AOUT
Nous ne pouvons entreprendre un résumé des événements qui remplissent l'histoire de l'évangélisation de l'Angleterre. Après l'introduction du christianisme à l'époque romaine (Voir t. III, préf., p.XLii) et les désastres qui amenèrent la ruine presque complète des Eglises, la mission envoyée par le pape saint Grégoire 1er parvint, en s'appuyant principalement sur les chefs militaires des différents Etats, à fonder de nouveaux établissements dont plusieurs atteignirent à une véritable prospérité, surtout celui de Northumbrie. Le roi du Kent Ethelbert mourut le 24 février 616, et aussitôt la situation du christianisme devint menaçante. La conversion du roi n'avait pas été suivie de celle du peuple, et le successeur d'Ethelbert, Eadbald, était païen. Cet homme vicieux et emporté vint bientôt à bout de ramener à l'idolâtrie ceux qui avaient embrassé le christianisme en vue de plaire à Ethelbert. La mort du roi Sebert, neveu d'Ethelbert et roi d'Essex, donna son trône à trois fils, qui eux aussi étaient demeurés païens. Ils se mirent aussitôt à pratiquer l'idolâtrie, et un grand nombre de sujets suivit leur exemple. Bède raconte qu'ils avaient gardé l'habitude d'assister de temps à autre aux cérémonies du culte chrétien. Un jour que l'évêque de Londres, Mellitus, distribuait en leurprésence la communion aux fidèles, il lui dirent : « Pourquoi ne nous offres-tu pas de ce pain si blanc que tu donnais à notre père et que tu continues encore à donner au peuple dans ton église 7 — Si vous voulez, répondit l'évêque, être lavés dans la fontaine du salut, oii votre père l'a été, vous pourrez
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avoir, comme lui. votre part du pain sacré ; autrement c'est impossible. — « Nous ne voulons point, répliquèrent les trois princes, entrer dans ta fontaine, nous n'en avons nul besoin ; mais nous avons envie de nous restaurer avec ce pain. » Comme ils insistaient, l'évêque leur répéta qu'il fallait être purifié de tout péché avant d'être admis à la communion. Alors ils se mirent dans une grande colère et lui ordonnèrent de sortir du royaume avec tous les siens : « Puisque tu ne veux pas nous complaire dans une chose si aisée, lui dirent-ils, tu ne peux plus rester dans notre pays, x
Les évêques de Londres, de Rochester et de Cantorbéry. renonçant à la lutte, se résolurent à quitter l'Angleterre ; mais un revirement amené dans les dispositions d'Eadbald retint rarchevêque de Cantorbéry. iMellitus toutefois ne put reprendre son siège et succéda à celui de Cantorbéry'619), ce qui équivalait à un renoncement définitif sur la chrétienté dEssex. Après lui l'évêque de Rochester, Juste, lui succéda (624), et il fut remplacé par Honorius (627). Le christianisme se trouvait alors renfermé dans les limites du Kent. Parmi ces mécomptes, 1 horizon .s'éclaira soudain vers le nord de l'Angleterre, dans le royaume de Northumbrie, le plus vaste de ceux qui composaient l'Heptarchie saxonne. Il n'est pas aisé de démêler la part de l'histoire parmi les grandes tuei'ies et le cycle de manifestations surnaturelles qui composent l'histoire des origines du roi Edwin et la préparation de son établissement sur le trône de Northumbrie (616 1. Le souverain de ce royaume, Ethelfrid, fut défait et tué ; ses fils, bien que neveux par leur mère du nouveau roi, furent réduits à se réfugier chez les Scots Dalrai diens, dont Colomba avait été l'apôtre. On verra bientôt quelles furent pour la Northumbrie et pour toute l'Angleterre les suites de cet exil...
Edwin épousa la fille d'Ethelbert et de la reine Berthe, Ethelburge, princesse chrétienne. Ce ne fut pas sans de longues hésitations que le roi païen consentit à embrasser lui-même le christianisme ; il se fit enfin baptiser solennellement le jour de Pâques de l'année 627 par l'évêque Paulin, à York, dans une église en bois, bâtie à la hâte, pendant qu'on le préparait au baptême. Pendant les six années que dura son régne après sou
baptême, Edwin étendit beaucoup sa puissance, mais la lutte qu'il eut à soutenir contre le royaume de Mercie, centre de la résistance païenne, l'affaiblit beaucoup. Les païens de Mercie avaient pour chef Penda ; la conversion d'Edwin le transporta de fureur contre le roi de Northumbrie, et il ne songea plus dès lors qu'à l'accabler. Chose douloureuse à dire, les païens saxons étaient excités dans leurs ressentiments par les habitants primitifs de l'île, les Bretons chrétiens, plus nombreux en Mercie que dans tout autre royaume anglo-saxon. Ces vieux chrétiens, toujours exaspérés contre les envahisseurs de leur île, ne tenaient aucun compte de la foi des Angles convertis et ne voulaient à aucun titre entrer en communion avec eux ; bien plus, méprisant les intérêts de l'Eglise afin de mieux satisfaire leurs vengeances, ils ne songeaient qu'à détruire la puissance northumbrienne chrétienne pour le plus grand profit des païens de Mercie, auxquels ils ne pouvaient songer à rcprcudrc le pouvoir. Cadwallon, chef des Bretons de Cambrie, s'unit à Penda. Sous res deux chefs, une immense armée, où les Bretons chrétiens de Cambrie coudoyaient les païens de Mercie, envahit la Northumbrie. Edwiu attendait l'eniiemi à Hatfield, il fut écrasé et périt dans la bataille (12 octobre 633). On l'a honoré en qualité de martyr ^.
La rancune bretonne était satisfaite. La chrétienté de Northumbrie disparut de ce coup. « En ce temps-là, dit Bédé, il se fit un grand carnage dans l'Eglise et le peuple de Northumbrie : l'un des deux chefs étant païen, et l'autre pire qu'un païen... Cadwallon se disait chrétien, mais son cœur et ses mœurs étaient d'une telle barbarie, qu'il s'en prenait aux femmes, égorgeait les petits enfants, et, dans sa cruauté de bête fauve, il ne les mettait à mort que dans les tourments. Longtemps il promena par toutes les provinces sa course fui-ieuse.
1 Bède, Historia, 1. II, c. xx, dit ([ue Edwin était dans la d\\- Reptième année de son règne quand il périt. Il avait alors 38 ans. La défaite se changea en déroute : ejusque lotus vel intiremptus oel dispersas est exercitus Le culte et le titre de martyr attribués à Edwin ne sont guère mentionnés qu'en passant par Byseus, dans Acta Sanctorum, 12 octobre, p. 117.
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ne cherchant qu'à effacer du sol breton la race anglaise. La religion chrétienne elle-même, parce qu'elle était la religion de ses ennemis, il la méprisait. Et aujourd'hui encore, c'est le propre des Bretons de ne pas tenir plus de compte de la foi des Anglais que s'ils étaient païens . ))
L'apostasie suivit la défaite. Un cousin germain d'Edwin, Osric, baptisé par saint Paulin, avait pris pour sa part le Deïra. Un fils d'Ethclfrid, baptisé, lui aussi, mais par les moines d'Ioua, s'empara de laBernicie. Ces deux princes apostasiérent, mais le premier fut tué à la guerre contre les Bretons, le deuxième égorgé par Cadwallon dans une entrevue qu'il avait sollicitée de ce chef. « Armée terrible, ditBède, aujourd'hui encore en horreur à tous les gens de bien, tant à cause de l'infamie des deux rois anglais, que pour la tyrannie folle du roi breton ^. »
Une sœur d'Edwin, mariée à Ethelfrid le Ravageur, donna le jour à un fils, Oswald, qui passa en exil les dix-sept années du règne de son oncle. Réfugié chez les Scots, Oswald et ses compagnons connurent le christianisme et se firent baptiser. Après la bataille de Hatfield et la chute d'Edwin, la dynastie bernicienne, dont Oswald était le chef, rentra en Northumbrie. A la tête d'une petite troupe de braves gens, parmi lesquels on comptait une douzaine de chrétiens, Oswald entreprit la conquête de son royaume et, malgré la réputation et les ressources de Cadwallon, il n'hésita pas à tenter la fortune de la guerre. La veille du jour de la bataille, le prince fit faire une grande croix de bois qu'il tint debout de ses propres mains pendant que ses compagnons entassaient la terre pour la maintenir droite dans le creux où on l'avait plantée. Puis, se prosternant devant elle, il dit à ses frères d'armes : « Tombons tous « à genoux, et tous ensemble prions le vrai Dieu vivant et lout- <( puissant de nous défendre, dans sa miséricorde, contre l'or- « gueil et la férocité de notre ennemi ; car ce Dieu sait que notre « cause est juste et que nous allons combattre pour le salut de « notre nation. Oui, c'est pour notre salut et notre liberté qu'il « nous faut combattre aujourd'hui contre ces Bretons que nos