‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 2 sur 29 · PRÊTRES MORTS EN EXIL · texte numérisé non relu

PRÊTRES MORTS EN EXIL

Bous n'avons qu'une liste très-incomplète des prêtres qui jururent en exil, sous la Convention. Voici les noms des Fesseurs de la foi sur lesquels nous avons pu recueillir Lia Uâbtyrs. — ï. il. 1

tTVKE ri, CHAPIinK I.

des renseignements : Jean-Kené de Millet, curé de Madj Pierre-Cliarles-Fraiicois Pigeon, curé de Saint- Pie rre-ï Regard ; Jean Pique, vicaire de Saint-Qyentin-des-Ct^ donnets; Louis-François Houvet, curé de Sainte-Honoriâ la-Chardonne; Jean-René Patou, curé d'HabloTille, Pleg Fleury, curé de Loiron; Georges Louée, cure de Congey.

M. Jean-René de Millet, curé de Madré {!), sévit cliassé de sa paroisse en 1791 à cause de sa âdélilé aux principes de la foicatliolîque. Bientôt la violence de la persécution l'obligea de quitter sa patrie, et d'aller cherctier un asile en Angleterre. Ily priait pour la conversion et le bonheur de son pajs, lorsqu'il apprit de la bouche d'un prêtre, son compatriote, la mort cruelle infligée par les ennemis de la religion à sou frère M. Gaspard de Millet, de la Chapelle-Moche. Ge fut comme un coup mortel porté au cœur sensible de ce vertueux prêtre. Après avoir langui pendant quelques mois en proie à un chagrin dévorant, il vit arriver sans peine la fin de son pèlerinage sur la terre, et alla rejoindre dans la patrie céleste le frère bien-aimé qui était mort pour sa défense (2).

11 fut suivi de près dans la gloire éternelle par M. Pierre- Charles-François Pigeon, né à Millesavattes (3), le 2 février. 1756. Docile à la voix de Dieu, qui l'appelait à l'état ecclésiastique, il s'appliqua de bonne heure à l'acquisition de la science et des vertus sacerdotales. 11 fut élevé au sousdiaconat, en 1779, et au sacerdoce, en 1782. La paroisse de la Cameille, où il tut nommé vicaire aussitôt après son or-

(1) Madré, caaloa de Ccuptrain, arrondissement de Hajeii

(2) Leltre de M. l'abbi Vauloup, curé de Coaterne.

(3) Caolon d'AIbis, arrODilisaeuient de DomfroDt (Orae).

! (Ma senne).

M. PIEKHK-rHAnLRS-FHANÇOrS PIGEON. 3

diaation, conserve encore le souvenir de sa tendre piété. On garde aussi comme de précieuses reliques plusieurs sermons écrits de sa main et prêcUés dans l'église de la Carneille de 1782 à 1789, Ils respirent tous le zèle le plus pur pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Aussi remarquables pour le fond que pour l'élégance de la forme, ils sont pleins d'une douce éloquence, qui entraîne le cœur et l'élève vers Dieu.

Les talents de M. Pigeon et surtout ses vertus lui gagnèrent l'estime de tous les ecclésiastiques de son voisinage. Ed J789, M. Durand, curé de Sainl-Pierre-du-Regard (1), désirant résigner sa cure à un prêtre anime de l'esprit de Dieu, jeta les yeux sur M. l'abbé Pigeon et supplia M*' de Chaylus, évèque de Bayeux, d'agréer ce pieux vicaire pour son successeur. On obtint de Rome des lettres de provision, qui furent enregistrées au secrétariat del'évèché de Bayeux, le 24 novembre 1789, et, le il janvier 1790, M. l'abbé Pigeon fut mis en possession de la cure de Saint-Pierre -du- Regard. Il édifia tous les fidèles par la douceur de son caractère, par son zèle pour la conversion des péclieurs, et la bonté. avec laquelle il les accueillait au tribunal de la pénitence. Ce saint pasteur n'eut pas lajoie de conduire longtemps son troupeau dans la voie du salut. Bientôt la tempête révolutionnaire vint agiter toutes les églises de France. M. Pigeon, qui avait toujours exhorté les fidèles à vénérer le chef de l'Eglise comme le représentant de Jésus-Christ, ne voulut pas contredire son enseignement par sa conduite, en prêtant le serment à la Constitution civile. Il fut alors chassé de son église au grand regret de ses paroissiens. Pour épargner un crime de plus aux persécuteurs qui voulaient sa mort, il prit la route de l'exil et se relira en Angleterre.

Touché de ses malheurs, le roi d'Angleterre, Georges ill, lui fit offrir l'hospitalité dans son château de Winchester.

(1) Caiilul) il'Alhii.

il de l'cinfi'Uiil (Orue).

UVR ■ ir, r.HAPITHE I.

Six cents prêlres français, exilés pour leur atlachementj la foi catholique, y Yivaient en communauté sous la diree tion de M. l'abbé Martin, Yicaire-géuéral de Lisieux. M. PjJ geon s'estima trop heureux de pouvoir passer les jours d son exil dans la société de ces vénérables confesseurs d&9 foi. 11 les édiûa tous par sa patience, son grand amod pour la prière et les pieuses exhortations qu'il leur adn sait de temps a autre pour les engager à se détacher i plus en plus de la terre et à soupireraprès la céleste patriâl Un jour qu'il devait encore adresser la parole à ses co* frères, il sortit dans la campagne, et s'assit sous un boq quet d'arbres pour écrire quelques mots sur le sujet q«j devait traiter. Un voleur, qui avait remarqué sa montre ■ or, se glissa rapidement derrière lui et le frappa d'un cod de poignard au moment où 11 venait d'écrire le mot Ca Son corps, retrouvé trois jours après, fut inhumé dans] cimetière catholique près Winchester. On dressa eu i termes l'acte de décès de ce pieux confesseur de la foi :

« Aujourd'hui, 31 août 1793, le corps de discrète' | M. Pierre-Cbarles-François Pigeon , curé de Saint-Pierre-t Regard, diocèse de Bayeux, irouvé mort dans une pièce de ter^ peu de distance du Château-Royal de Winchester, en Angleterre J il demeurait, le S& du liième mois, âgé d'environ Irenlc-huit a; été inhumé dans le cimetière destiné h la sépulture des fidèle^ la communion romaine, près ladite ville de Winchester, par nm Noël-Paul-Thomas Martin, vicaire -général de Lisieux, supéri dudit Château, soussigné, du consentement de M. Milner, pastd catholique de Winchester, également soussigné, en présencel MM, Jean Brissel, curé de laBazoque,Doyende Condé-sur-NoiM Louis Lebas, curé des Inooceuis, diocèse de Rouen, Oli^^ Charles Renusson , curé de Saint-Charles , diocèse du 1 Jean Lesage, prôtre habitué à Orbec, et Gabriel-Louis Chél vicaire de Saint-Pierre-de-1 a-Cour, diocèse de Séez, soussigi Ainsi signé : J. Brisset, curé de la Bazoque, Doyen de Condé-fl Noireau, Charlus Renusson, curé de Saint-Charles, Chéron, vica de Sainl-Ouen-de-la-Cour, Lesage, prétie, Lf^bas, curé des

M. L0UI3-?RAKÇma HOUTET DE LA HlIBEBDIÈnK.

nocenls, Martin, vicaire-général, Joannes Milner, pasleur calholique (I)-

H. l'abbé Jean Pique exerça successivetneot tes fonctions de vicaire à Condé-sur-Noireau, à Tinchebray, et â Saint- Ouentin-diss-Chardonnets, Il édifiait celte dernière paroisse par ses vertus, lorsque la révolution l'obligea de chercher un refufçe ea ÀDgleterre. 11 supporta les peines de l'exil en digne ministre de Josus-Christ, et expira entre les bras de ses confrères le 8 avril 1794. Il était âgé de cinquante-neuf ans (2).

Deux mois après, un autre confesseur de la foi, M. Louis-François Houvet de la Huberdière allait au ciel recevoir la récompense de ses travaux. 11 était né à Chanu, en 1727. Srs parents, qui jouissaient d'une fortune assez considérable, ayant remarqué en lui de la piété et un grand désir d'arriver à l'état ecclésiastique, l'appliquèrent de bonne heure â l'étude du latin. Ses progrès dans les sciences furent surpassés par ceux qu'il fit dans la vertu. 11 fut ordonné prêtre, vers 1750, et nommé vicaire d'Atbis. Il se fit remarquer surtout par son zèle pour la prédicatiou, sa charité pour les pauvres et son empressement â obliger ses confrères.

En 1771, il fut nommé curé d'une portion de la cure de Sainte-Honorine-la-Cbardonne (3), en remplacement de M. Boutry. L'autre portion de la cure ayant été réunie à la première, en 1779 , M . Houvet lut chargé de toute la

{i) Leltr«â de M. l'abbé Gerraise, ancien curé d'Aubusâon, t qvcMl, curé de Sa ial-Co roter.

[I] Lettre de fil. DerthonL. ancien curé de Saiat-Oueatin. B'p) Sainte-Honorine, canton d'Athis, arrondis aOinent de Donitront (Orne}.

paroissB. (In le vit alors redoubler de générosité [ soulagement des pauvres et rcmbellissement de son église. En 1781, il bâtit la tour et fit de nombreuses réparations dans la nef et le sanctuaire. En 1789, il lit construire à ses frais le presbylêre.

Les derniers travaux étaient â peine terminés, lorsque arriva la révolution. M. Houvet était trop attaché à la foi cattiolique pour prêter le serment impie que prescrivaient les ennemis de l'Eglise. 11 le refusa donc, et se vit dès lors en butte à mille calomnies dans cette paroisse, qu'il avait comblée de bienfaits. Mais il supporta tout patiemment pour l'amour de Dieu. Vers le 20 juin 1792, il fut conduit dans les bois deMènil-Hubertparla garde civique. Quelques hommes féroces avaient l'intention de l'immoler à leur haine contre les prêtres. Mais la plus grande partie do ceux qui le conduisaient s'y opposa. Ils dirent seulement à M, Houvet ; « Prête le serment, ou va-t-en, et qu'on ne te M revoie pas ». Il préféra l'exil au serment et passa en Angleterre. Des bords de l'Ile de Jersey oii il se retira, M. Houvet fut témoin des scènes horribles qui ensanglantèrent la France, en 1792, 1793 etl79i. Le chagrin profond que lui causait la vue des maux de l'Eglise, le conduisitau tombeau, le 21 juin 179i (1).

Quelques semaines après, mourut en Belgique un autre ecclésiastique, aussi remarquable par ses talents que par ses vertus. M, Jean-René Patou, originaire d'Alençon, fut nommé chapelain de Saint-Symphorien à la cathédrale, et professeur de rhétorique au collège ecclésiastique de Scez peu de temps après son ordination. Ses vertus et ses talents

(t) Lettre de M. l'iihM Buqnel, curé de Saires el ancien vicaire de Saînte-flooorine ; — Nécmioge det préires du diocèse de Bai/çux marti en exil de I79Ï

M. PIERBE PLEPRÏ. 7

loi conquirent l'estime ilc tout le clergé de la ville épiscopale I mais, comme il préférait le miuiatère à renseignement, M^' d'Argentré le nomma curé de Mênil-Jean {^), eo 1783. Après avoir édifié cette paroisse pendant deux anSj il passa à la cure d'HabloviUe (2), le 21 mars 1787. Bientôt viûrent les jours mauvais de la révolution. M. l'abbé Patou, insulté plusieurs fois par les ennemis de l'Eglise, parce qu'il avait refusé le serment constitutionnel, fut enfin saisi par ces hommes violents, qui le traînèrent à travers la pad'Habloville, en l'accablant d'injures et de coups. Us it le mettre à mort, lorsque le maire les arrêta au de l'humanité et conseilla au malheureux prêtre de prononcer la formule du serment pour se tirer des mains de ses bourreaux. Troublé et à demi mort de frayeur, il eut la faiblesse de céder à ces sollicitations. Mais aussitôt qu'il futlibre, il rougit de sa faute devant Dieu, en demanda publiquement pardon aux fidèles, et travailla à la gloire de Jésus-Christ avec un nouveau zèle. Voyant sa vie exposée à des dangers continuels, parce qu'on n'osait pas lui donner asile, il quitta la France et se retira en Belgique. 11 y expia par de longues privations et de cruelles souffrances la faute qu'il avait commise. Sentant sa fia approcher, il se réfugia dans une étable, seul asile qui lui fût ouvert à ses derniers

Ïits. C'est là qu'il rendit son âme à Dieu, heureux er où son divin Maître avait daigné naître pour son (3).

Vers la même époque, Dieu appela à lui un autre bon Pîsteur, M. Pierre Fleury, né à Lonlay, près Dorafront, en

(I) CautOD d'Ecoucbè, arroadieseuiËaL iJ'Argcolan.

(I) Canton de PuUiageB, aiTondissenjenl d'Argeutaii.

01 Lfltlre de M. l'abbé DaUcq, curé d'Hflbloiille; — Notice reiniae à M. l'alihé

1732. EleTé aux sublimes fonctions du sacerdoce, il mérita restime de tous ses confirères par sa piété. Il était curé de Loiron, près Laval, lorsque parut la lettre de couYocation des Etats-Généraux. Il obéit humblement aux ordres du roi, qui enjoignait à tous les prêtres, possesseurs d'un bénéfice/ de se rendre aux assemblées de leur ordre pour y nommer les députés du clergé. Le 30 mars 1789, il signa avec réyêque du Mans et cent cinquante de ses confrères le Cahier des doléances et souhaits du clergé de la sénéchaussée du Maine, qui fut porté aux Etats-Généraux.

Plus tard, en 1791, lorsque TAssemblée eut déclaré la guerre à TEglise, il promit d'observer la constitution en tout ce qui ne touchait ni au dogme, ni à la morale ni à la discipline de TEglise. Quoiqu'il donnât par là une nouyelle marque de modération, il n'en fut pas moins persécuté, et, quelques mois après, chassé de son presbytère par les officiers municipaux. Dès le 20 juin 1792, ce bon pasteur était incarcéré aux Cordeliers de Laval avec cent soixante autres prêtres fidèles au chef de l'Eglise. Conduit à Granville par ordre du Directoire de la Mayenne, il s'y embarqua pour l'île de Jersey, vers le milieu du mois de septembre 1792. Après avoir édifié les habitants de cette île par sa patience au milieu des privations et des souffrances de l'exil, il mourut paisiblement entre les bras de ses confrères.

VIÏ.

Vers la fin de 1794, M. Georges Louée, né à Saint-Gervaisdu-Perron, succomba aussi aux douleurs de l'exil. 11 exerçait depuis peu les fonctions pastorales, dans la paroisse de Congey (1), lorsque parut le décret tyrannique qui condamnait à la déportation tous les prêtres fidèles au chef de l'Eglise. Ne trouvant point d'asile où il pût espérer d'attendre

(1) Congey, canton «t arrondissement d'Alençon.

Ja fin de la persécution, il quitta sa patrie et se relira en Angleterre, puis en Silésie. Il y mourut, après de longues en priant pour le salut de sa patrie malheu-

souffran reuse

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