‹ Les martyrs de l'honneur [microforme]Chapitre 4 sur 15 · TES · texte numérisé non relu

TES

— Tu sais que sur ce point je te laisse absolument libre, pourvu que ton choix.

— Eh bien donc, j'éclairerai Mlle Ida, et j'appellerai la loi à mon aide, pour la protéger contre la violence de son persécuteur.

— Ah çà, mon pauvre fils, es-tu devenu fou ?

demanda Mme van Gicrsteen, stupéfaite. Tu parle comme un insensé, li nous reste d'autres moyens pour tenter ce que tu appelles la délivrance de la jeune demoiselle. Par exemple, je puis aller trouver Mme von Wciler et lui demander franchement pour toi la main de sa fille.

— Oh ! mère, s’écria le jeune homme, fais cela, et je te bénirai jusqu’à mon dernier jour.

— Îl n'est pas du tout certain, Hugo, que ma demande ait le résultat que tu désires.

— Je t’en supplie, mère, essaye toujours.

— Je le veux bien; mais il ne faut pas être trop pressé, Hugo. Il y a certaines choses que je dois d'abord bien savoir. Tu es convaincu, n'est-ce pas, que Mlle Ida éprouve pour toi la même inclination que tu éprouves pour elle, qu’elle t’aime en un mot ?.. Tu ne réponds pas, mon fils ?

— Je n’ose pas te tromper, mère, murmura le jeune homme avec confusion, Mlle Ida me sourit de l’air le plus aimable lorsque j'ai le bonheur de la voir; ses yeux ont des regards pleins de douceur et se fixent sur les miens avec émotion ; mais ressent-elle pour moi ce que j'éprouve si

ardemment pour elle ? Je l'espere, je le crois, mais en être certain, non.

— Et ne prévois-tu pas ce que ma démarche

aurait de ridicule, Hugo, si Ida était restée indifférente pour toi et si elle repoussait même ta demande ? Tu devrais donc savoir d'abord si elle à pour toi une véritable inclination, Et puis, il y a encore d'autres choses sur lesquelles je veux avoir des éclaircissements positifs. Nous ne savons pas d’où viennent les habitants d'Ouden-Steen, ni qui ils sont en réalité. Leur nom est allemand ; mais ils parlent le flamand ou plutôt le hollandais et le français avec la même facilité que l'allemand. Sont-ils vraiment de race noble ?

__— Jacob m'a dit que les domestiques appelaient souvent M. von Oberheim, monsieur le baron, et sa fille, la mère d’Ida, madame la comtesse,

— Soit ; si les choses allaient assez loin pour qu’il fût sérieusement question d’une alliance, ils seraient bien obligés de dire eux-mêmes qui ils sont ct d’où ils viennent, Le château d'Ouden-Steen n'est pas leur propriété. Pour ce qui est de la fortune, je n’y regarderais pas de trop près, mais il faut du moins qu’ils puissent donner une dot à leur fille.

— Et bien, mère, sur ce point vous n’avez pas à vous inquiéter. L'hiver passé, M. von Oberheim n’a-t-il pas donné mille francs au curé de

la paroisse pour secourir les pauvres ? N'a-t:il pas donné un nouvel hôtel à l'église ? N'a-t-il pas, l'année dernière, cxhaussé de trois pieds, à ses frais, le mur d'enceinte du pare ? Ce travail lui a peut-être coûté dix mille francs. On ne fait pas de semblables dépenses quand on n'est pas riche.

— En effet, je crois qu'ils sont riches, Hugo ; ie ne doute pas non plus de leur noblesse, mais je dois avoir une certitude à cet égard. Sois donc calme, mon fils, et prends un peu de patience. Ce n'est pas ta mère qui refusera de contribuer à ton bonheur, si le sentiment du devoir ne vient pas l'en empêcher. Dans l'intervalle, tu trouveras peut-être une occasion de t'assurer des sentiments de la pauvre fille à ton égard.

— Mais par quel moyen ?

— Dimanche, après la messe, st tu peux parler seul à Mlle Ida, à ta place je ne perdrais pas mon temps en salutations banales. Je Jui dirais franchement ce que j'ai sur le cœur.

— Ah ! je n'oserai jamais. Comme cela, sans Préparation, cela pourrait la blesser.

— Allons donc ! toi qui es brave jusqu'à la témérité, tu as peur d’une jeurie fille, d'une enfant !

— Ma timidité m'afflige et me rend confus, mère.

— Oh ! cela prouve que tu l'aimes véritablement, mon garçon. Un peu de hardiesse, donc !

Tes intentions sont pures. Si Mlle Ida reçoit ta déclaration avec plaisir, tu le remarqueras sans peine. N'a-t-elle pour toi que de l'indifférence, tu ne t'en apercevras pas moins.

— Je suivrai ton conseil, ma chère mère ; advienne que pourra !

— La voiture doit être attelte, dit la baronne. Je vais à Poperinghe, où je pense rester jus-

. qu'au soir à la campagne de Mme Gobbaert:

Que feras-tu pendant cette journée, mon fils ?

— ‘Je me promènerai, mère: 11 me faut de l'air et de l’espace pour calmer mes inquiétudes.

— Mais pas de folies, n'est-ce pas, Hugo ? Ne va pas à Ouden-Steen aujourd'hui,

— Non, ma mère, ta bonté m'a consolé et m'a donné des forces pour attendre.

— Au revoir donc, Hugo, et bon courage.

— Sois bénie, chère mère ; que Dieu te conduise.

Et après avoir serré Iles mains de la baronne, il sortit de l'appartement.

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Hugo van Giersteen, ainsi qu'il l'avait dit à sa mère, était allé se promener dans la campagne, espérant que le grand air calmerait insensiblement l’agitation de son esprit.

Mais il s'était trompé dans son attente. Quoi qu'il fit, il lui fut impossible de penser à autre chose qu'au sort affreux de la jeune fille qu'il aimait. Ida ! ce nom renfermait pour lui tout l'univers.

Parfois, à la vcrité, il s'arrêtait quelques instants au bord d'un ruisseau, écoutant le gai murmure de l'eau couränte, où bien il cueillait çà et là une fleur qu'il semblait considérer avec attention, où bien encore il levait les yeux vers le ciel et suivait du regard la lente traversée des nuages ; mais tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il entendait, lui rappelait Ida, toujours Ida !

Quoiqu'il se fût compromis de ne pas approcher d'Ouden-Steen ce jour-là, il finit par se trouver, sans le savoir, dans le voisinage du château de M. von Oberheim.

Ouden-Steen (la Vieille-Pierre) était une vaste propriété située au milieu d’une contrée solitaire où l’on ne rencontrait Pas méme une hutte de berger à quelque distance. L'habitation, les jardins et le parc ttaient fermés de tous côtés Par un mur élevé et par un large fossé, Le chàteau devait avoir été un ‘ burg ‘’ au moyen âge, à en juger par sa lourde tour, crénelée et percée de meurtrières, et surtout par les étroites fenêtres gothiques de la façade, C'est probablement de là que lui venait le nom de Vicille- Pierre, en flamand Ouden-Steen.

Le-parc, d'une iris vaste étendue, était planté

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de chênes et de hôtres séculaires, dont les couronnes formaient un dôme impénétrable de verdure, et qui avaient de loin l'aspect d'une chaine de montagnes d'un vert sombre.

Toutes les fenêtres du château qui pouvaient être aperçues des passants étaient cachées par des persiennes, On n'entendait, au dedans du mur d'enceinte, aucun bruit qui vint trahir l'existence d'êtres vivants ; la nature même semblait se taire autour d'Ouden-Steen, Tout ce que l'on y entendait, c'était, par intervalles, le grincement de la girouette sur la tour ou le cri sinistre d'un corbeau solitaire caché «ur la cime d’un arbre.

Lorsque Hugo, en marchant, s'éveilla de sa rêverie et s’aperçut qu'il était près du château, il s’arrêta. Tandis que ses yeux étaient fixés sur les hautes murailles, un sourire amer contracta ses lèvres. Que venait-il faire là ? N'avait-il pas inutilement erre plus de vingt fois autour de cette muraille ?

Et cependant, après un moment d'hésitation, il s'approcha de la grande porte noire qui, depuis trois semaines, avait remplacé la grille à claire-voie, et interceptait complètement la vue.

Il se dressa sur la pointe des pieds et regarda en l'air vers une fenêtre fermée. Une seule fois il l'avait vue ouverte, encadrant la jolie tite de la jeune fille. Elle avait répondu à son salut par la plus aimable des révérences. Mais immédiate-

ment que'qu'un s'était approché et avait refer-

mé brusqueinent la fenêtre. Depuis lors, elle ne

s'était plus ouverte, du moins pendant le jour ; car il avait remarqué plus d'une fois, dans ses promenades attardées, qu'à la première tombée du soir, on levait les persiennes pour donner de l'air aux appartements !

Ah! c'est dans cette chambre, au fond de cette Sombre demeure, que vivait, que souffrait Ida ! C'est là qu'elle languissait sans consolation et sans espoir ! C'est là qu'un bourreau Fans cœur tenait la pauvre créature cloitrée et la faisait mourir de chagrin !

Ces tristes pensées remuaient si profondément le jeune homme qu'un pénible soupir souleva sa poitrine. 11 Jongea le mur d'enceinte pendant une centaine de pas, et entra rapidement dans un sentier, comme s'il avait hâte de s'éloigner d'un lieu qui lui rappelait son impuissance.

Ce sentier le conduisit sur une éminence assez éloignée. Là seulement il tourna la tite du côté d'Ouden-Steen et parut frappé d'une soudaine surprise,

En effet, de l'endroit où il se trouvait, il dominait entièrement la campagne de M. von Oberheim, et, malgré son éloignement, il pouvait voir à l'intérieur du mur de clôture. I n’y apercevait pas un être vivant. Mais son attention fut particulièrement, attirée par vi objet nouveau. C'était une espice de pavillon de ver-

dure élevé. dans un coin du parc, sur un tertre gÿazonné,

Il consistait en quatre piliers supportant un toit de chaume arrondi, destiné à préserver les Promeneurs contre l'ardeur du soleil. Deux ou trois chaises at’estaient que les habitants d'Ouden-Steen gravissaient souvent ce tertre pour voir au loin dans Ja Campagne sans craindre d'être vus par les Pessants les plus rapprochés.

C'était sans doute l'endroit où la pauvre Ida venait pleurer dans la solitude.

Tandis que ces tristes pensées traversaient, l'esprit du jeune homme, il poussa tout à coup un cri d'étonnement, et une joie étrange brilla dans ses yeux.

Une forme féminine, vitue de blanc, avec de longucs boucles de cheveux qui flottaient sur ses épaules, avait paru dans le pavillon. C'était elle, Ida !

Le jeune homme respirait à peine. Il eût voulu avoir des ailes Pour voler auprès d'elle. Conentrant dans son regard toute la puissance de sa volonté, il eût voulu lire sur le visage de la jeune fille l'expression de ses chagrins ; mais il était trop éloigné pour Pouvoir bien distinguer ses traits. Ah! sila jeune fille avait pu savoir qu'il y avait là quelqu'un dont le cœur, brûlant d'amour Pour elle, compatissait à son malheureux sort !

0 ciel ! ne lui fait-elle Pas signe de la main ?

| L'a-t-elle reconnu ? Oui, oui, | mouchoir blanc :

elle agite son ; ce n'est pas une illusion lui adresse un salut amical.

Mais, hélas !

ruît tout à coup dans les airs

: elle

voilà que l'image chérie dispa-

* Comme si ellle s'était évanouie

. Plus rien ! Le Pavillon est vide et

| solitaire comme auparavant...

| Un sourire amer plisse les lèvres du jeuns homme. Ah!il Je comprenait bien : le bourreau avait appelé sa victime, où peut-être la pauvre créature s'était-elle enfuie de tyran n'aperçut celui qu'l'e son,

crainte que son saluait de sa pri-

Il resta longtemps immobile, les veux tournés | vers le pavillon : mais

l'apparition ne revint plus.

et Alors, sans savoir ce qu'il faisait, attiré par une puissance invincible, il redescendit le sentier et erra le long du mur de clôture, | menades précédentes, il avait faire le tour par mais cette fois

Dans ses proété emp£ché d'en un fossé profond et large ; une planche était

jetée desius Comme un pont provisoire,

Hugo hésita un moment, puis il passa rapidement sur la planche et pénétra dans la vaste Prairie qui entourait Ouden-Steen de trois côtés,

Mais à quoi bon ? Toujours le même mur sombre se dressait devant lui

et semblait narguer son chagrin.

ii continua Pourtant à s'av

ancer et ne tarda,

pas à apercevoir deux domestiques de M, von Oberheim occupés, avec l'aide d'ouvriers étrangers, à charger des gerbes de froment sur un grand chariot, Ils travaillaient avec grande hàte, car le ciel était couvert, et de gros nuages noirs annonÇaient une averse prochaine,

Le jeune homme s'approcha davantage en se dissimulant autant que possiblr derrière des bouleaux, et remarqua, non sans étonnement, une grande porte de bois, dont il ne soupçonnait pas l'existence, et qui donnait accès à l'in térieur du château par un pont, jeté sur le fossé, C'était par là, sans doute, que les chariots entraient et sortaient pour la récolte ct la fenaison, La porte n'était pas fermée : on pouvait se glisser par l'entrebâillement.

Il traversa le pont avec de grands battements de cœur et passa la tête par l'ouverture, Son regard parcourait librement le jardin rempli de fleurs. Tout était calme et silencieux, Sans doute, la jeune demoiselle von Weiler se promenait ailleurs, dans les allées ombreuses où dans les sentiers sinuceux du parc ; mais les veux de Hugo ne pouvaient percer le feuillage épais des taillis qui entouraient le pied des arbres séculaires.

Tremblant et pâle d'émotion, il passa, après une minute d'hésitation fiévreuse, à travers l'ouverture de la porte et pénétra rapidement dans le pare. jusqu'à un endroit où il était en.

tièrement caché par le feuillage. Alors seulement il s'arrêta ct reprit haleine. ;

Sans doute, il ne se dissimulait, pas la témérité ct le danger de son action, Il se demandait même s'il ne retournerait pas sur ses pas ; mais une force socrète le rotenaît, S'il pouvait rencontrer Ida von Weiler et (changer avec elle quelques paroles décisives, tous sos doutes seruient levés, et sa mère pourrait travailler avec certitude à son bonheur, S'il se tenait. soigneusement caché entre les branches, M. von Oberheim ne s'apercevrait pas de sa présence, Si Ida n'’était pas dans Je pare, il s'en irait de la même manière et avec les mêmes précautions qu'il était venu... Le danver ? Que pouvait-il crainle, alors que sa hardiessge pouvait avoir pour

la délivrance de la pauvre demoiselle ?

non, il n'y avait point à reculer ; il accomplirait son projet jusqu'au bout.

I continua done d'avancer avec précaution, s'arrétant au moindre bruit, Puis reprenant sa marche,

Tout à coup il demeura immobile, ct, retenant son haleine, il contint avec effort un cri de surprise et de joie. A vinot pas de lui, sur un banc rustique, Ida était assise !

Hugo n'osait plus faire un mouvement. 11 craignait de voir s’évanouir encore une fois la gracieuse et poétique apparition.

Ida était toute vêtue de blanc. Elle avait pour es GO E tu 1 ! :

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unique parure les boucles abondantes de sa chevelure brune, qui ondoyaient sur ses épaules, Avec sa taille svelte et fluide, elle avait l’air d’être le génie ou la nymphe de cette solitude, On eût dit qu’il n’y avait rien de matériel dans

Sa personne et qu’elle appartenait aux esprits célestes. Curie

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Telle était du moins l'impression qu’elle produisit sur le. jeune homme.

Ida avait sur ses genoux une moisson de fleurs dont elle se disposait sans doute à tresser une Couronne ; mais ses mouvements étaient d’une lenteur si languissante, qu’elle devait être plongée dans une triste rêverie, En effet, elle laissa biéntôt tomber les fleurs à ses pieds ct mit sa main sur ses yeux.Cachait-elle les larmes qui mouillaient déjà ses paupières ?

Cette vue rappela Hugo au sentiment de la réalité. Pour ne pas cffrayer la jeune fille en se montrant tout à Coup, il s’avança tout doucement dans l’avenue : ct comme elle tenait toujours sa main devant ses Yeux, il se mit à tousser légèrement.

La jeune fille se leva, regarda devant elle avec une expression de joyeux étonnement’, courut audevant du jeune homme et s’écria «

— Ah ! quel bonheur ! monsieur van Giersteen ! Vous ici, dans le parc ? Je pensais précisément à vous, Votre mère est-elle chez nous ?

Mon grand-père, ma mère vous ont-ils autorisé

à venir m'appeler ? Rentrons vite; mais, en marchant, je veux vous montrer mes belles fleurs dans le jardin. J'en ai tant ! et elles sont si belles ! Quelqu'un les verra, du moins ! Vous, au château d'Ouden-Steen ! Je ne sais si je rêve.

— Mademoiselle, dit Hugo, dont la voix trem- . blait d'émotion, je bénis Dieu, qui me permet d'être un moment seul avec vous. Accordez-moi quelques instants, je vous en conjure. J'ai à vous parler de choses qui décideront peut-être de notre bonheur à tous deux. N'ayez pas peur de moi, mademoiselle, je suis votre ami, votre véritable ami, et en outre un homme incapable d'oublier le respect que je vous dois,

La jeune fille le regarda avec étonnement.

— Vous refusez de m’écouter ? demanda::til

tristement, EPA RPTREN

— Oh ! non, monsieur, répondit-elle, mais parlez vite; mon grand-père pourrait trouver ctrange que nous restions si longtemps ; et il est si sévère, si sévère !

— Ah ! je vous rends grâce ! quelques minutes seulement : mais asseyez-vous sur le banc, mademoiselle,

La jeune fille obéit machinalement, et lui, Prenant place à côté d'elle, mais à distance respectueuse, lui dit d'une voix tremblunte et entrecoupée, mais avec une rapidité fiévreuse :

— Mademoiselle, mes intentions sont pures et

désintéressées : répondez-moi franchement et sans réticences, je vous en prie. Etes-vous heu. reuse ?

— Heureuse ? balbutia la jeune fille ; heureuse dans cette éternelle solitude ? Oh ! non, non.

— Je le sais, reprit-il. Si tout ne trahissait Pas ce qui se passe à l'intérieur de ces sombres murailles, mon cœur seul me l'eût révélé, Non, vous n'êtes pas heureuse, mademoiselle ; vous souffrez, vous languissez, vous adressez au ciel Vos plaintes désespérées. Un tyran impitoyable vous tient courbée sous son joug de fer, par avarice, Par.égoïsme; et, si cela doit durer longtemps ainsi, votre jeunesse se passera comme un rêve pénible, le chagrin épuiscra vos forces e6 vous conduira au tombeau comme une victime résignée. Dites, n'est-ce pas ainsi ?

— Mourir ? dit la jeune fille avec angoisse, mourir ? Oui, parfois cette affreuse pensée assiège mon esprit. Mais, hélas ! si telle est la volonté de Dieu.

— Mourir, vous, mademoiselle ? interrompit le jeune homme avec indignation ; vous, si belle, si douce, si pure, mourir au printemps de vos jours ? Non, non, Dieu ne permettra pas une si criante injustice. N'est ce pas que vous voudriez être délivrée de œtte affreuse prison, échapper à votre cruel oppresseur, voir le monde, jouir comme les autres de votre part de la vie, goûter les plaisirs permis, rafrichir votre

Âme aux sources pures de l'amitié, de la sympathie et de l'amour ?

La jeune fille profondément émue par le son de sa voix, tenait ses Yeux fixés avec une sorte d'égarement sur les Yeux noirs et brillants du jeune homme. Elle n’entendait ou ne comprenait peut-être pas bien ce qu'il voulait dire, çar elle ne répondait Pas ; mais un bonheur inconscient rayonnait sur son joli visage. En ce moment sans doute clle avait oublié son grandpère et le monde entier.

— N'est-ce pas, vous voudriez être libre et vivre dans le monde comme les autres jeunes filles ?

— Oh! oui, aller où je veux, répondit Ida avec un soupir ; de l’air, de l’espace, de l'amitié, de la liberté, des paroles célestes que je connais bien, mais pas.

— Eh bien, mademoiselle, interrompit Hugo, il y a un moyen, un moyen infaillible de vous donner tout cela.

— Non, non, murmura la jeunc fille avec incrédulité,

— Que mes paroles ne vous offensent pas, mademoiselle, poursuivit Hugo un peu moins timidement. Le temps est précieux : allons droit au but que je Poursuis, et vers lequel tendent tous mes efforts, Le moyen, l’unique moyen pour vous d'échapper à l'injuste tyrannie de votre grand-père, c’est. c'est le mariage ; c'est un

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