LE SOLDAT
Vous suppléez au nombre par le conrage, à la puissance par l’héroïsme ; vous bravez mille morts pour étendre l'empire de la Foi. à CAMOENS.
Les Lusiades, Chant septième.
Sous la tourelle antique D'un superbe donjon,
Un fils de l’Armorique, Aux vents de l'Atlantique Confiait sa chanson :
« Mon âme est altérée De voyages lointains ; Est-il une contrée
Dont la plage ignorée Recevra mes destins ?
| Sur un léger navire | Je voudrais m'élancer Sur ces mers dont j'aspire Le suave zéphire
Qui vient me caresser,
Souvent quand je sommeille,
Pensif et soucieux,
Un doux Ange qui veille
Murmure à mon oreille
Des mots mystérieux. |
Il me dit tout en larmes : « Ami, vois-tu là-bas
« Au signal des alarmes
« Etinceler des armes
« Sous le feu des combats ?
« Vois-tu de ta patrie
« Le glorieux drapeau
« Combattre l'hérésie
« Dont la fureur impie
« Déjà creuse un tombeau ?
«N'est-il rien qui t'émeuve
+ Dans l'amour de ta Foi ?
« Sur les bords du grand fleuve « Va couronner l'épreuve
« En défendant ton roi.»
Oui, j'irai sur ces plages Qu'on nomme Canada ; Je ferai des voyages Dans ses forêts sauvages Et je serai soldat.
mbre par le conrage,
roïsme ; vous bravez Adieu, belle campagne
ire l'empire de la Foi. Du riche châtelain!
CAMOENS. Adieu ! O ma Bretagne !
ades, Chant septième. : Adieu, haute montagne
Qu'on voit dans le lointain,
O toi, ma bonne mère, Pourquoi de tes douleurs Ouvrir la source amère ?
La vie est éphémère
Et la joie a des pleurs.
Et toi, ma sœur chérie, Ne pleure plus sur moi ; Mais sois heureuse et prie.
Je m'offre à ma patrie
Et je défends ma Foi. »
Ainsi des jeunes gens du donjon solitaire,
Des princes orgueilleux d’un titre héréditaire,
Des seigneurs blevés à l'ombre du château
N'entendant chaqne jour que l'airain du hameau
Frapper de ses accônts la voûte des nuages
Ou les soupirs du cor vibrer dans les feuillages ;
Des nobles et des preux, de hardis chevaliers
Aux casqnes surmontés de splendides cimiers,
Des hommes qu'enflammait le rêve de leur âme,
Des soldats déployant le lys ou l'oriflamme,
Des enfants du Poitou, des Normands, des Bretons ;
Tous Français aux cœurs forts, aux dévouements féconds,
Renonçant tout-à-coup aux plaisirs, aux richesses,
A la gloire, aux honneurs pleins de vaines promesses,
Désertaient le beau sol de leur pays natal,
ar de là l'océan amer et glacial
Is dirigeaient leurs nefs, que la vague balance,
Vers les bords désolés de la Nouvelle-France,
Là le clairon sinistre appelant les guerriers
Les invite à cueillir la moisson des lauriers ;
Et l'Iroquois pensif au fond de sa retraite,
À ces bruits saisissant son sanglant casse-tête,
Se dresse formidable, et vif comme l'éclair
Promène un œil de feu sur le vaste désert, «4
Sombre avant-coureur des tempêtes,
Un silence lugubre et lourd
A plané sur toutes les têtes
Qu'éclaire un pâle demi-Jour.
Les rangs se forment et s'alignent,
Les chefs subalternes assignent
Le poste de chaque soldat;
Les escadrons épars s'unissent
Autour des drapeaux qui frémissent
Plantés sur le champ du combat,
Deux adversaires sont en face :
L'un taciturne, ambitieux,
A déjà fait preuve d'audace Dans plus d'un assaut périlleux, Déjà son amour des conquêtes
A soulevé bien des tempêtes
Sur le berceäu du Canada;
Fil: de l’ombrageuse Angleterre, 1! hait la puissance étrangère Dont le glaive lui résista.
Il n’est point de trames funèbres, y J n'est point de ressorts secrets Qu'il n'agita dans les ténèbres Pour accomplir ses noirs projets :
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Son glaive odieux et pertide Frappait le guerner intrépide
Qui s'opposait au conquérant ;
Et le voilà qui vient encore Attaquer celui qu'il abhorre Jusqu'aux rives du Saint-Laurent.
L'autre aile est sur la défensive, On y voit de vieux vétérans Dont le courage se ravive
Au seul aspect des assaillants.
Souvent leur invincible épée Toute fumante s'est trempée Dans le sang des fils d'Albion ; En vain l’enneini sans relâche Poursuit l'inexorable tâche, Jamuis ils ne se soumettront.
Là, le descendant d'une ligne Noble par le sang et le nom,
Dans l'attaque et sous la consigne Est l'égal du simple piéton.
Là, sous le Drapeau Blanc se presse Une vigoureuse jeunesse
Prête à combattre avec ardeur ;
À peine dans une bataille
Parmi la foudre et la mitraille Out-ils signalé leur valeur.
Mais ils ont une sainte cause A defendre le glaive en main, Il faut que la force s'oppose
A des ambitions sans frein ; Car la patrie est là tremblante, Désolée, à demi-mourante Sous l'étrangère oppression ; Car une main funèbre, impie, Veut substituer l'hérésie
À leur douce religion.
Sitôt que la voix des trompettes Donna le signal des combats Les foudres naguères muettes Retentirent avec fracas.
Tous les bataillons s’ébranlèrent, Tous les fusils levés lancèrent Des projectiles meurtriers ;
Au sein des deux ailes rivales La grèle orageuse des balles Retombait sur des rangs entiers,
Comme le soc infatigable Creuse et déchire le vallon, | Comme la faulx impitoyable
Abat la tremblante moisson ;
s De l'airain la foudre enflammée Creusait au sein de chaque armée Un épouvantable sillon,
% Et sur les mourants qu'il entasse
Le boulet qui passe et repasse
Décimait chaque bataillon.
Le bronze aux tubes homicides Lancait de sinistres éclairs
Dont les réfractions livides Rougissaient vaguement les airs,
Ê Une sulfureuse poussière À Roulait ses flots noirs sur la terre Qui subit de sourds tremblements ; 4 - Et toujours le canon qui gronde
Jetait dans la forèt profonde Ses lugubres rugissements.
Dans larégion des nuages
Ainsi le tonnerre mugit ;
Au bruit de ses clameurs sauvages Le ciel tremble et le sol frémit,.
Ainsi la bouche du cratère
Lance dans la vaste atmosphère La lave qui pleut par torrents ;
Le fléau sorti des abimes
Poursuit sans cesse les victimes Qu'enroulent ses feux dévorants.
Cependant le bruit de la foudre Cesse d'être répercuté ;
Les flots de fumée et de poudre Ne versent plus d'obscurité,
Sur cette arène de carnage
Où se signale leur courage
Les guerriers ne s'arrêtent pas ; Ils arment l'épée ou le glaive, Puis sans pitié comme sans trève Ils marchent semer le trépas.
Les deux ennemis se provoquent D'un œil où perce la fureur ; Les armes se heurtent, se choquent, Chaque soldat est l’agresseur.
Chacun est avide de gloire Et veut enchainer la victoire
Ah dé ssrntarinnnetemiines