‹ Les martyrs d'Arcueil: détails authentiques sur leur vie, leurChapitre 4 sur 9 · L'ARRESTATION · texte numérisé non relu

L'ARRESTATION

Le 17 mai, plusieurs événements eurent lieu qui émurent et inquiétèrent les in* surgés. A l'avenue Rapp, c'est-à-dire dans Teneelnte de Paris et à six kilomètres au moins d'Ârcueil, une capsulerie faisait explosion. Dans le val de la Bièvre, divers postes avaient été enlevés à la baïonnette et sans bruit. Enfin, à quelques pas de l'Ecole, le cbâteau de M. le marquis de LaplacCr transformé en caserne et occupé par les fédérés, avait été incendiée Oa

voulut absolument que la communauté d'Arcueil fût pour quelque chose dans cesfailssi dissemblables; il n'en fallait pas davantage aux fédérés pour décider une arrestation.

Le vendredi 19 mai, entre qualre et cinq heures du soir, Técôle d'Arcueil, renfermant vingt blessés recueillis la nuit précédenle sur le champ de bataille, reçut la visiîe des citoyens Léo Meillet et Lucy Piat, délégués de la Commune de Paris, et revêtus de Técharpe rouge ; Thaller, prussien, sous-gouverneur du fort de Bicétre, et Cerisier, dont nous avons déjà parlé. Pendant que ces citoyens enlraient victorieusement par la porte principale, le 101* et le 120* bataillons cernaient la propriété en enfonçant les clôtures, et pénétraient par toutes' les issues, laissant des sentinelles de distance en distance,

avec la consigne de passer par les armes quiconque tenterait de sortir.

Sur Tordre de Léo Meillet, le P. Captier dut comparaître. On lui présenta un mandat de la Commune n'alléguant ni plainte ni motif légal, mais signifiant à tous les membres delacommunauté, depuis le prieur jusqu'à la dernière des servantes de la cuisine» d'avoir à se mettre à la disposition des délégués. Une demiheure fut accordée pour les préparatifs indispensables. Et comme on sonnait la cloche afin de réunir les personnes de la maison (1), Lucy Pial, prenant ce son de cloche pour un signal suspect , parlait déjà de fusiller l'enfant coupable d'un si grand crime. Cependant, un à un, les religieux, les professeurs auxiliaires, les

(4) Voir à la fin du volume la liste de toutes les personnes arrêtées le 49 mai à Técole d'Arcueil.

sœurs, les domestiques elles sept ou huit élèves restés dans la maison s'étaient réunis autour du P. Caplier. Lorsque fut donné le signal du départ, tous se mirent à genoux, les yeux pleins de larmes, et lui demandèrent sa bénédiction. « Mes « enfants, leur dit-il, vous voyez ce qui « se passe ; sans doute on vous interro- « géra: soyez francs et sincères cormiae « si vous parliez à vos parents. Rappelez- « vous ce qu'ils vous ont recommandé en « vous confiant à nous , et , quoi qu'il « arrive, souvenez -vous que vous avez à « devenir des hommes capables de vivre a et de mourir en Français et en Chré- « tiens. Adieu : que la bénédiction du « Père, du Fils et du Saint-Esprit desu cende sur vous et y demeure toujours, « toujours! »

Alors s'organisa le voyage fatal. Les

voilures de l'école ayant été mises en réquisition, on y entassa d'abord les religieuses et les femmes au service de la maison, en leur interdisant, sous peine d'être fusillées , toute parole, tout geste, tout signe d'adieu. Elles furent dirigées d'abord sur la Conciergerie, puis sur la prison de Saint- Lazare. L'arrivée des troupes de Versailles leur rendit la liberté dès le mardi suivant, avant que les malfaiteurs qui les gardaient au nom de laComroune eussent pu mettre à exécution les menaces odieuses dont elles furent l'objet pendant qualre jours. Les élèves devaient également être emmenés; mais, grâce au peu d'entente des chefs fédérés, on sursit à leur arrestation (1).

(4 ) Voici les noms des élèvesqui se trouvaient alors à l'école : Jacques de la Perrière, François Robillard, Frédéric Kiéner, Georges Anchier, Louis Molhbn,

Lorsqu'il ne resta plus que les Pères, les professeurs et les domestiques, on les fit descendre dans la première cour, où ils furent entourés par les hommes des lOl'^

Gabriel Abadie, Georges Charaudeau, Firmin Boussard, Augustin Revel, Charles Revel, Adolphe Guis.

« J'ai bien reçu Tordre de vous conduire à THôel de Ville, l^ur dit le commandant Quesnot, mais es ordres de la Commune sont élastiques, n M. Jacques de la Perrière, l'aîné et le chef de ce troupeau abandonna, en prit aussitôt la conduite avec une intelligence* et un dévouement au-dessus de tout éloge. Il obtint du commandant de se retirer avec ses condisciples dans un bâtiment séparé du collège, désormais occupé par les fédérés, et d'y emporter quelques objets précieux qui furent ainsi sauvés du pillage. Dans les derniers jours, grâco au môme commandant Quesnot, les pauvres enfants purent s'échapper sans bruit et trouvèrent un asile chez quelques personnes amies de l'école.

Le 25 mai seulement , la maison étant évacuée, ils purent y rentrer sous la protection des troupes de Versailles ; ilsy furent retrouvés par le P. Rousselin qui arriva le môme soir.

el 120* bataillons. La porte s'ouvrit, et le corlége se mit en route pour le fort de Bicêlre, situé à trois kilomètres de l'école. On traversa d'abord les ruesd'Arcueil. La population regardait en silence, mais Jtoute sa sympathie était pour les * prisonniers. « Quand ils sont passés devant notre porte, disait une pauvre femme, et que j'ai vu marcher au milieu des fusils le P. Captier et tous ces messieurs qui nous faisaient tant de bien, j'ai pensé que c'était Jésus-Christ avec ses disciples, s'en allant à Jérusalem pour y être crucifié. »> A Gentilly, qu'il fallut traverser ensuite, Jessentiments n'étaient plus les mêmes, et les prisonniers durent subir toutes sortes de paroles outrageantes.

11 était sept heures du soir quand la colonne arriva au fort de Bicêlre. Les captifs

furent enfermt'^s d'abord dans une cham-

bre élroite, où ils durent attendre, au milieu des insultes les plus grossières, leur tour de comparaître devant le gouverneur du fort pour les formalités de Técrou.

Elles durèrent longtemps, à cause du nombre. Chacun subissait un semblant d'interrogatoire où il n'était question d'aucun crime, délit ou chef d'accusation quelconque, puis il élait fouillé, dépouillé de tout ce qu'il portait sur lui (les bréviaires mêmes furent enlevés aux religieux) et conduit dans la casemate n** 10, qui regarde la porte du fort. Il était près de minuit quand on y déposa le P.

Captier et les autres religieux. Groupe par groupe, leurs compagnons arrivèrent :

• vers deux heures du matin la porte se referma sur les derniers. Elle ne devait plus se rouvrir pour eux qu'au moment de marcher à la mort.

Celte première nuit fut extrêmement dure : la casemate renfermait à peine quelques restes de paille humide et hachée déjà par le séjour des soldats-citoyens, et chacun dut chercher à tâtons une place libre sur le sol nu. Le jour étant arrivé, on lâcha de rendre moins incommode ce lamentable réduit. A force de réclamations, on obtint quelques bottes de paille fraîche, et après quelques jours les bréviaires furent rendus aux religieux. Le P. CapUer ayant pu obtenir du papier et un crayon, entra en relations avec le gouverneur du fort. Il obtint ainsi la mise en liberté de deux enfants, Emile Delaître et Paul Lair, incarcérés avec les autres serviteurs de l'école. Ce qu'il obtint plus difficilement, ce fut la faveur d'un sérieux interrogatoire; car les vingt-cinq prisonniers ignoraient absolument la

cause de leur arrestation. Quelque chose fut accordé cependant :1e dimanche, dans Taprès-raidi, le P. Captier et le P. Co- Irault furent amenés devant le citoyen Lucy Plat, qui, après une conversation assez longue, leur déclara qu'ils n'étaient ni accusés, ni prévenus, ni même prisonniers, mais seulement retenus en qualité de témoins. En cela il leur disait sans le savoir une parole prophétique, car Dieu les avait marqués pour rendre à son nom le témoignage suprême du sang versé.

On espérait que les interrogatoires continueraient le lendemain lundi, mais il n'en fut rien. Au contraire, à partir de ce moment, les chefs du fort cessèrent leurs relations avec les prisonniers. Il est probable qu'en s'abslenant ainsi ils cédaient à la pression de leurs hommes, car pendant que les officiers conservaient vis-à-

vis des Pères un semblant de politesse, leurs suborbonnés renouvelaient à toute heure leurs outrages et cherchaient à les rendre de plus en plus grossiers. A chaque instant on voyait paraître aux fenêtres de la casemate des hommes avinés et des créatures infâmes : ils regardaient les prisonniers, puis leur jetaient à la face des épilhèles impossibles à reproduire, ou bien lisaient avec affectation les articles les plus éhontés des journaux de la Commune. Un jour ils aperçurent le sousgouverneur du fort, qui, la casquette à la main, réintégrait le P. Captier dans sa prison après une sorle d'interrogatoire.

Cet acte de respect exaspéra les fédérés :

il y eut comme un émeute à la casemate; à partir de ce moment, les vivres que les prisonniers recevaient furent pillés et supprimés en roule, de telle sorte que peu-

dant deux jours on leur refusa jusqu'à un verre d'eau.

Le mercredi 24, on fit une exécution dans la cour du fort, sous leurs yeux : il y eut à ce propos un redoublement de menaces et d'allusions cruelles. Ce jour-là, M. l'abbé Féron, aumônier de l'hospice de Bicêlre, vint trouver le gouverneur du fort et le supplia de lui confier à lui-même les membres de la communauté d'Arcueil, déclarant qu'il en répondait sur sa tête jusqu'à ce qu'ils pussent être jugés. Ce généreux effort devait être inutile; d'ailleurs la Commune avait déjà tout réglé :

l'école était vouée au pillage et à l'incendie (1) ; quant aux personnes, elles appar-

(1) Le pillage eut lien en effet le 23 mai : une vingtaine de voitures furent mises en réquisition dans le village d'Arcueil et durent prendre le chemin de Bicêtre chargées de tout le mobilier que Ton

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