‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 102 sur 117 · HISTOIRE DE JÉSUS-SAHHAM · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE JÉSUS-SAHHAM

Chap. I. Comment le bienheureux Jésus-Sabran fut instruit de la foi chrétienne et devint digne du saint baptême par son zèle pour la vertu. — Celui qu'on appelle Jésus-Sabran, selon le Christ, s'appelait auparavant Mahanous. Il était du village de Qour, dans la montagne de Hedayab. Sa famille était d'origine persane et son père s'appelait Tirgousnasp. Il pratiquait le magisme. Il y avait dans le village de Qour un prêtre nommé Jésus Rahmeh, avec lequel il se rencontrait fréquemment et qui l'exhortait en vain à se faire chrétien. Une circonstance inattendue amena sa conversion. La fiancée de Mahanous s'étarit fait baptiser, la mère de la jeune fille engageait celui-ci à chercher une autre femme. Il s'y refusa, promettant de laisser à son épouse toute liberté pour pratiquer sa religion. Le mariage eut lieu, et, par l'influence de sa femme, Mahanous se mit à étudier la doctrine chrétienne. Il se décida à recevoir le baptême. Pour ne point attirer la colère des mages sur les chrétiens de son village, il résolut de se faire baptiser en secret et se rendit, dans ce but, à un petit monastère appelé Beit Sakouh, situé à l'est d'Arbèle. Le supérieur, nommé Siraéon, s'informa de sa condition avant de lui conférer le baptême. Mahanous se contenta de répondre qu'il était de loin ; mais il fut reconnu par un des assistants Siméon lui fit comprendre qu il ne pouvait s'exposer à la colère des mages, et le congédia sans vouloir le baptiser. C'était le soir. Pendant la nuit, un ange apparut à Siméon, le frappa d'une vive douleur en le touchant aux épaules et lui reprocha sa lâcheté. Siméon supplia l'ange de le guérir du mal dont il venait de le frapper et promit de baptiser Mahanous avant le chant du coq. Il sortit à sa rencontre et le pressa de venir rece-

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voir le baptême. Mahanous prit alors le nom de Jésus-Sabran. Il retourna à sa maison et raconta l'événement à sa femme, qui en fut dans la joie. Peu de temps après, celle-ci mourut. Au grand étonnement des fidèles, qui ignoraient sa conversion, il la fit enterrer suivant l'usage des chrétiens. Il recevait les sacrements en secret, mais bientôt il rougit de sa lâcheté. Eucouragé par les exhortations du prêti-e de son village, il résolut de pratiquer ouvertement la religion. Un dimanche, il alla recevoir la communion avec les autres fidèles. Dès lors ce ne fut qu'un cri dans toute la contrée « Mahanous s'est fait chrétien ». Les mages en furent irrités. Le frère charnel de Jésus-Sabran s'acharna particulièrement à le poursuivre. Il alla le dénoncer au juge du village voisin. Celui-ci se rendit à Qour, en ayant soin de faire annoncer son arrivée, dans l'espoir de voir Mahanous prendre la fuite et de pouvoir ainsi confisquer ses biens. Les chrétiens offrirent à Jésus-Sabran de calmer le juge par des présents; mais il refusa, et se déclara prêt à affronter la lutte pour le Christ. Ils passèrent la nuit à prier dans l'église du village.

Chap. u. Commeitcemenl de la lutte du bienheureux Jésus- Sabran ; comment il fut d'abord interrogé par le juge et avec quelle liberté il confessa le vrai Dieu. — Le lendemain matin, le juge le fit appeler. Jésus-Sabran se montra insolent à son égard. «Es-tu Mahanous? demanda le juge. — Maintenant, non. Auparavant je m'appelais Mahanous, mais à présent je suis Jésus-Sabran. — Pourquoi ne m'as-tu pas salué? — Parce que, ne connaissant pas Dieu, tu n'es pas digne d'être salué. »

Le juge et les mages, irrités de son audace, le frappèrent et le maltraitèrent ; puis le juge, simulant la pitié, voulut lui persuader de revenir à la croyance de ses pères, pour conserver ses biens et obtenir les faveurs du roi. Jésus-Sabran déclara qu'il méprisait lés biens et les honneurs temporels. Le juge le fit frapper de nouveau et le chassa de sa présence. On le conduisit à la prison du village de Hazza, en attendant la sentence qui devait être prononcée contre lui. Il resta en prison quarante jours. Le prince des fidèles, Mar-Yezdin, étant venu à Hazza pour les afiaires du royaume, les chrétiens lui parlèrent de Jésus-Sabran. Il aurait pu de sa propre autorité le délivrer ;

mais il préféra le réclamer au juge, qui s'empressa d'acquiescer à son désir. Yezdin déclara au bienheureux qu'il était libre d'habiter où il lui plairait ; et celui-ci retourna à son village. Son frère reçut le châtiment de sa haine. Pendant un festin qu'il donnait aux mages, ses compagnons, il se blessa involontairement les bras avec un couteau qu'il tenait à la main pour couper une grenade ; la plaie s'envenima, et il en mourut.

Chap. m. Comment, après être sorti de ce premier combat, le bienheureux se tourna vers les œuvres sublimes du monarhisme et, sous l'habit des mendiants, parcourut quelque temps le désert. — Après avoir passé quelque temps dan;r son village, Jésus-Sabran fut pris du désir de la perfection. Il changea de vêtements, prit une chemise de crin et mit par-dessus une tuni- (|ue de laine ; il se fit tonsurcr et quitta son village sans qu'on s'en aperçût. Il paicourut le désert et les montagnes, se reposant et s'édifiant auprès des solitaires qu'il rencontrait de temps en temps sur sa route. Il serait difficile de dire tout ce qu'il souffrit pendant son séjour au désert, soit à cause des intempéries de l'air, soit à cause de ses mortifications volontaires ; il vivait alternativement de fruits, de racines ou d'herbes, selon la saison, et n'avait d'autre toit que le ciel, ni d'autre lit que la terre. Quand il entrait dans quelque monastère, il y remplissait les offices les plus humbles à l'égard de tous les religieux, demandant en échange l'aumône de quelques prières ; et s'il venait à être reconnu, il parlait aussitôt.

Chap. iv. Comment, pendant son exil, il fut pris du désir du martyre et revint dans son pays. — La pratique des œuvres de vertu excita eu lui le désir du mai'tyre. Il quittais solitude de la montagne pour revenir à son village. Comme on ne le persécutait pas, il résolut de provoquer les mages, après toutefois s'être préparé à la discussion par l'étude des Ecritures. Il manifesta son intention au prêtre de son village. Ce dernier avait vm jeune fils nommé Jésus-Zeka. Le bienheureux lui demanda ce jeune homme pour lui servir de maître dans l'étude de l'Ecriture sainte. De retour chez lui, Jésus-Sabran interrogea de nouveau son précepteur : « Par où doit-oa

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commencer son éducation ? » Le jeune homme répondit « D'abord par apprendre les lettres, puis à épeler, ensuite à réciter les psaumes, enfin à lire toute l'Ecriture. » Jésus-Sabran, accoutumé à réciter par cœur les prières du magisme, déclara inutile d'apprendre les lettres et pria le jeune homme de lui réciter dix psaumes. Il répétait les versets l'un après l'autre, en balançant la tête, jusqu'à ce qu'il les sût par cœur. Mais, sur les conseils du prêtre, il consentit à étudier les lettres et apprit à lire en peu de temps.

Chap. V. Par quelles ruses rennemi le combattait, tandis qu'il était dans son village après le retour de l'exil. — Le démon, voyant que Jésus-Sabran s'adonnait à la pratique de la vertu et de la prière, le combattit avec acharnement. Le bienheureux raconta ses luttes à son fidèle compagnon Jésus-Zeka. Lorsqu'il allait prier dans la solitude, il voyait les démons qui se précipitaient sur lui sous la figure de chameaux sauvages prêts à le dévorer, ou comme des tigres féroces, ou comme des cavaliers armés disposés à le frapper. Mais parla vertu du Christ il avait toujours triomphé de leurs ruses.

Chap. vi. [Comment], après être resté quelque temps dans son village sans être inquiété par les mages, il en sortit pour bâtir un couvent qu'il habita jusqu'au moment où il en fut tiré pour être conduit en prison. — Jésus-Sabran, voulant pratiquer l'ascétisme, fonda, à deux milles de son village, un couvent dans lequel il se fixa. Là, il se livra à toutes les rigueurs de la mortification corporelle. Il portait des habits et des chaussures déjà usés par les autres. Il se nourrissait de légumes et d'herbes, ne mangeant jamais de pain. Pendant la nuit, il allait prier dans la montagne et rentrait au moment où le sacristain donnait le signal pour l'office nocturne. Jésus- Zeka lui ayant demaudé pourquoi il agissait de la sorte, il répondit quil trouvait ainsi l'occasion de lutter contre le démon. La première fois qu'il se rendit à la montagne, il vit un ours qui se précipitait vers lui ; ayant levé son bâton pour se défendre, 1 ours disparut subitement, et il entendit les cris poussés par le démon qui avait revêtu cette apparence. D'autres fois,

pour le troubler, Satan faisait craquer le rocher sous lequel il se tenait en prière. Mais toutes les ruses du démon étaient déjouées par la confiance en Dieu du bienheureux moine. Pendant une famine qui sévit dans le pa3's, Jésus-.Sabran fut la providence des pauvres, des veuves, des orphelins. 11 accueillit dans son couvent une vingtaine d'enfants abandonnés, malgré les remontrances de ses moines qui ne voulaient pas se charger de bras incapables de travailler. Il passa dans ce monastère un peu moins de deux ans et en fut tiré pour être conduit à la prison d'Arbèle.

Chap. vu. Comment, Icsmages l'aijanl (iccusc une si-conde fois près du rad, celui-ci le fit amener en sa présence. - Les mages voyant le succès de Jésus-Sabrau, sans reconnaissance pour ses largesses auxquelles eux-mêmes avaient part, allèrent l'accuser près du rad de Hazza. « Il Fait de nombreuses conversions, disaient-ils, et les mages eux-mêmes l'honorent. » Le rad envoya un capitaine avec le juge, et dix cavaliers pour s'emparer de sa personne. Une vision céleste fit connaître au bienheureux ce qui se passait. Il prévint Jésus-Zeka qu'il fallait se préparer à partir le lendemain de bonne heure. Au matin, Jésus-Zeka vint lui dire que des cavaliers étaient à la porte du couvent. Jésus-Sahran sortit, interpella en langue persane le chef de ces cavaliers et lui fit connaître qui il était. Celui-ci avait peine à croire qu'un homme aussi mal vêtu fût le supérieur du couvent. II invita le bienheureux à le suivre. Tous les frères voulaient l'accompagner, mais il les engagea à retourner au couvent, à l'exception d'un ou deux qui pourraient aller avec lui. Les païens, craignant que la nouvelle de cet enlèvement ne parvînt aux oreiUes des chrétiens, firent monter Jésus-Sabran sur un mulet et pressèrent sa marche. Ils arrivèrent le soir même en Arbèle, où les moines le rejoignirent. Dès le lendemain matin, on le conduisit au village d'Hazza devant le rad. En entrant à Hazza, il entendit les passants affirmer qu'un ordre était venu de la Porte pour le faire crucifier. Il s'en réjouissait ; mais ces clameurs avaient pour but de l'effrayer.

Chap. viii. — Comment le bienheureux Jésus-Sabran confessa

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la foi avec une grande liberté, en présence du rad et des autres chefs dumagisme, dans le village de Hazza, et fut ensuite envoyé sous une escorte de cavaliers à la prison d'Arbèle. — On le fit entrer chargé de chaînes de%'ant le rad et un autre officier. Leurs menaces ne purent l'intimider. Il répondit avec fermeté à leurs reproches et exposa sa croyance. On le condamna à être roué de coups. Comme on craignait qu'il ne succombât dans ce supplice, à cause de la faiblesse de son corps, l'ordre de le faire périr n'étant pas arrivé de la Porte, on décida de le faire conduire à la prison d'Arbèle, escorté par cinquante des cavaliers appelés, à cause de leur vaillance, djina basipar, c'està-dire « qui se livrent eux-mêmes ». Le capitaine n'avait avec lui que trois hommes, mais si robustes, que tous les chrétiens du pays ne parviendraient pas à leur arracher le bienheureux. En attendant le départ, Jésus-Sabran était dans la cour, appuyé contre le mur. Alors se passèrent des scènes étranges. Il cracha à terre, et une chrétienne se précipita pour ramasser la poussière humectée par sa salive, ce qui lui vahit d être frappée par les cavaliers Une païenne lui demanda de partager avec elle cette relique, mais la chrétienne s'y refusa, disant que celle qui n'avait point partagé ses coups ne devait point avoir part au fruit de sa peine. Le m.cme soldat frappa également le bienheureux, et avec une telle violence, qu'il s'attira une réprimande du greffier du raJ ; il s'éloigna alors en crachant sur la tête du saint. Aussitôt la femme païenne se précipita pour recueillir son crachat comme une relique sanctifiée par ce contact. Le soldat, irrité de cette action, en prit occasion pour maltraiter de nouveau son prisonnier ; mais il ne tarda pas à recevoir de Dieu le châtiment de son impiété. Après avoir conduit le saint à la prison d'Arbèle, il alla loger en ville dans la maison d un prêtre. Pendant son repas, il fut pris de telles douleurs et de vomissements si violents, que personne n'osait l'approcher. Il comprit que la vengeance divine le frappait. Il se fit conduire près du bienheureux, lui demanda pardon et obtint sa guérison. D s'attacha à lui et prit l'habitude de venir passer son temps à ses pieds jusqu'au jour où il partit pour le pays des Romains. Le bienheureux ne devait être tiré de la prison dans laquelle il venait d'être jeté qu'au bout de quinze ans, pour être crucifié.

Chap. IX. — A quels labeurs se livra le bienheureux pendant le reste de sa vie qu'il passa en prison. - Jésus-Sabran contiaua à mener dans sa prison la vie austère du couvent. Il consentait à peine à manger un peu de pain avec les évêques ou les moines étrangers qui venaient le visiter. Il s'était fixé une ration de légumes pour chaque semaine, et la mangeait en trois fois. Il ne voulut jamais consentir à suivre les prescriptions du médecin qui ordonnait de mettre deux cuillerées de vin par semaine dans sa boisson. Pendant le grand jeûne — [le carême] — il redoublait ses austérités ; durant la première semaine, celle du milieu et la dernière, il ne goûtait pas même de l'eau ; pendant les autres, il prenait pour chacune trois onces d'amandes et de figues sèches, et souvent il en restait. Après avoir fait la prière du soir avec ses frères, il dormait environ une heure, puis commençait la récitation du psautier, entrecoupée d'hymnes, d'antiennes, de prostrations, si bien qu'elle durait jusqu'au jour.

Chap. x. — Des choses qui arrivèrent aux autres à cansede lui pendant qu'il était en prison, pour la démonstration de sa foi et de la providence de Dieu à son égard, en même temps que pour la correction des autres. — Le démon, ne pouvant attaquer ouvertement le sénateur fidèle, excita les méchants contre lui . Un dimanche, pendant que .ses disciples étaient allés chercher la communion, deux cavaliers montèrent sur le mur de la prison, l'accaljlèrent d'injures et lui lancèrent des pierres et de la poussière. Loin de se dissimuler, il supportait tout cela avec joie. Le lendemain, la femme d'un de ces hommes vint se jeter en pleurant aux pieds du saint et lui raconta que les deux cavaliers avaient été saisis d'horribles convulsions en châtiment de leur péché. Il les fit venir, leur donna de l'eau et de l'huile bénites et les guérit en plaçant sa main sur leur tête. Le chef de la prison, voyant les libéralités du saint envers les malheureux qui venaient le solliciter, voulut y avoir sa part. Il se mit donc ù le tourmenter, mais il n'obtint rien. Alors il commença à lui prodiguer des marques d'amitié. Le bienheureux comprit ses intentions et en profita pour soulager les pauvres. De temps en temps il lui donnait quelque chose afin de le contenter. Dieu

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punit l'astuce de cet homme. Un général, ramenant la cavalerie royale du pays des Romains pour la conduire à la Porte, vint à passer par Arbèle. Il refusa à son secrétaire, un chrétien originaire de Nisibe, la permission d'aller visiter Jésus-Sabran. Le fidèle vint secrètement à la prison pendant la nuit. Le général, s'étant aperçu de son absence, entra en fureur et se mit à sa poursuite. Il arriva à la porte de la cellule du bienheureux et se la fit ouvrir. Par un effet de la miséricorde divine, sa colère se changea subitement en admiration. Le chef de la prison étant venu, selon sa coutume, s'asseoir aux pieds du bienheureux, le général fut offensé de ce qu'il osait prendre cette posture, tandis que lui-même demeurait debout. Il se mit à le frapper si violemment qu'on crut qu'il allait le mettre à mort.

Chap. XI. — Troiitièwe confession de la foi devant un autre rad à la suite de laquelle on imposa au bienheureux de cruelles entraves. — Le bienheureux était en prison depuis quatre ans, lorsque le rad qui l'avait condamné fut changé. Le nouveau gouverneur vint inspecter la prison, et ce fut pour Jésus-Sahran l'occasion de confesser à nouveau la foi chrétienne. Le gouverneur, stupéfait de son audace, ordonna au mage, chef de la prison, de dompter son courage par la rigueur des supplices. On attacha donc les mains du bienheureux à ses pieds avec une chaîne si lourde qu'un homme avait peine à la soulever. Il était ainsi maintenu plié en deux, la tête sur les genoux, et ne pouvait ni marcher ni faire usage de ses mains. On lui rasa les cheveux et la barbe ; on le traita comme un criminel et on le mit dans le cachot de la prison.

Chap. xii. — Expose des angoisses du bienheureux et de son argumentation contre les païens. Ce que Dieu fit pour calmer les douleurs de sa torture. — L'auteur trace daus ce chapitre un tableau fort pathétique des souffrances de .lésus-Sabran. Il exalte ses vertus et fait en termes éloquents l'éloge de sa constance, montrant comment le Seigneur le consolait intérieurement de ses douleurs Le bienheureux raconta un jour à Jésus-Zeka qu'un ange lui apparut pendant son sommeil et. ayant touché son dos, le rendit insensible aux douleurs que lui faisait endurer la cruelle posture dans laquelle il était enchaîné.

Chap. xin. — Cequiarriva aumage, chef de la prison, qui avait enchaîné le bienheureux, et à deux autresmages qui l'insultèrent. — Le chef de la prison, qui s'était montré très empressé à exécuter les ordres du rad, fut saisi par d'horribles convulsions. On l'apporta aux pieds du bienheureux, qui le guérit en le touchant de ses doigts. — Deux mages qui l'avaient insulté et lui avaient jeté des pierres du haut du mur de la prison eurent le même sort que les deux cavaliers qui avaient eu la même audace; ils furent également guéris par le bienheureux.

Chap. xiv. — Avec quelle satisfaction le bienheureux supportait sa lourde chaîne, et comment il arracha aux mages un homme qui avait été enchaîné pour la foi chrétienne. — Jésus-Sabran était si heureux de souffrir pour le Christ, qu'il priait Dieu de prolonger ses chaînes. On ne put jamais lui persuader d'adoucir son régime. Il ne mangeait pas avant d'avoir vu les étoiles. — Le chef des gardiens de la prison était un chrétien. Les disciples du bienheureux en profitèrent pour lui procurer quelque soulagement. Ils lui persuadèrent d'aller habiter dans la cellule extérieure de la prison. Mais, dès la première nuit, il se repentit de cette détermination, et il fallut le réintégrer dans la prison intérieure, sans même attendre le matin. — Un jeune homme nommé Gabriel, fils d'un païen de Hazza, avait été emprisonné pour la foi chrétienne ; le bienheureux voulut malgré tout l'accompagner, lorsqu'il comparut devant le mobed Apr^s l'avoir empêché d'apostasier, il trouva moyen de le faire évader.

Chap. xv. — Comment, après avoir recouvré la liberté de ses mains, il supporta volontairement cette chaîne toutes les nuits ; comment les moines étaient excités par la vue de ses œuvres. — 11 était enchaîné depuis sept mois, lorsque l'ordre fut donné de le délier. Il ne consentit à se laisser délivrer de ses liens que sur l'intei'vention de l'évêque et à la suite d'une vision lui faisant connaître que telle était la volonté de Dieu. Les chaînes devinrent l'objet de la vénération publique Quand on le délia, il ne put se relever aussitôt, car ses membres étaient paralysés. — 11 avait appris à connaître le prix des souffrances, et, depuis le jour oui] fut guéri jusqu'au jour de sa mort, il reprit volootai-

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rement chaque nuit, pour réciter l'office, la position douloureuse qu'il occupait dans les chaînes. Il pratiquait encore d'autres mortifications en grand nombre et traitait son corps comme s'il eût été impassible. Les nombreux moines qui venaient le visiter étaient fortement encouragés dans la pratique des œuvres du monachisme par la vue d'une conduite si édifiante .

Chap. XVI. — Comment il louait Dieu dans ses souffrances pour la vérité ; comment il prédit la mort d'un apostat qu'il n'avait pu convaincre, et comment s'accomplit sa prédiction. — Un jour que ses disciples le contraignirent de quitter ses vêtements pour les raccommoder, il mit la main sur la poitrine et s'écria : « Quand donc un trait pénétrera-t-il ici ? » Ses disciples furent affligés, mais il les rassura en leur affirmant que cela n'était pas près d'arriver et qu'il devait passer quinze ans en prison, comme le bienheureux Grégoire. — Un chrétien de Marga, nommé Mihrkoust, fut arrêté et emprisonné à Arbèle . Les mages, craignant que Jésus-Sabran ne parvînt à le délivrer, veillèrent avec soin à ce qu'il ne pût lui parler. Cet homme apostasia. Chaque jour, on le conduisait au temple du feu pour y sacrifier et s'y instruire de la doctrine de Zoroastre. Jésus-Sabran, ayant épié le moment où Mihrkoust passait, monta sur le toit de sa cellule, l'interpella et le supplia de revenir à la foi. L'apostat répondit qu'il ne voulait plus d'une doctrine qui devait le conduire à la croix. Le bienheureux lui prédit qu il subirait quand même ce supplice et sans profit pour son âme. Et, en effet, après avoir été remis en liberté, il fut plus tard saisi dans sa maison, et conduit à la Porte où on le fit périr.

Chap. xvii. — Quel zèle îl avait pour la vraie foi, et combien il était éloigné du commerce des hérétiques. — L'apostat Sabhour, partisan de Sévère', étant venu I entretenir de ses doctrines, le bienheureux, qui n'entendait rien aux discussions théologiques, 1 écouta avec intérêt . Il raconta ensuite sa conversation à ses disciples, qui lui expliquèrent le sens des paroles de Sabhour.

1. C'est-à-dire « monophysite », soit qu'il s'agisse de Sévère d'Antioche, soit qu'il veuille désigner Sévère Sêbôkht de Nisibe.

Dès l'instant il lui fit dire de ne plus reparaître et ne consentit pas même à le revoir une seule fois. A3'ant appris que les moines nestoriens d'un certain couvent passaient pour être favorables à Sal)hour, il les fit venir et les interrogea sur ce fait. Les moines se déclarèrent partisans de Sabhour, et Jésus-Sabran leur interdit de revenir près de lui, tellement il avait horreur du contact avec les hérétiques et tant était grand son respect pour 1 orthodoxie, dit Jésus- Yab,

Chap. xvin. — Comment il pourvoyait aux besoins des indigents qui venaient auprès de lui, et quels prodiges de la grâce divine furent accomplis par son intermédiaire en faveur des infirmes et de ceux qui avaient besoin de secours. — Le bienheureux distribuait de nombreuses aumônes aux pauvTcs qui venaient solliciter sa charité : environ dix statères par jour. Ecrire tout . ce qu'il fit pour le soulagement des affligés serait impossible. Un jour il chassa le démon du corps d'un possédé. Une autre fois il rendit à un jeune homme l'usage de ses doigts paralysés. Un homme noble était venu du Beit-Garmai pour voir le bienheureux Tandis qu'il retournait chez lui, son cheval s'arrêta et refusa de marcher. Aussitôt cet homme dépêcha son serviteur vers Jésus-Sabran, et celui-ci donna un bâton à un disciple à qui il suffit de toucher la queue du cheval avec ce bâton pour que l'animal reprît son allure rapide. Un autre noble, de la contrée de Beit-Nouhadra, vint avec sa femme trouver le saint. Ils étaient désolés de n'avoirpoint d'enfant. Jésus-Sabran leur donna de l'eau bénite à boire et des reliques '. Trois ans après, ils revenaient le remercier avec leurs deux fils.

Chap. xix. — Quatrième confession de la foi en présence du rad de la ville d'Arbèle. — Jésus-Sabran était prisonnier depuis dix ans, lorsqu'un officier vint inspecter la prison. Il fit appeler le bienheureux, qui, sans attendre qu'on l'interrogeât, se mit u confesser ouvertement la foi chrétienne et à invectiver le rad, les mages et l'apostat du village de Kôdid, dont il a été ques-

1. Littéralement : gratia, mîserîeordia. Sorte d'onguent fait avec lie l'huile de l'eau et de la poussière provenant soit des ossements des martyrs, soit du lieu de leur martyre ou de leur tombeau.

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tion plus haut, qui se trouvait présent. Le rad fut stupéfait d'une telle audace. Persuadé qu'il ne pourrait vaincre la résistance et le courage de cet homme, il le renvoya en prison, Jésus- Sabran y reprit sa vie de prière et de pénitence.

Chap. XX. — Comment, après des labeurs prolonges et quinze années de détention dans la prison d'Arbèle, le bienheureux fut mandé à la Porte royale et y fut couronné du martyre par la mort sur la croix pour le Christ. — Au bout de quinze années de prison, ainsi qu'il l'avait prédit, Jésus-Sabran en fut tiré par ordre du roi pour être conduit à la Porte, avec quelques notables du Beit-Garmai.

L'histoire de ces autres martyrs a été écrite par d'autres écrivains, et il est inutile de la retracer. On le fit donc sortir de la prison d'Arbèle pour le conduire à la Porte. Il ne fut pas facile aux chrétiens de l'approcher avant son arrivée à Karka, près de Yezdin, prince des fidèles. Sur toute sa route à travers le Beit-Garmai, il fut l'objet d'une véritable ovation de la part des chrétiens qui venaient le voir passer. Des milliers de personnes obtinrent en cette occasion des bienfaits corporels et spirituels par le simple attouchement de ses vêtements ou même en le regardant de loin, lorsqu'on ne pouvait l'approcher. Jésus- Sabran et ses compagnons arrivèrent à la Porte et subirent un interrogatoire. La sentence fut ensuite prononcée, et le bienheureux fut enfermé avec quelques autres chrétiens dans la cellule des condamnés à mort. On ne sait rien de ce qui se passa dans cet intervalle, car aucun chrétien ne put y être présent. Aubout de six jours on tira les confesseurs de cette prison pour les torturer. L'un d'eux mourut sous les coups de ses bourreaux. Les autres, après avoir enduré bien des tourments, furent conduits au village de Beit-Doudârê, et là ils subirent le supplice de la croix. Jésus-Sabran fut le premier de ces martyrs II s'avança joyeusement vers la croix qu'il avait tant désirée, et se prosterna trois fois devant elle, la face contre terre

La fin manque.

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