades furent reçus ei soignés dans l'ambulance de l'Ecole Albert-le-Gran<l.

10 septembre et devint dès lors le siège d*un comité local dans lequel entrèrent M. Eugène Lavenant, maire, et M, Durand, curé d'Ârcueil, donna pendant deux mois et demi une hospitalité fraternelle à la huitième ambulance internationale, qui avait pour aumônier le P. Anatole de Bengy, jésuite, frappé lui aussi par les massacreurs de mai.

Pendant tout ce temps, les deux Sociétés rivalisèrent de sollicitude, d'intrépidité, de témérité quelquefois; M. Durand, curé d'Arcueil , M. le docteur Durand , M. Octave Mopioot, M. Chambarlhac, et le P, Rousselin, firent preuve d'un dévouement sans bornes. C'est alors que M. le comte de Dampierre, commandant du 3' bataillon des mobiles de l'Aube, frappé le 13 octobre au combat de Bagneux, vint mourir à Arcueil entre les

bras du P. Houles. Alors aussi le P. Coirault, chargé de radminislration matérielle, déploya les qualités éminentes dont il était doué, faisant trêve quelquefois aux soucis d'un. approvisionnement toujours difficile pour aller ramasser Jes blessés sous le feu de l'ennemi.

Ce feu s'éteignit enfin, et la paix fut annoncée (1). Tout aussitôt l'Ecole rouvrit ses. portes : mais les cours commençaient à peine quand éclata la guerre civile. Placé entre le fart de Montrouge, le fort de.Bicêtre et la redoute des Hautes-Bruyères, Arcueil se trouvait nécessairement enfermé dans les lignes de la Commune de

(1) Quelques-uns des religieux en profilèrent pour fjlire une courte absf^nce. Plusieurs furent surpris par les événements de Paris et ne purent revenir à leur poste. C'est ainsi que le P. Houles, le P. Baudrand et quelques autres échappèrent à la mort.

Paris. Au lieu d'abandonner leur maison, les Pères résolurent de continuer plutôt leurs fonctions d'ambulanciers ; ils relevèrent au fronton de leur collège le drapeau delà Convention de Genève, et avec le secours des maîtres auxiliaires que la paix avait réunis autour d'eux, ils recommencèrent à parcourir les champs de bataille du sud de Paris pour recueillir les blessés et donner la sépulture aux morts.

A rintérieur de l'école, les pauvres soldats, réguliers ou fédérés, étaient soignés par la main charitable des sœurs de Sainte-Marthe.

Dans les premiers temps, ces efforts d'abnégation furent respectés par les gens de la Commune. Les moins égarés d'entre eux se plaisaient à être soignés et accueillis par les dominicains d'Arcueil.

Plusieurs perquisitions eurent lieu néan-

moios, pendant lesquelles la maison fut fouillée de fond en comble, sans qu'on y trouvai autre chose que les insignes témoignages d'une charité que rien ne décourageait. On continua, avec d'autant plus d'ardeur, à relever les blessés sur 1& champ de bataille, et l'on attendit patiemment le triomphe de la justice et de la liberté. Nombre de bataillons de la garde nationale, entrèrent ainsi en relations avec l'Ecole. Plusieurs montrèrent de la reconn3issance et quelque sympathie.

D'autres, loin de se montrer bienveillants, semblaient pardonner à peine les actes de charité dont ils étaient l'objet.

Plus d'une fois les pauvres religieux durent essuyer des bordées de blasphèmes, ou bien écouler des forfanteries d'impiété comme celles de ce sieur Cerisier, colonel de la 13* légion, qui se vantait (( de ne

croire ni à Dieu ni aux hommes, et d'avoir été déjà trois fois condamné à mort.» Il faut dire qu'on ne se troublait guère vis-à-vis de tels interlocuteurs. Chacun accomplissait paisiblement sa tâche habiluelle. Le P. Bourard, mettait la dernière main à un vaste Traité des AngeSy où il avait entrepris de résiimer la doctrine de saint Thomas sur cette difficile question. Quant au P. Caplier, il avait commencé pendant le premier siège une série de Lettres sur la vie religieuse, et il tenait à les terminer avant la rentrée des élèves. La série devait se composer de cinq lettres : quatre ont été écrites en entier; la cinquième, à peine ébauchée, a été interrompue par un témoignage plus éloquent que toutes les exhortations.

Page 1