‹ Les Martyrs de la Libre PenseeChapitre 24 sur 44 · GALILÉE · texte numérisé non relu

GALILÉE

Mesdames et Messieurs,

L'Italie a été le vrai théâtre de ce que Ton a si bien nommé la Renaissance, ce réveil de l'esprit humain. Elle n'a pas seulement donné à la civilisation des artistes incomparables qui ont ravi les âmes par leurs chefs-d'œuvre, mais de hardis navigateurs qui ont reculé les limites du monde, mais des savants de génie qui ont ouvert aux sciences physiques de nouvelles voies et transformé par leurs découvertes la connaissance de la nature, mais enfin des philosophes audacieux qui ont poussé la pensée humaine aussi loin qu'elle peut aller et qui, à la hardiesse de l'esprit, ont su Joindre l'héroïsme de l'apostolat et le courage du martyre. Tel fut, parmi ces derniers.

Jordano Bruno, dont j'ai inscrit le nom en tête de ce groupe de martyrs italiens que je veux vous présenter aujourd'hui.

Né au milieu du seizième siècle (vers 1550), à Nola, petite ville située à quelques milles de Naples, dans la Terre de Labour, Jordano Bruno, qui aimait à s'appeler lui-même le ^olain^ était venu au monde et avait été élevé, comme il le rappelle avec bonheur, « sous le plus doux des cieux *, » mais sur un sol volcanique et dai^s un temps où la pensée humaine bouillonnait comme les laves du Vésuve. Une grande obscurité règne d'ailleurs sur les premières années de sa vie et sur son éducation. Tout ce que l'on sait, c'est que, comme le fit aussi, vingt ans plus tard, Campanella, il entra de bonne heure dans l'ordre des Dominicains. Il était, nous dit-il lui-même, désireux de sacrifier aux Muses dans une sainte retraite, et sans doute était-il aussi attiré par la carrière oratoire que cet ordre de frères prêcheurs offrait aux facultés brillantes qu'il sentait fermenter en lui. Mais il s'était fait illusion : une congrégation qui sentait si fort son moyen âge, une congrégation où la méchanceté se mêlait à l'ignorance et l'hypocrisie à la tyrannie, n'était pas faite pour une âme comme la sienne : elle ne servit qu'à développer en lui l'es-

1. Voy. Jordano Bruno^ par Christian Bartholmèss. Je cite ici une fois pour toutes cet excellent ouvrage, que j'ai constamment suivi dans cette biographie du philosophe de Nola.

prit de philosophie et de libre examen. « Après avoir cultivé longtemps, raconte-t-il, les lettres, la poésie, j'ai été porté à la philosophie, au libre examen, par mes guides mêmes^ par mes supérieurs et mes juges. Ministres de la jalousie, serviteurs de Fignorance, esclaves de la méchanceté, ils prétendaient m'assujettir à une vile et stupide hypocrisie. » Une fois cet esprit d'indépendance éveillé en lui, Jordano Bruno ne pouvait manquer de s'attirer bien des démêlés avec le pouvoir dont il relevait : il en eut non seulement à Naples, mais dans d'autres villes, telles que Genève, Nice, Milau, Venise ; et, pour échapper aux persécutions que lui suscitaient ses idées, soit sur certains dogmes catholiques, comme la transsubstantiation ou l'immaculée conception, soit sur Aristote, dont la scolastique avait fait une seconde autorité, placée, comme l'Eglise même, au-dessus de toute discussion, il fut forcé de quitter l'Italie à l'âge de trente ans (1580). « J'ai abandonné ma patrie, disait-il. J'ai dédaigné mes pénates, j'ai méprisé mes biens. » Il sacrifiait ses biens, ses pénates, sa patrie à ses convictions, en attendant qu'il leur sacrifiât sa vie. Pour le moment, il ne se croyait condamné qu'à un exil momentané : il espérait que le temps apaiserait les colères et les haines qu'il avait soulevées contre lui. Il devait être cruellement détrompé dix ans plus tard.

Bruno vint d'abord à Genève, où l'attiraient ses

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sympathies pour la Réforme; mais il ne s'y sentit pas longtemps à Taise. Calvin n'était plus depuis seize ans ; mais l'esprit de Calvin dominait toujours. Son successeur, Théodore de Bèze, tenait, comme lui, le principe de la liberté pour un dogme diabolique ; et pensant, comme son maître, que « les larrons ne s'assemblent pas où sont les potences », il croyait qu'il fallait punir les hérétiques par le fer ou par le feu, et qu'on ne pouvait rien faire qui fût plus agréable à Dieu. Il se rencontrait en cela, malgré la différence des religions, avec le pape saint Pie V, qui écrivait à la mère des derniers Valois : « Gardez-vous de croire qu'on puisse faire quelque chose de plus agréable à Dieu que persécuter ouvertement ses ennemis par un zèle pieux pour la religion catholique. » Ainsi Bruno retrouvait à Genève l'intolérance religieuse qui lui avait fait fuir l'ItaUe. Il y retrouvait aussi le môme fanatisme pour Aristote. « Les Genevois ont décrété, avait répondu Bèze à Ramus, soUicitant la permission de venir enseigner la philosophie à Genève, les Genevois ont décrété une bonne fois et pour jamais que ni en logique ni en aucune branche du savoir on ne s'écarterait chez eux des sentiments d'Aristote *. » De ce côté encore, le séjour de Genève n'était pas bon pour Bruno, qui inclinait vers la philosophie néo-platoni-

cienoe de Michel Servet, et qui, comme Ramus, se déclarait Tadversaire d'Aristote. Il quitta donc la cité calviniste au bout d'un an, soit qu'il eût reçu l'ordre de « vider la ville », comme il arriva à tant d'autres de ses compatriotes, soit qu'il eût voulu le prévenir.

A Toulouse, où il se rendit après avoir séjourne quelque temps à Lyon, il souleva contre lui ce qu'il appelle lui-même la fureur scolastique; et, imitant l'exemple de Pantagruel, qui « n'y demeura guères, quand il vit qu'ils faisayent brusler leurs régents tout vifs comme harangs sorets, » il se hâta de quitter ce foyer de fanatisme, où son compatriote Vanini fut brûlé trente-six ans plus tard.

Paris ne pouvait manquer de l'attirer. Dans un séjour qu'il y fit de 1582 à 1583, ayant obtenu l'autorisation d'enseigner la logique, il se borna à commenter l'art de Raymond LuUe, méthode qu'il regardait comme merveilleuse pour l'invention, pour la disposition des idées, pour l'argumentation; et malgré l'aridité du sujet, grâce sans doute au charme de sa parole, il attira une foule d'auditeurs et forma même des sectateurs enthousiastes. Puis, dans un second séjour, séparé du premier par un voyage en Angleterre, il s'aventura jusqu'à entrer en lutte contre la physique d'Aristote. Depuis Ramus et grâce à Ramus, les esprits avaient fait quelques progrès ; mais il leur en restait encore beaucoup à faire. Bruno obtint du rçcteur de l'Université la permis-

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sion d'instituer une lutte publique où seraient débattus les principes de la physique d'Aristote, et la joute eut lieu pendant les fêtes de la Pentecôte de Tannée 1586. L'épttre qu'il adressa au recteur pour demander cette autorisation et le discours par lequel il entra en lice renferment des pensées remarquables par leur nouveauté et justifient bien le titre que Bruno se donnait à lui-même de réveilleur : excubitor, « La vérité, disait-il, est peut-être plutôt neuve qu'ancienne. Si elle est neuve, une université qui aime autant le vrai doit désirer la connaître ; si elle est vieille^ nulle atteinte ne saurait l'ébranler; la plus rude attaque ne servira qu'à la confirmer. En tout cas, il doit être permis à chacun en philosophie de penser et d'exprimer librement sa pensée... » C'est le principe du libre examen nettement énoncé. Bruno invoque contre l'autorité extérieure de la parole écrite la lumière interne de la conscience et de la science ; il veut que la raison seule, la perception de ce qui est manifeste par soi-même, décide entre les systèmes, et qu'en attendant cette évidence on sache douter sagement. Ce sont déjà les idées et le langage même de Descartes. Voici encore une pensée qui devance l'âge de Descartes, et que Pascal et Malebranche semblent avoir empruntée à Bruno : « Il n'y a pas d'opinion ancienne qui n'ait été nouvelle un jour. Si l'âge est une marque de vérité, notre siècle est plus digne de foi que celui d'Aristote ; car le

monde compte aujourd'hui près de viugt siècles de plus. » Mais ces idées ne trouvaient pas encore les esprits suffisamment préparés à les recevoir, et les opinions hardies que Bruno avançait sur le mouvement de la terre et sur Tinfinité des mondes devaient les scandaliser encore davantage. Ce n'était pas impunément qu'un philosophe pouvait à cette époque renverser le vieux système du monde, substituer le mouvement à l'immobilité de la terre et abattre les barrières du ciel. Bruno dut s'éloigner de Paris, comme il s'était éloigné de l'Italie, de Genève et de Toulouse. Quant à l'Angleterre, où il avait passé Jeux ans (1583-1585) dans l'intervalle de ces deux séjours à Paris, ses idées avaient ameuté contre lui ceux qu'il nomme « les pédants d'Oxford » ; mais l'ambassadeur de France, Michel de Castelnau, chez 4ui il logeait, le protégea contre eux, et aussi, ajoute-t-il, contre la faim. Il était digne du traducteur de Ramus d'oflFrir un abri dans sa propre maison au philosophe Jordano Bruno.

En quittant la France, Bruno se dirigea vers TAlle- «lagne et s'arrêta d'abord à Marbourg en Hesse. Dans cette université, la dialectique de Ramus avait pris la place de la philosophie d'Aristote ; et cependant Bruno, après s'y être fait immatriculer en qualité Je docteur en théologie, n'y put obtenir l'autorisation de donner des leçons de philosophie. Le reclenr la lui refusa « pour de graves motifs {pb ar-

iOLES BaRN[. i^

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duas causas) », disent les Annales de FUniversité de Marbourg, mais sans les articuler. Ces graves motifs n'étaient autres sans doute que Tindépendance d'esprit et la hardiesse d'idées qui distinguaient Bruno. A Wittemberg, cette Athènes de la Germanie, comme il rappelle, Bruno trouva plus de tolérance, et il s'est plu lui-même à rendre hommage à la liberté philosophique qu'il y rencontra. « Vous avez permis, écrivait-il au Sénat de Wittemberg, vous avez permis à un étranger, à un homme éloigné de votre foi, d'enseigner en public : quelle humanité ! Votre justice n'a pas écouté les insinuations semées contre son caractère et ses opinions. Vous avez souffert, avec une admirable modération, sa véhémence à attaquer la philosophie d'Aristote qui vous est chère. » Dans son discours d'adieu, il fit de Luther un éloge enthousiaste. Est-ce pour cela qu'il fut accusé d'avoir loué le diable en public à Wittemberg et d'avoir vendu son âme à Satan ? Quoi qu'il en soit sur ce point, on ne manqua pas de conclure du discours de Bruno qu'il avait embrassé la foi luthérienne ; mais au fond cet éloge de Luther n'était que l'hommage d'un philosophe à celui qu'il regardait comme « le libérateur des esprits, le rénovateur de l'ordre moral. » Pour lui, comme le dit très bien son récent historien, le savant et regrettable Christian Bartholmèss *, « il n'est partisan ni de Wittemberg, ni de

i. Jordano Bruno j note de la page 160..

Rome ; il espère que le temps viendra « qu'on n'ado- « rera plus le Père ni sur cette montagne ni à Jéru- « salem » (Saint Jean, iv, 21) ; il professe « une théo- « logie plus élaborée, plus épurée encore que celle « des réformés. » Quelle est cette foi plus épurée? C'est ce qu'il appelle tour à tour l'amour des hommes, humanitas^ philanthropia^ ou l'amour de Ij sagesse, sapientia^ philosophia, »

Je ne suivrai pas Bruno dans ses autres pérégrinations en Allemagne : à l'université de Prague; à la cour de Brunswick, où il fut chargé d'achever l'éducation du jeune duc Henri-Jules ; à l'université de Helmstœdt, ville du duché de Brunswick, où, son élève ayant été appelé au pouvoir par la mort du duc régnant, il enseigna la philosophie, et, trois mois après, fut excommunié en plein temple par le chef du clergé ; à Francfort-sur-le-Mein, ville hbre où régnait la tolérance et où il publia trois de ses ouvrages, mais qu'il quitta brusquement pour retourner en Italie.

Il y avait dix ans que Bruno avait quitté son pays, ou, pour mieux dire, qu'il s'en était échappé. La réputation qu'il s'était faite et les écrits qu'il avait publiés pendant ces dix années d'une existence aussi éclatante que vagabonde, n'avaient pu qu'envenimer les colères et les haines qui l'avaient forcé à s'exiler. En rentrant en Italie, il venait se livrer en quelque sorte lui-même à la persécution et au dernier sup-

plice. Comment donc expliquer la détermination qui Ty ramène? Sans doute, entraîné par un ardent désir de revoir sa patrie, il se fit illusion sur les dangers qui l'y attendaient, ou il espéra en triompher. Mais le péril était si certain qu'il fallait que le mal du pays eût frappé son esprit de vertige pour qu'il ne le vit pas clairement. « On dit, écrivait un de ses anciens élèves de Helmstaedt, qui était alors à Bologne, à un ami qui habitait Padoue, on dit que le Nolain, que vous avez connu à Wittemberg, vit et enseigne chez vous en ce moment. En est-il ainsi? Que vient donc faire cet homme en Italie, d'où, de son propre aveu, il a été forcé de s'enfuir? J'en suis étonné, stupéfait, et ne puis en croire le bruit, quoiqu'il ait été répandu par des gens dignes de foi. »

Bruno était en effet à Padoue, et, qui plus est. il y enseignait. L'inquisition ne pouvait manquer de réclamer sa proie. Est-ce à Padoue même qu'il fut arrêté, ou bien à Venise, où il se serait rendu pour échapper aux poursuites du clergé padouan ? Ce qu'il y a de certain, c'est que, arrêté en septembre 1592, l'année même où, par une singulière coïncidence, Galilée venait ouvrir à Padoue son cours de mathématiques, il passa six ans dans les cachots de Venise, aux Plombs ou aux Puits, avant d'être envoyé à Rome pour être jugé par le Saint-Office. Le grand inquisiteur siégeant à Rome avait réclamé

Bruno dès son arrestation ; il est curieux de connattre les motifs sur lesquels il se fondait pour demander son extradition. Cet homme, disait-il, est non seulement hérétique, mais hérésiarque ; — il a composé divers ouvrages où il loue fort la reine d'Angleterre et d'autres princes hérétiques ; — il a écrit différentes choses touchant la religion et con traires à la foi, quoiqu'il les exprimât en philosophe

— il est apostat, ayant été d'abord dominicain ; ^ il a vécu nombre d'années à Genève et en Angleterre ;

— il a été poursuivi en justice pour les mêmes chefs k Naples et en d'autres endroits. » Le Père inquisiteur insista vivement sur tous ces motifs et parla de Bruno comme un homme qui ne l'aurait point perdu (le vue depuis vingt ans. Comme les Sages {Savi) avaient différé leur décision, il revint encore à la charge l'après-dîner du même jour ; mais cette fois les Savi répondirent que, « l'affaire étant considérable et de conséquence, et les affaires de la république nombreuses et graves, il était imposible de prendre aucune résolution. » Venise garda donc son prisonnier, et elle le garda pendant six ans ; mais enfin elle céda aux instances incessamment renouvelées de la Sainte-Inquisition, qui ne voulait pas perdre sa proie et qui savait bien qu'à force d'opiniâtreté elle finirait par l'obtenir. L'extradition de Bruno eut lieu en 1598.

Une fois que la congrégation du Saint-Office le

tint dans ses prisons, elle entreprit de le convertir. Les premiers théologiens de Rome, entre autres le cardinal Bellarmin, esprit lettré et élégant, ne dédaignèrent pas de discuter avec lui , et firent tous leurs efforts pour le ramener à leurs idées. Jordano Bruno, comme Michel Servet, se montra invincible dans ses convictions. On voulut le contraindre à se rétracter, en le menaçant du dernier supplice. Il pouvait ainsi sauver sa vie ; et, en le voyant parfois incertain, on dut croire que la crainte du bûcher finirait par lui arracher la rétractation qu'on souhaitait si fort. Mais ce n'était là qu'une faiblesse passagère, comme celle qui abattit un moment le courage de Huss, de Jérôme de Prague et de tant d'autres martyrs de la pensée ; la force de ses convictions et de son caractère devait sortii* triomphante de cette lutte contre la nature. Pour lui, la philosophie était un apostolat : il méprisait les philosophes qui n'en faisaient qu'un métier; il devait donc se résoudre à mourir en apôtre. Seulement il essaya de gagner du temps. Mais le Saint- Office, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir de son prisonnier, résolut d'en finir.

Le 9 février 1600 , après deux années passées dans les geôles de l'Inquisition, il fut conduit au palais du grand inquisiteur. Là, en présence des cardinaux, des théologiens, consulteurs du Saint- Office, et du gouverneur de Rome, Bruno fut forcé

de s'agenouiller et d'écouter sa sentence. Cette sentence racontait sa vie, ses. études, ses opinions, le zèle que les inquisiteurs avaient déployé pour le convertir, son opiniâtreté et son impiété, et concluait en déclarant qu'il devait être remis au bras séculier, pour être puni avec autant de clémence qu'il se pourrait et sans effusion du sang *, ce qui signifiait , dans Tinfernale hypocrisie du langage de l'Eglise, le supplice du feu. La lecture finie, Bruno fut solennellement excommunié et dégradé. Sa fermeté pendant cette cérémonie ne se démentit pas un moment. Quand il se releva, « peut-être, dit-il à ses juges, en promenant sur eux un regard assuré, peut-être que la sentence que vous venez de porter contre moi vous cause plus de trouble qu'à moi-même. » C'est le mot de Socrate ; c'est celui de tous les martyrs. Cette cérémonie achevée, la justice ecclésiastique remit Bruno au bras séculier, chargé de le punir avec la clémence dont je viens de parler. Cependant un délai de huit jours lui fut accordé pour la confession de ses crimes. Mais comme il sjobstinait à n'en reconnaître aucun, c'est-à-dire à ne point rétracter ses convictions, il fut mené en grande pompe au champ de Flore, où le bûcher était dressé devant le théâtre de Pompée et où s'était porté un immense concours de peuple. Bruno monta

^' ut quam clementissime et ultra sanguinis effusionem puniretur.

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sur le bûcher avec le plus mâle courage, cl sa contenance resta ferme jusque dans les flammes. Comme il allait mourir , on lui présenta un crucifix ; il détourna la tête avec dédain. C'était une manière d'abjuration qu'on voulait lui arracher au moment suprême : il ne lui convint pas de s'y prêter ; d'ailleurs n'était-ce pas au nom de ce Christ dont on lui présentait Timage à baiser que, après Tavoir retenu pendant huit ans dans les cachots de Venise et de Rome, on le brûlait aujourd'hui? Quand le supplice fut accompli, les cendres de la victime furent jetées au vent. « Ainsi , conclut un témoin de ce supplice, dans une lettre où il en fait le récit \ ainsi Bruno a péri misérablement , et je pense qu'il sera allé raconter, dans ces autres mondes qu'il avait imaginés, de quelle manière les Romains ont coutume de traiter les blasphémateurs et les impies. » Plaisanterie bien odieuse ; mais du moins le charitable chrétien qui raille si agréablement ne refuse-t-il pas à Bruno l'honneur d'être mort avec une constance de martyr.

1. Sehop^e (Scioppius), protestant converti. Voy. sa lettre dsm les pièces justificatives de Touvrage de M. Bartholuièss, tome V, p. 332. — M. Cousin, qui en a donné quelques passages [Fragments de philosophie cartésienne^ p. 10), a cru à tort qu'elle n'avait jamais été traduite en français. La traduction en avait été déjà publiée, d'abord par Lacroze {Entretiens, p. 287-303), puis par Naigeon dans une addition à Tarlicle Jordauo Bruno de l'Encyclopédie par Diderot. Voy. Enq/clopédie méthodique, Philosophie ancienne et moderne, par Naigeon^ t. III, p. 61.

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