RËTRES UORTS DANS LES MAISONS DE JUSTICE
Tous les historiens qui ont étudié, d'après les pièces officielles, le régime des maisons de justice sous la Convention, attestent qu'il était déplorable et souverainement meurtrier. On ne peut douter que ce jugement ne soit applicable à la maisonde justice du département de l'Orne, puisque le tribunal criminel de l'Orne condamna lui-même les époux Harconnay, gardiens de la prison de Sainte-Claire, pour easaetinns et mauvais traitements envers les prisonniers. Il Fallait que les faits imputés à ces gardiens des confesseurs delà foi fussent bien criants pour que la justice républicaine les condamnât d'une manière si explicite. Ce régime •lêplorable dut causer la mort de plusieurs de ces vénérables prêtres, qui étaient tous .sexagénaires ou infirmes. Nous n'avons pu malheureusement retrouver les registres d'écrou de la maison de Sainte-Claire, sur lesquels on verraitles noms des confesseurs, décédés en 1792 et en 1793. 11 est évident que la tradition ne peut suppléer aujourd'hui à l'absence de ces pièces officielles. Le seul prêtre, enfermé à Sainte-Claire, dont la mort soit rapportée à cette époque, est M. Delaunay, curé de Larchamp. Le 14 mai 1794, un autre confesseur de la fol, M. Léonard Perrault, décéda dans la maison de Sainte-Claire. Après avoir exposé rapidement ce que l'on connaît aujourd'hui sur ces deux confesseurs, nous consacrerons quelques lignes à la mémoire de M. Duffay, curé de Montjean, décédé dans la prison de Laval, le 25 juin 1793.
10 LIYHE If, CHAPITRE n.
H. Delaunay, né à Fiers, au sein d'une des plus honorables familles de celte paroisse, était curé de Larchamp (1), lorsqu'on publia le décret qui obligeait, sous peine de destitution, tous les prêtres, employés dans le ministère, i ïaire le serment constitutionnel. Comme plusieurs membres de la municipalité de Larchamp le pressaient, dei^ant tout le peuple réuni à TEglise, de prêter ce funeste serment, son vicaire^ homme d'une fermeté admirable, craignant que ce bon vieillard, affaibli par Tâge, ne cédât aux instances et aux menaces des ennemis de TEglise, lui cria du bas deTautel: « Ne jurez pas. Monsieur le curé : songez que Jésus-Christ, « qui est ici présent, vous le défend sous peine de la mort « éternelle ». M. Delaunay resta fidèle à TEglise catholique, mais il fut bientôt chassé de son presbytère. Poursuivi par les ennemis de la religion, il se cacha pendant quelque temps chez des ouvriers honnêtes, qui habitaient près de la forge de Larchamp. Mais, vers la fin de 1792, il fut dénoncé par un homme qu'il avait comblé de bienfaits. Arrêté chez les personnes généreuses qui lui donnaient Thospitalité, il se vit entraîné impitoyablement, sans qu'on lui donnât même le temps de mettre ses chaussures ; aussi ce bon vieillard eut-il bientôt les pieds tout en sang. 11 fut enfermé dans la prison de Sainte-Claire, où il succomba à ses souffrances quelques semaines après son arrivée. Celui qui l'avait livré aux persécuteurs porta visiblement la peine de son crime : il mourut rongé par la maladie pédiculaire (2).
M. Léonard Perrault, né dans la paroisse du Cercueil, en 1721, mérita par l'innocence de sa vie d'être appelé à Fétat
(1) Canton de Tincbebray, arrondissement de Domfront (Orne).
(2) Je dois ces renseignements à M. Tabbé Roussel, curé de Saint-Àndré-de- Briouse, et à M. G. Delaunay, président de la société de St-Vincent de Paul, de Fiers.