‹ Les martyrs de l'honneur [microforme]Chapitre 5 sur 15 · PR · texte numérisé non relu

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mari qui trouv:rait dans la loi même le droit de vous protéger contre tout le monde et contre tous les chagrins... Me comprenez-vous, mademoiselle ?

— Oui, oui, un mari, je comprends, réponditelle avec un triste sourire. Qui penserait à épouser la pauvre Ida ? Je ne vois jamais personne, sincü le dimanche, en passant, des paysans et quelc':efois votre famille.

— Ecoutez-moi avec indulgence, dit Hugo, de plus en plus animé, bien qu'il fit tous ses efforts pour rester maître de lui. 1] y a un homme qui, sans que vous le sachiez, souffre depuis plus de six mois de votre douleur, qui vous voit toutes les nuits dans ses rêves, dont la pensée vous suit partout, qui pleure sur votre infortune, et demande instamment au ciel votre délivrance. Cet homme vous aime de toutes les forces de son cœur ; sa vie n’a plus d’autre but que votre bonheur ; cet homme — ah! mademoiselle, ne me repoussez pas — cet homme, c’est Hugo von Giersteen.

Ei le jeune homme tendit les deux mains vers elle, attendant son arrît.

Mais la jeune fille le regarda avec stupeur, cacha sa figure dans ses deux mains et se mit à pleurer.

11 y eut un moment de silence.

— Hélas ! je me suis trompé, mademoiselle, pardonnez-moi, murmura Hugo.

La jeune fille releva la tête ct demanda en souriant à travers ses larmes :

— Vous, Hugo, vous avez pleuré sur mon triste sort ? Non, non, c’est impossible, n’est-ce pas ?

— Dieu m'est témoin, répondit le jeune homme. Si jamais amour plus pur et plus sincère a brûlé dans le cœur d'un homme, que sa justice céleste...

— Et vous me choisiriez pour femme ? vous me conduiriez dans le monde ? vous me donneriez la liberté ? vous me rendriez heureuse ?

— O'da, si pareil bonheur m'arrivait, je ne Songerais qu'à une seule chose : vous faire oublier tout ce que vous avez souffert. Votre mère est riche ; la mienne également. Votre vie serait un paradis de paix, de joie et d'amour. Je serais fier de vous conduire à Bruxelles dans la plus brillante société : je voudrais vous voir vétue comme une reine. L'hiver, nous irions au bal, au théâtre, au concert. L'été, nous visiterions les villes d'eaux. Mon unique souci serait

de chercher ce qui peut vous plaire, et je ne demanderais pour récompense qu’un sourire qui me dirait que vous êtes heureuse.

De temps en temps, une larme roulait encore sur les joues de la jeune fille. ee .— Ida, Ida, demanda Je jeune homme, un pa’

reil sort n'est-il pas assez beau paur vaus charmer ?

— Ah ! c'est le ciel sur terre, répondit-elle en secouant la tête. Jamais je n’ai osé rêver rien de pareil ; mais, dans cette belle vie, je ne vois pas de place pour ma pauvre mère.

— Elle demeurera avec nous, Ida : elle ne nous quittera jamais, et partagera toutes nos joies.

— Oui, ce serait bien ainsi, Hugo... Et mon grand-père ?

— Oh ! pas lui, Ida !

— Non, pas lui, Hugo. 11 veut toujours être seul, il hait le monde, La gaieté lui fait mal.

‘“ Mais nous sommes insensés ! s'écria-t-elle tout à coup en revenant au sentiment de la réalité. Mon grand-père ne voudra pas, car il me grondera sévèrement, il me punira peut-être parce que nous restons si longtemps dehors sans aller retrouver nos parents.

— Oui, Ida, je le sais bien, répondit le jeune homme ; mais, d'après la loi, votre grand-père ne peut rien sur votre avenir. Comme votre père est mort, nul autre que votre mère ne peut disposer de votre main.

— Comme vous vous trompez ! Mon grandpère est seul maître : ma pauvre mère tremble encore plus que moi sous son inexorable sévérité.

— C’est vous qui vous trompez, Ida. Nous autres hommes, nous connaissons la loi. Si vous le souhaitez et que votre mère le veuille, vous

serez délivrée de l'esclavage où vous languissez. Ecoutez bien : dans quelques jours ma mère viendra à Ouden-Steen pour demander à la votre si elle consent à notre mariage. Préparez votre mère à cet entretien, et, s'il le faut, priez, suppliez, pleurez ; le bonheur de toute notre vie peñt dépendre de votre môre….et, si votre grand-père s'oppose à une décision favorable, montrez que vous avez le cœur vaillant ; résistez-lui, dites-lui que vous n'aurez jamais d'autre époux que moi, que vous mourrez de chagrin, que vous prendrez la fuite, que vous invoquerez la loi contre lui. 11 est vatre grandpère, c'est vrai ;: mais la cause de sa cruauté envers vous est si égoïste, si méchante, qu'en l'ap- Prenant vous perdrez toute affection, tout respect pour lui. Cette cause, je vais vous l'expliquer. Elle paraît incroyable, et cependant...

— Voyez, voyez, mon grand-père arrive làbas, dit la jeune fille en se levant précipitamment avec une sorte d'effroi, Je cours à la maison de ce côté, Vous, Hugo, allez au-devant de lui: dites-lui que vous ne m'avez pas trouvée ; je vous attends au salon, auprès de nos parents.…

En achevant ces mots, elle s'élançca dans un sentier latéral et disparut sous le feuillage épais.

Le jeune homme allait se diriger vers la porte par laquelle il était entré, lorsqu'il s’aperçut

Et

que c'était précisément de ce côté que venait M. von Oberheim, ct par conséquent qu'il lui cou- Pait la retraite. Fuir à travers le feuillage, comme un larron, lui paraissait une lâchete.

Maintenant qu'il se savait aimé d’Ida, il se sentait une force de géant. Irrité d’ailleurs par la vue du persécuteur de la jeune fille, il était plus disposé à lui reprocher sa dureté qu'à s’excuser de sa propre audace. Un autre, moins exalté, aurait peut-être éprouvé quelque crainte ; car M. von Oberheim, avec sa haute taille, ses cheveux blancs, ses traits durs ct ridés, était un homme d'extérieur imposant, d'autant: plus qu'il s'approchait en ce moment le poing mena- Cantet le regard plein d'éclairs. Mais Hugo ne bougeait pas et attendait le maître d'Ouden- Steen sans s’émouvoir.

Cette tranquillité parut étonner ct courroucer le vieillard.

— Que faites-vous ici ? grommela-t-il Qui vous donne la hardiesse de pénétrer dans l’intérieur de ma propriété ? Etes-vous un voleur ou un fou effronté ?

— Je suis Hugo van Giersteen, monsieur von Oberheim, et vous me connaissez bien, répondit le jeune homme. C'e que je viens faire ici, ma mère vous l'apprendra dans quelques jours. Je suis en paix avec ma conscience, et je ne crains rien de votre colère, si ce n'est d’être entraîné à vous Ranquer de respect,

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