‹ Les martyrs de la foi en Canada [microforme]Chapitre 4 sur 9 · FÉNÉLON · texte numérisé non relu

FÉNÉLON

Ce n'est pas au milieu des forèts Druidiques

Le mystère voilé des signes prophetiques

Qu'ont souvent consultes les vieux Bardes Gaulois ; Ce n'est pas un vain nom dont l'oreille des Rois Écoute si souvent les bruits aléatoires,

Il porte dans ses mains plus que toutes leurs gloires, Une épopée entière, un drame éblouissant,

Une œuvre qu'inspira le Verbe Tout-Puissant,

Ce poëme divin ferait pâlir Homère;

11 ferait à lui seul rentrer dans leur poussière

Ces Dieux menteurs pétris de boue et de métal, Ces Jupiters muets au hardi piédestal,

Que s'était ériges le paganisme antique,

Cette vérité pure, incorruptible, unique,

Que soupconna Socrate et qu'entrevit Platon,

Ces vertus qu'un Brutus disait n'être qu'un nom, Ce livre surhumain les proclame en ses pages.

Il contient dans ses plis la sagesse des sages ;

11 dévoile la nuit des siècles écoulés ;

Et, montrant aux humains sur ce globe exilés L'orgueil de leur néant à côté d'une tor be,

Il donne le courage à quiconque succombe ;

11 leur fait entrevoir le sentier merveilleux

Par lequel on parvient à la gloire des Cieux, L'oubli, ce moissonneur des œuvres qu'on renomme, Le temps, ce bûcheron des monuments de l'homme, N'effleureront jamais ces feuillets immortels,

Les Révolutions briseront des autels

Où feront chanceler sur ses bâses vieillies

L'édifice orgueilleux des grandes dynasties ; Comme un fleuve imposant les siècles passeront : Mais, toujours rajeunis, ces feuillets survivront Aux débris emportés par la vague des âges,

J1s seront comme un phare, au bord des hauts rivages, Qui sur les vastes flots où sa lumière a lui

Doit guider le rameur égaré dans la nuit,

Ce livre inimitable, universel, sublime,

Qui peint les profondeurs et les feux de l’abime, Qui redit les concerts des astres éclatants,

C'est la Bible, flambeau qui plane sur les temps, Phare qui resplendit dans les ombres humaines. Voilà tout le trésor qu’en des forêts lointaines Emporte avec orgueil l'étrange pèlerin.

Il marche: et son regard, toujours calme et serein, Interroge des bois l’immencité profonde.

Mais où donc porte-t-il sa course vagabonde

Le pauvre aventurier des espaces lointains ?

A quel climat va-t-il confier ses destins ?

Il l'ignore lui-même .…....E{t quelles sont ses armes Pour se défendre au jour des funèbres alarmes ? A-t-il l'arc du chasseur d’une proie enivré ? Porte-t-il sur son flanc quelque glaive acéré,

Ou quelque poignard ture dont la lame flamboie,

Ou ce terrible airain qui tonne et qui foudroie ?

Il les méprise tous, ces instruments de mort,

Sans armes, faible et seul, il marche il marche encor. Il sait que la forêt sous ses ombres recèle

Des hommes altéôres d'une haine éternelle,

Dont le fer sans pitie dechire les captifs,

Peut-être en ce moment pressant leurs pas furtifs

De sa route plusieurs poursuivent-ils la trace, Qu'importe ! Rien ne peut ellrayer son audace ; Car il porte en ses mains un bois mystérieux,

Un symbole de paix qui rend victorieux.

Ce bois, autour duquel les passions humaines

Ont fait mugir souvent de si terribles haines,

Du jour qu'il s'est dressé sur le Calvaire en deuil,

Fut pour l'homme un sauveur et non pas un écueil, Alors qu'il dominait la Ville aux sept collines,

Attila, ce fléau des vengeances divines,

Devant lui s'arrêta terrible et frémissant,

Devant ce bois sacré le colosse Ottoman,

Plein d'effroi, de l'Europe abandonna les portes.

On arborait ce signe en face des cohortes

Qui venaient le combattre au nom de leurs faux dieux. On courbaït à ses pieds un front religieux,

En mème temps qu'ailleurs, objet d'ignominies

Il subissait le choc des lourdes tyrannies,

Mais des peuples ligués les eflorts furieux

Ne purent mettre bas le signe glorieux.

A chaque grand combat recommencé sans trève,

A chaque coup de hache, à chaque coup de glave Que les siècles portaient à ses flancs généreux

On voyait s'agrandir l'arbre majestueux

Dont les rameaux bénis s'étendant sur le monde

Lui versaient la fraicheur de son ombre féconde,

Non! Il n'a rien à craindre au sein des bois épais

Le voyageur armé d'un symbole de paix

Dont la vertu calmant les haines enflammées Repoussa les assauts des plus fortes armées,

Une Bible !.... Une Croix !...Oh! Quel homme assez grand, Quel Pontife de l'arche où l'encens se répand,

Est digne de porter ces deux splendeurs divines ?

O toi, le messager des célestes doctrines,

O toi, Prêtre du Christ, échappé du saint lieu,

Qui poursuis dans les bois les conquêtes de Dieu; Laisse-moi, m'inclinant sur la route où tu passes,

Baiser plein de respect la poudre de tes traces ;

Laisse-moi contempler tes féconds dévouements,

Et jeter une fleur sur tes derniers tourments.

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La tente du Wigwam semble vide et déserte, Tant le silence est grand sous sa nef entr'ouverte, Tunt des ombres du soir le manteau vaporeux Déroule à flots pressés ses plis mystérieux

Ou n'entend par degré que de lourdes rafales

Qui, parailles au bruit des voñtes sépulcrales, Font vibrer sourdement l'écorce des carquois,

Au sein de la bourgade on n'entend nulle voix ; Le sommeil se posant sur toutes les paupières Verse le sombre oubli dans les àmes guerrières Qu'enflammait tout-à-l'heure un rève rayonnant, Mais soudain s'ils sentaient, sur leur front s'inclinant, Des ennemie scalpés flotter les chevelures,

On verrait un sourire errer sur ces figures

Qui frémissent d'orgueil en face de la mort,

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ail, cueil,

Oui! Dans l'humble Wigwam tout soupire et tout dort. Seulement une forme indécise et penchée Quittant la solitude où la nuit l'a cachée, Passe et repasse au sein du village Indien.

A la voir, on dirait le voile wrien D'un fantôme ambulant qu imarche avec mystère, L'habit dont est drapé cet hôte solitaire Est noir comme la nuit dont il est entouré, Et si pertors du Christ l'emblème vénéré Ne jetait des éclairs dont tremblent les feuillages, L'œil ne pourrait rien voir sous ces forèts sauvages : —, Dormez! Dormez! disait l'hôte mystérieux, « Dormez, lils du désert, à vous pour qui les Cieux. « Eutr'ouvriront bientôt leurs voûtes éternelles, ‘« Que les anges du Ciel venant poser leur ailes « Sur ces grands fronts rêveurs qui méditent le sang | « Leur fassc respecter les lois du Tout-Puissant, | « Dormez! Le Ciel est noir; les livides ténèbres, | « Roulant sur la forèt leurs vôtements funèbres, « Portent dans leurs replis un symbole frappant ; « Car l'Esprit de l'erreur sur vos âmes répand : « Des nuages trompeurs qui cachent la lumière, « Muis ils disparailront comme une ombre éphémère

18, ux dieux.

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e assez grand,

nes ? « Dès que l'Esprit du bien sur vous aura soufflé ! » — u, Le lendemain on vit un Prêtre agenouillé,

Dieu; Sous le chêne orgueilleux que l'aube effleure et dore, sses, Saluer le Seigneur au lever de l’aurore.

8; Les Indiens pressant cette heure du réveil

nts, S'assemblèrent en cercle au feu du Grand-Conseil.

L'un d’eux se lève et dit: « Un fantôme nocturne «A posé sur mon front son ombre taciturne.

« Frères, un songe étrange, amer, inattendu

« À frappé tout-à-coup mon regard éperdu.

« Je vis passer un homme à la blanche figure,

Aux habits noirs que presse une longue ceinture, Au regard flamboyant parmi l'obscurité.

Il portait une Croix, flambeau plein de clarté

Qui projetant ses feux sur La waste étendue Venait à chaque instant terrifier ma vue.

Pour la première fois j'eus peur, je voulus fuir ; Mais une force occulte, :mpossible à saisir

Me retint immobile étendu sur ma couche.

Je n'osai point crier, car je sentais ma bouche

Se fermer d'elle-même aux efforts de ma voix,

Et je sentais mes dents s’enfrechoquer parfois ! En imitant le bruit de La grèle qui tombe.

Je vis nos Manitous sur qui du Ciel retombe

La malédiction qu'on ne peut éviter,

S'affaissant su: ce sol qu'ils n'osaient déserter, Combattre vainement leur dernière agonie.

Je vis, durant l’effroi de ma low de insomnie,

Nos carquois suspendus &u bond de nos hamacs, Nos flèches, nos couteaux. nos sanglants tomahawcks Se briser impuissants et réduits en poussière;

« Je sentis mes genoux se ployer sur la terre

« Et mon front se courber en face d’une Croix.

« Alors dans les hauteurs j'entendis une voix

« Qui nous disait à tous —+0 Hurons, par ce signe « Vous pouvez remporter plus d'un combat insigne. « Par lui vous conquerrez dans l'immense avenir

« Des bonheurs éternels que rien ne peut ternir. »— « Frères, qui me dira l'enigme de ce rêve?

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1l s'assied Comme un bruit de vagues sur la grève, Comme un coup d'aviron sur le lac écumant, On entendit rouler un long frémissement Dans le cercle imposant des vieillards qui méditer.!, Soudain dans le Wigwam des pas se précipitent ; Les Indiens groupés autour d'un étranger, Par leur étonnement semblant l'interroger, Le conduisent en foule à travers les érables Au conseil souverain des vieillards redoutables. Devant lui, de cegfrontéls sombre majesté Etincela d'orgueil et de & mérité :

—1 Robe noire, ont-ils dit, au seul aspect du Prêtre, « Des grandes visions l'Esprit t'a fait connaitre « Aux enfants du désert durant la sombre nuit ; « Ton voyage imprévu fut devancé par lui.

« Nous t’avons vu passer au milieu de nosrèêves

« Armé de cette Croix plus forte que nos glaives

« Qui brillait dans tes mains avec tant de sp'endeurs.

« Sois notre frère, et viens, rendant nos jours meilleurs, « Parcourir avec nous La solitude immense,

« Oh! Dis-nous de ton Dieu la magique puissance. »

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* g Le Prétre est devenu l'oracle des Hurons Qu parois ce few fat courber tous les fronts See mag uere un projet de vengeance : : bmx erreur et frappe d'impuissance Pe Lente dis missaut, dont le fer suspendu 4 rcerail le captif sur le sol étendu.

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amour du devoir es généreuses flammes ; Ir j ouvre à Er esprits des horizons nouveaux af ulgente elle jette un voile sur leurs maux # Sr de mueux gueuur la blessure qui saigne.

iQ = tip « Lo : É L nas arts de vertus que ce Prêtre n’enseigne est point de lelbeurs qui is ‘accabler, ere ocean LS : . point de perils qui le fassent trembler plie au bie® le cœur de l'enfance naïve; Il entoure de parus la vieillesse plaintive . l’ème s'epausent en regrets superflus he les ex plots des ours qui ne sont plus a femme 48e gun pie É égè sd ess he ae au pied de la tente légère Se lève à son æsvect, et porte, heureuse et fière Le frèle nouveam-me qu'il consac Bélahetr.

Je Le D-D# qu'il consacre au Seigneur | arme avec gente la flèche du chasseur Pour marcher ævae lui dans des forêts lointainés Des fleuves et des lacs les ondes souveraines à Connaissent de som bras les efforts courageux e Elles aiment 4 vour en sillage écumeux j é us surface + œvrir SOUS Sa rarne intrépide h ! Quand le vemt gemit dans la forêt aride,

uand des monmes mvers Q des monmes vers la neige aux blancs flocons

Roule de toutes parts ses glaces tourbillons ; Lorsque Fours 4 rugi du fond de sa tannière : Quand le chème elhramie penche sa cime altièr

Et tombe avec fracas sur les arbres voisins Sd Quand on entemd bondir les ondes des ravins ; Lorsque sur le éesert s'étendent les énbtie”

Et qu'il s'emplit de cris formidables, funèbres Inénarrabies came un sombre cauchemar <

Ce froid. ces vemts, @es bruits venus de toute Jettent soudain dams l'âme un trouble invol En Et si dans ce moment la solitude austère dus Répercute partout, du ylus profond des bois L'hymne lugubre et fer du féroce Iroquois,

Qui ne se sentait trembler dans tout son être Sous cet effroi profond qui jusqu'aux os pénètre è rs l’'apôtre dw Cnist entendant ces clameurs Sans crainte peu eubir ces terribles frayeurs : Car il puise d'en bæut sa force et son courage é

Alors, qu'un imomemm sous s manun sous sa huile sauva Arrive haletamt et transi par le froid “ ° - 4 ë “ 3 ?

Qu'il lui dise æfiouste -—4 Frère, viens avec moi

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« Par delà cesgrants monts que la tempête assiège ; « Car mon père veut voir ses longs cheveux de neige « Purifiés par l’eau de ton Baptème saint,

« Avant que de son corps le souffle soit éteint, » — Aussitôt 11 saisit ses raquettes rapides,

Les attache à ses pieds par des liens solides,

Jette un large manteau sur ses membres frileux, Puis s'enfonce avec joie en ces déserts poudreux. Si les vents ont pour lui trop d’aiguillons qui cuisent, S'il est las de courir, si ses forces s'épuisént,

Si son souffle avec peine en sa bouche arrêté

Ne peut plus invoquer la divine bonté,

Si le froid l’a rendu plus pâle que le marbre:

Il se met pour prier à genoux sous un arbre,

Se réchauffe un instant aux flammes d'un bicher ; Puis, plus alerte encor, recommence à marcher Jusqu'à ce qu'il atteigne au terme de sa route,

Tl arrive et parlant au vieillard qui l'écoute

1! lui peint de son Dieu l’ineffable bonté,

Dans son cœur plein de foi verse la vérité,

Fait couler sur son front l’eau régénératrice,

Et le voit, devançant l'heure libératrice, S'illuminer déjà du bonheur des Elus.

Quelques instants encore, et le vieillard n'est plus Qu'un cadavre, jouet d'une matière inertie,

Le bon Prêtre bientôt sur sa tombe déserte Entonne un Te Deum qu'ont entendu les Cieux, Puis retourne à travers l'orage furieux

Sous les frêles lambeaux de sa tente modeste, Heureux d’avoir conquis à la gloire céleste

Une âme qu'entouraient les liens de l'erreur,

Tempêtes des hivers, sacrifice, labeur, Rien ne peut arrêter son zèle infatigable, Sécher les pleurs de ceux que l’infortune accable, Visiter le mourant à son chevet de mort, L'instruire, le bénir et lui montrer le port; Verser sur les blessés ün baume salutaire ; Combattre avec ardeur la force délétère Des superstitions et des vieux préjugés ; Négocier la paix, conjurer'les dangers Des coalitions qui se trament dans l’ombre ; S'exposer pour le bien à des périls sans nombre; Tenir souvent en main à côté de la Croix Je sac ou l’aviron, la hache ou le carquois ; Sillonner des forêts les routes incertaines Ain de soulager les misères humaines,

De prêcher du vrai Dieu la pacifique loi,

Et de faire germer dans les âmes la foi:

De ce Prètre zélé telle est la vie entière.

Aussi l’appelle-t-on l’homme de la Prière Parce qu'il communique avec le Grand Esprit ; Aussi dansle Wigwam de tous est-il chéri,

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Car de ses dévouements la source bienfaisante Se déverse sur tous en rosée abondante.

Cependant l'Troquois jaloux de leur bonheur Regarde avec des yeux flamboyant de fureur Ce paisible Etranger dont la parole ardente Détourne des complots l'astuce malveillante.

Il a dit: « Saisissons ce Jongleur au teint blanc. « Faisons tomber sur lui le tomahawk sanglant; «C'est lui qui fait venir les tristes funérailles ; « Mais nous extirperons du fond de ses entrailles « Ces secrètes vertus dont nous sommes jaloux. « Nous avons entendu la voix des Manitous « Criant dans le désert qu'il faut venger un crime, « Et que l'âme des morts demande une victime. « Sombres divinités, eh bien! nous le jurons, « On vous immolera le Prêtre des Hurons. »

Attirés par l'espoir de nouvelles conquêtes Les guerriers enflammés s'arment de casse-tôtes ; Chacun lie à ses flancs flèches et coutelas.

On devine, à les voir, leur amour des combats. Sous les ombres des bois ils marchent formidables Jetant aux vents du Ciel ces clameurs lamentables Dont les échos lointains font pâlir de terreur Læ front grave et pensif du pauvre voyageur,

Mais vous qu'a convertis le doux Missionnaire, Ne défendrez-vous point votre ami, votre père, Quand le danger viendra l’assaillir près de vous ? Ne sentirez-vous point vos âmes en couroux D'un mouvement plus vif battre dans vos poitrines Quand vous n’entendrez plus les paroles divines De l'Apôtre inspiré qui vous prèchait la Foi ? Devant vos ennemis fuirez-vous pleins d’effroi S'ils venaient furieux le saisir à vos portes, Vous qui vainquiez jadis leurs vaillantes cohortes ? Ah! Laissez du vrai Dieu s’accomplir les desseins ; Pouvez-vous détourner ses ordres souverains Quand vous ne pouvez pas répondre de vous-mêmes ? Peut-être a-t-il jugé dans ses couseils suprèmes Que le temps de l'épreuve et des grands dévouements Doit être couronné par d’atroces tourments.

Voici qu'un soir, le Ciel où montent les ténèbres Est couvert lourdement de nuages funèbres :

Nul rayon dans les bois, et nul bruit dans les airs. L'Iroquois se glissant sous les grands arbres verts Passe silencieux comme un serpent sous l'herbe. On voit de temps en temps son «il fauve et superbe Etinceler semblable aux yeux d’un léopard, Ou comme auprès du feu la lame d’un poignard.

Il s’avance furtif vers le pauvre village :

Il avaace…..il avance….et son rire sauvage, Son rire ardent eut peine à ne pas éclater Lorsque ses pieds enfin allèrent se heurter Sur le fragile enclos de la Cité Huronne.

Alors on se rallie et le signal se donne

De frapper l’eunemi plongé dans le sommeil.

O jour de la vengeance! O terrible réveil!

Le sang coule à longs flots sous la hache homicide; « Les rougeûtres lueurs de la torche livide Eclairant à demi ces scènes de terreur, Font pälir, font trembler d'épouvante et d'horreur. Le rève de l'enfant qui riait sur sa couche S'interrompt brusquement sous ce réveil farquche, Le vieillard a senti qu’il va bientôt mourir Et trouve encore des pleurs devant le souvenir Des vieux jours qui l'ont vu courir dans la mêlée, La femme du Wigwam, tremblante, échevelée S’enfuit au loin tenant sa fille par la main, Le reste des guerriers que le fer inhumain N'a pas encore frappé durant cette nuit noire Dispute vainement un lambeau de victoire.

Tout tombe sous les coups des fougueux assaillants Et partout retentit le râle des mourants.

Le Prêtre redoublant d’audace et de courage Vole de part et d'autre aux places du carnage, Eclaire, exhorte, absout les malheureux blessés Et guide vers le Ciel leurs suprèmes pensers.

Quand ke fier. Iroquois fut bien repu de crimes, I] s’assit plein d’orgueil sur le corps des victimes Et contempla longtemps le sol trempé de sang. Tout-à-coup il se lève horrible et rugissant ;

Car il a reconnu l’ardent Missionnaire,

Cet homme aux habits noirs, cet homme 1e Prière, Ce fourbe embassadeur qu'il a tant détesté.

11 lui jette de loin un crâne ensanglanté;

J1 l'insulte, il le frappe, il l'entoure de chaines Et s enfonce avec lui dans des forêts lointaines.

Gi 3e

Ainsi le roi des airs fpd sur son ennemi; Sous sa griffe d’airain l’etreignant à demi

J1 l'emporte bien haut, il le tord, il le broie, Puis jette à ses petits cette nouvelle proie.

L Ne

Par de là les contours de l'horizon brumeux Voyez-vous scintiller de longs reflets de feux ? C'est un vaste bûcher, dressé pour.le supplice, Dont l’épaisse fumée, encens du sacrifice,

lants

S'élève dans les airs en larges tourbillons.

Les cèdres orgueilleux sur qui les aquilons

Ont épuisé souvent leur mugissante haleine

Sous le tranchant du fer sont tombes sur la plaine Afin d'alimenter le terrible élément ;

Ils sont là disposés en un escarpement

Sous un moFéeau d'écorce et d'arides branchages. Sur leurs débris la flamme etendant ses ravages Pétille, éclate, et jette à travers les forêts

Du vaste embrâsement les sinistres reflets.

Près du bûcher se trouve un homme à face blanche Qui parfois pour prier vers la terre se penche

Ou lève vers le Ciel un œil étincelant.

Nul ne devinerait à voir ce front brülant,

Sur qui brille de Dieu la majesté sublime,

Que cet Hôte paisible est choisi pour victime,

Si la foule toujours autour de lui rodant

Ne le fixait parfois de cc regard ardent

Où percent tour-à-tour la colère, la haine

Et les sombres élans d’une joie inhumaine,

Le sang coule déjà sous le fer meurtrier ;

Déjà sur le Martyr des haches en collier Appliquent jusqu'aux os de cuisantes brûlures ; Déjà l'on voit s'ouvrir de profondes blessures ;

On arrache les chairs qui pendent en lambeaux Pour servir d'aliment au festin des bourreaux.

Et ce pauvre Martyr qu'on brûle et qu'on mutile Oppose la prière à leur rage stérile.

Qu'on insulte ou qu'on frappe, il conserve toujours Ce regard qui du Ciel implore le secours.

Lorsque ces Indiens barbares et féroces Furent las d'exercer leurs tortures atroces, Ils lancèrent son corps sanglant, déligure, Sur le haut du bûcher de flammes entouré.

Avant de rendre l'âme il siégea sur ce trône; En mourant il conquit l’éternelle couronne.

Et lorsque l’froquois de vengeance enivré Dansait autour du feu qui s'éteint par degré, Lorsqu'il jetait aux vents de la forèt brunie De ses hymnes de mort l’effzavante harmonie ; Les Anges rayonnants penchés au bord: des Cieux Faisaient entendre au loin des sons mélodieux Qui vibraient mollement sur des harpes dorées; Et sous la profondeur des voûtes azurées,

Où s'échappe à longs flots l’aromatique encens, Des voix entremèêlaient leurs suaves accents :

« Gloire au Missionnaire,

« Au Prêtre à l'invincible ardeur, « Qui passa sur la terre

« En prêchant la loi du Seigneur,

| (il |

«Il a pour récompense

« De ses indicibles tourments « La pure jouissance

« Des éternels enivrements,

« Lorsque la main du crime « A frappé l'homme du saint lieu, « Le sang de la victime « Féconde la moisson de Dieu.

« Maintenant que la voig « Est ouverte par un Martyr,

« Avancez pleins de joie « Saints Apôtres de l'avenir,

« Garnier, Jogues, courage !

« Et vous De Brébœuf, Lallemant, « Les bois sont l'héritage « Offert à votre dévouement.

« Soyez sereins et calmes ; « Semez partout la vérité;

« Puis vous aurez les palmes « De la splendide Eternité.»

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