AVANT-PROPOS
Un assez grand nombre de personnes, parmi celle» qui ont assisté à mes leçons de cet hiver sur les mar^ tyrs de la libre pensée, ayant exprimé le désir que ces leçons fussent publiées, je me suis mis aussitôt à les rédiger d'après les notes très détaillées sur lesquelles je les avais prononcées et d'après mes souvenirs encore tout frais, et je puis dire que ce volume les reproduit exactement. C'est dire aussi que le lecteur ne doit pas le juger comme une œuvre écrite, bien- que je Taie rédigé avec tout le soin possible, mais comme un recueil de véritables leçons : il faut qu'en les lisant il se fasse en quelque sorte auditeur. Il excusera dès lors un certain abandOB que j'ai dÉ laisser dans le style en m'appliquent surtout à conserver le mouvement et la vie de la parole. Il faut encore qoe celui qui n'a point assi3té à ce cours se représente l'auditoire devant lequel il a été fait. Qu'il se transporte avec moi dan» cette vaste salle du Grand Conseil de la républiqisie de Genève, où, grâce à l'une des institutions les plus libérales d'un gouvernement vraiment démo* watique, se réunissent, les soirs d'hiver, une foule d'auditeurs, hommes et femmes^ divers d'âge, de
contre les violences exercées à Tendroit de la pensée humaine. D'un côté, Tesprit ^'autorité; de l'autre, celui de liberté ou de libre examen. Si le premier s'appuie sur certains intérêts d'établissement ou de conservation auxquels le préjugé et la routine sont nécessaires, le second représente le droit le plus précieux, le plus sacré, le plus imprescriptible, le droit de chercher librement la vérité, c'està-dire le droit d'user de sa propre raison et de penser par soi-même. Quoi de plus incontestable que ce droit, inhérent à la personne humaine? Oui, quoi de plus incontestable; mais aussi quoi de plus ouvertement nié et de plus violemment comprimé ? Aussi quels efforts, quelles luttes, quel courage n'at-il pas fallu à ceux qui s'en sont faits les organes ! Us ont dû y sacrifier leur repos, leur liberté, leur vie même. La philosophie aussi a eu ses martyrs. C'est l'histoire des principaux d'entre ces martyrs que je voudrais retracer ici.
Le christianisme a pieusement conservé dans ses annales la mémoire de ceux qui ont souffert la persécution pour la propagation de ses idées et scellé ses doctrines de leur sang. En même temps qu'il leur rendait ainsi l'hommage qui leur était dû, il voulait proposer au monde leurs exemples, et par ces exemples mêmes prouver la force de sa foi. Il faut le louer de cette pensée; mais il ne faut pas que son martyrologe nous fasse oublier celui de la