LA PERSECUTION ICONOCLASTE
Il est intéressant de noter la distance qui sépare les controverses théologiques qui agitèrent l'Orient pendant les iv^, v" et VI* siècles de la préoccupation qui donna naissance à l'hérésie iconoclaste. Cette dernière n'offre plus rien des raffinements et des subtilités qui rendent si difficiles à saisir les nuances d'idées de ces hérésies célèbres qui furent le monothélisrae, le monophysisme et leurs ramifications. Le culte des images, sans être prescrit par l'Eglise, avait été protégé par elle comme favorable au développement de la piété et à 1 instruction des fidèles. Ce culte avait pris, particulièrement en Orient, un développement considérable. Il avait pu en résulter des abus, mais ceux-ci relevaient de la pratique individuelle ; cependant de très saints personnages frappés de ces abus et quelques autres opposés par principe à toute représentation iconique formaient un premier groupe d'opposition bientôt transformé jusqu'à devenir méconnaissable. On connaissait, dit Hergenroter, les images miraculeuses. Léonce, évêque de Néapolis en Chypre, fit ressortir, dans sa Défense du Christianisme, rédigée à la fin du vi» siècle, contre les reproches des Juifs, les merveilleux effets attachés au culte de certaines images vénérées, et il combattit en même temps ceux qui alléguaient contre ce culte des textes mal entendus. Dans l'Orient mahométan, le calife Yezid II (720-724), et déjà peut-être Yezid 1er (680-683), commença contre les images un assaut qui ne resta pas sans influence sur les chrétiens voisins de l'empire grec. Toutes ces causes suscitèrent enfin le parti des briseurs d'images (iconoclastes, iconomaques] qui se rattacha à d'anciens précurseurs, entre autres à Xénajas, évêque nestorien d'Hiérapolis. Au début du vin» siècle,
ce parti comptait également plusieurs évêques, tels que Constantin de Nacolie, en Phrj'gie, Théodose d'Ephcse, Thomas de Claudiopolis, lesquels, ainsi que Bcser, renégat de Syrie, jouissaient d un grand crédit auprès de l'empereur Léon III l'Isaurien (716-741). Ils parvini-cut sans peine à persuader à ce prince grossier et inculte que le culte des images était un retour à lidolâtrie, un obstacle à la conversion des Juifs et des mahométans, une cause de décadence pour son empire. Léon III espérait obtenir l'abolition du culte des images sans se départir des voies de douceur, il fut bientôt entraîné fort loin de ses premiers desseins. Dès 726, on mit la main à l'œuvre de destruction en renversant du portail d'airain du palais impérial la célèbre image du Christ appelée Antiphonètes. Quelques insurrections éclatèrent dans les provinces, elles furent réprimées avec une rigueur barbare. Le patriarche de Constantinople, Germain, fut contraint de quitter son siège, et l'œuvre de destruction s'accohuplit avec un acharnement inouï. Les moines qui s'occupaient beaucoup de peinture furent particulièrement maltraités.
Le pape Grégoire II intervint avec une extrême vigueur (vers 727), mais Léon lîl s'obstina dans sa politique, et une nouvelle lettre du pape le rendit plus acharné encore que par le passé. Un concile réuni à Rome (novembre 731) par Grégoire III décida que quiconque enlèverait, détruirait ou déshonorerait les images du Christ, de sa mère, des apôtres, des saints, serait excommunié. Ce n'est pas seulement en Occident que se manifestait la résistance. En Orient, dans la partie du pays soumise aux San'asins, la défense des images s'incarna dans le célèbre Jean Damascène, moine de la laure de Saint-Sabas, en Palestine ; il mourut en 754, ayant eu le temps d'organiser dans les patriarcats d'Orient la l'ésistance aux nouveautés byzantines.
Le règne de Constantin Copronymc (741-775) fut signalé par de nouvelles violences. En 754, un conciliabule de 338 évèques se tint à Coustantinople. L'empereur, s'appuyant sur les décisions héi-étiques rendues, voulut achever l'œuvre entreprise sous le régne de son père. On détruisit, on souilla, on badigeoima !as ^jeinture.s, on brisa ou bien on fondit les statues. Tandis
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que la plupart des évéques souscrivaient aux volontés de l'empereur et aux décrets de son concile, les moines résistaient vaillamment. Plusieurs s'enfuirent dans le nord, vers la Scythie, ou vers l'ouest, dans la direction de l'Italie, où ils furent bien accueillis. Après les malheureuses guerres des Bulgares (756 et 760), la persécution devint encore plus terrible : plusieurs moines furent maltraités et mis à mort, les monastères détruits et livrés aux flammes. Pierre le Calybite, qui qualifiait l'empereur de nouveau Julien, de second Valens, fut battu de verges jusqu'à la mort (16 mai 761). Etienne, abbé de la Moutagne- Saint-Auxence, fut mis à mort après un long martyre, pour avoir rejeté le concile des iconoclastes (28 nov. 767). Plusieurs autres moines furent torturés, mutilés et livrés aux flammes ; des églises profanées, des couvents convertis en casernes et abattus. Constantin, voulant abolir les moines, leur ordonna de se marier, leur défendit de porter leur costume, livra à la risée du peuple et aux supplices ceux qui s'obstinéi'ent, tandis qu'il récompensait et honorait les apostats.
Bientôt sa tyrannie s'étendit aux laïques : il obligea ses sujets à promettre par serment qu'ils n'honoreraient aucune image et persécuteraient tous les moines indistinctement. Le patriarche Constantin II fut contraint de jurer du haut de i'ambon, la croix à la main, et, à dater de ce jour, quoiqu'il eût été moine, il mena une vie toute profane. Les reliques aussi devinrent bientôt un objet de persécution. Celles de sainte Euphémie furent enlevées de la magnifique église de Chalcédoine et jetées dans la mer ; mais de pieux fidèles les recueillirent prés de Lemnos et les conservèrent secrètement. L'invocation des saints ne fut pas épargnée.
Le successeur du tyran Coprbnyme fut Léon IV Chazare, plus favorable à l'orthodoxie. Celui-ci laissa un fils mineur sous la régence de l'impératrice Irène. On assista alors brusquement à un revirement complet vers l'orthodoxie. L'impératrice restitua à l'église principale de Constantinople une couronne précieuse que lui avait donnée l'empereur Maurice, et que son mari avait enlevée pour satisfaire sa passion des pierreries ; elle fit ramener solennellement à Chalcédoine les l'eliques de sainte Euphémie conservées à Lcranos, rendit btjx inonastèceK
leur pleine liberté et laissa à chacun la faculté de faire des images et de les honorer. Elle eût volontiers aboli les lois des empereurs iconoclastes et rétabli la communion ecclésiastique avec Rome, selon les nombreuses invitations du pape Hadrien ler, mais elle voulait par dessus tout ménager 1 armée, qui avait été fanatisée contre les images pendant les trois derniers règnes. Des négociations furent conduites entre le pape Hadrien ler et Byzance en vue d'aboutir à la convocation d'un concile œcuménique destiné à restaurer l'othodoxie. Ce concile s'ouvrit en août 786, à Gonstantinople ; mais une révolte de soldats obligea de le dissoudre, il fut transféré à Nicée (787). Le concile porta 22 canons, dont plusieurs réhabilitaient le culte des images, qui fut rétabli immédiatement dan.s l'empire grec, à la gi-andc satisfaction du peuple et des moines. La communion religieuse fut rétablie avec Rome.
L'impératrice régente Irène ne put garder toujours le gouvernement et se trouva contrainte de le partager avec son fils Gon.stnntiu VL Celui-ci, ayant divorcé (janvier 795 , épousa une dame de la cour, nommée Théodote, parente du fameux abbé Théodore le Studite, et ce divorce provoqua une recrudescence de persécution contre ceux qui y étaient opposés. Cette fois encore le culte des images servit de prétexte aux violences. Grâce aux écrits de Théodore Studite, nous pouvons nous former une idée d'ensemble suffisamment exacte et complète de la persécution iconoclaste. Nous citerons le résumé qu'en a donné un des savants de notre temps qui connaissent le mieux les documents de cette époque ' :
Au début, la persécution ne fut point sanglante, au moins en public, par ce calcul de ne pas rehausser de l'auréole du martyre ceux qu'on poursuivait ; mais on n'en menaçait pas moins ceux qui soutenaient les moines poursuivis. Au reste, les défections furent lamentables. A Gonstantinople, tous les prêtres et les clercs des ordres mineurs cédèrent aux circonstances, hormis le clerc Grégoire, qui fut relégué dans une île. Presque
(1) A.TouGARo, La persécution iconoclaste d'après la correspondance de saint Théodore Studite, dans la Reoiie des Quest. histor., 1891, î, L, p 80 «qq.
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tous les abbés et les mornes de la ville et des faubourgs, avec les religieuses et les chanoinesses, abandonnèrent la foi orthodoxe. Sont pourtant cités parmi les abbés fidèles ceux de (^athara, de Picridius, de Paulopetrius, d'Agrau, de Delmate et de Pélécéte.
Au début, la plupart des abbés résistèrent : et celui des Céramées, après un instant de défection, renouvela la lutte contre l'hérésie, a Les divins autels sont profanés, écrit saint Théodore ; l'enlèvement des images vénérées a fait perdre aux temples saints tout leur éclat. Presque partout les âmes faiblissent et donnent aux impies des attestations d'hérésie. Il en est peu qui résistent, et ceux-là passent par le feu des afflictions. Entre les évêques, ceux de Smyrne et de Cherson sont tombés ; parmi les abbés, ceux de Chrysople, de Dios et de Chara, avec presque tous ceux de la capitale. En Bithynie, grâce à Dieu, on résiste. Personne chez les laïques n'est demeuré ferme, sauf Peximénite, qui a été fouetté, puis banni. Un seul des clercs est cité, l'admirable Grégoire ; mais il y a jusqu'à six abbesses détenues dans les monastères. » Le saint ajoute ailleurs, à deux reprises, mais sans détails malheureusement, que ses moines luttent courageusement : « Ceux qui refusent d'obéir, les icono- « clastes les mettent en prison, les frappent, les étouflfent, les « accablent, les tourmentent, les exilent, les enchaînent, et « inventent contre eux toute sorte de mauvais traitements. » Et alors que Grégoire était encore le seul membre du clergé de la capitale que la persécution eût atteint, le Studite lui écrit : « Où est l'assemblée des prêtres ? Où sont les ordres mineurs ? O ruine ! Ils sont devenus des hommes de ce temps ! » Et dans sa lettre précédente il demande encore : « Reste-t-il à Byzauce quelques lueurs d'orthodoxie? Ou tous ont-ils fléchi et sontils devenus en même temps des hommes inutiles ? » En présence de l'audace des persécuteurs, Théodore s'écrie : « Qu'arrivera-t-il de nous si, ayant pour roi le maître de toutes choses, nous n'osons pas même parler en secret aux hommes de même foi ? Aussi est-il dit par manière de grand reproche : « La bouche des hommes pieux garda le silence. » Cependant oo nous ordonne de fuir la tentation : il faut donc prendre ua
moyen ferme. Et si après cela, la persécution nous atteint, bienheureux serons-nous. »
Malgré cette sage résers'c, la constance du Studite exaspéra tellement le gouvernement impérial que, dans une de ses phases, la persécution tomba exclusivement sur ses moines. Néanmoins, la forte organisation de la vie monastique résista très bien aux fureurs du despotisme byzantin. En règle générale, les moines jetés hors de Stude ne vivaient pas i.solés les uns des autres, « ce qui n'eut été, remarque leur abbé, ni saint, ni sans danger. » Un groupe de frères put même se réunir sous la conduite du frère Philippe, choisi pour cette fonction par deux dignitaires, et approuve par le saint. Les rapports entres les moines furent même encore assez suivis pour que, à la demande de l'économe, le frère Eleuthèrc, cordonnier, pourvut à la chaussure de la communauté.
Jusqu'ici nous avons vu surtout la condition des personnes. Voici maintenant la situation matérielle On ne sera pas surpris d'y voir reproduites les répétitions, si naturelles dans une correspondance étendue ; elles témoignent à merveille des calamités les plus sensibles. « Déjà tous les autels ont été souillés ; tous les édifices sacrés le sont à leur tour. Toutes les réunions suivent l'hérésie. Notre temps diffère à peine du paganisme. » — « De là vient la détention du patriarche, lexil et la déportation des archevêques et des piètres, les entraves et les chaînes de fer des religieux et. des religieuses, leurs tortures et entin leur mort. O parole affreuse I La vénérable image du Dieu sauveur, que les démons mêmes redoutent, est couverte d'insultes et tournée en dérision, non seulement dans la ville impériale mais encore dans toute la conti'ée et dans toute la bourgade. Les autels sont détruits, les sanctuaires déshonorés, les choses saintes profanées. Ceux qui demeurent fidèles à l'Evangile ont versé leur sang, et le versent encore ; et ceux qui restent sont pouji'suivis et exilés. » Tels sont les termes de la lettre au souverain pontife Pascal 1er. Mettons en i-egard un fragment de la missive au patriarche d'Alexandrie :
« Les autels ont été sapés, les sanctuaires du Seigneur anéantis, dans les maisons, et dans les appartements des hommes et «Ji-N n jumes, les ajjcjcns cunimc les nouveaux. Spectacle Jaraen-
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table de voir ^insi les églises de Dieu dépouillées de leur parure propre. L'Arabe qui vous opprime eut peut-être agi avec plus de retenue... Les évêques et les prêtres, les moines et les séculiers, tout sexe et tout âge, les uns ont fait naufrage dans la foi, les autres dont la pensée n'est pas encore au fond de l'abîme, ont à moitié participé à la communion hérétique, par crainte de la mort corporelle. Il en existe qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal : d'abord, le premier de tous, notre Chef sacré, puis les évêques et les prêtres du Seigneur, les moines et les )c]igieuses. Les uns ont éprouvé les insiJtes et les fustigations, les autres les liens et la prison, ne recevant qu'un peu de pain et d'eau. Il y en a eu de relégués par le bannissement, de réduits à vi^Te dans les déserts, sur les montagnes, dans des cavernes et des grottes de la terre. Plusieurs après avoir été fouettés s'en sont allés vers le Seigneur, comme des martjTS ; quelques autres mis dans des sacs, ont été, durant l'obscurité, précipités à la mer, comme on l'a su de ceux qui l'avaient vu. Qu'y a-t-il encore ? On anathématise les Saints Pères, on exalte les impies, les enfants apprennent la doctrine de l'impiété, dont le volume est donné à leurs maîtres. Plus de refuge pour Je corps sur le globe. On ne peut proférer une parole pieuse : car on est surveillé de prés. Il faut que l'homme se défie de sa femme. Les délateurs et les rédacteurs de rapports sont payés tout exprès pour cela par le pouvoir, afin de noter en quoi on ne parle pas selon le bon plaisir de sa Majesté, ou on ne participe point à l'impiété. On possède quelque livre parlant des images, ou quelque image elle-même ; on a accueilli un fugitif, on a servi ceux qui sont captifs pour Dieu : est-on surpris ? Aussitôt on est enlevé, flagellé, banni : de là des maîtres qui se jettent aux pieds de leurs esclaves, par crainte de la délation. « L'empereur poursuit, dans leurs représentations, le Christ, sa mère et ses serviteurs ; partout où il les trouve, il les détruit et les brûle. De là, les autels ruinés, les saints lieux flétris, les vases sacrés consumés, et il n'existe aucune partie de son empire qui demeure à l'abri de ces ravages. Bien plus, si l'on trouve quelqu'un qui ait caché une vénérable image ou des tablettes qui portent quelque chose d'écrit à ce sujet, aussitôt }il est arrêté, déchiré à coups de fouet, et endure toute sorte
d'autres souffrances. De là l'efifroi, l'épouvante et la stupeur à l'égard de tout homme ; en sorte que le frère maudit son frère, et que l'ami se détourne de son ami. Un synode a confirmé la suprême impiété du synode précédent et frappe d'anathème le concile orthodoxe. Les prêtres ont perdu l'esprit et n'ont point recherché le Seigneur ; à fort peu d'exceptions près, composées d'évêques et de prêtres, de moines et de religieuses et par la grâce de Dieu, de l'archevêque, notre chef suprême. Parmi eux, les uns ont été fouettés, d'autres bannis, d'autres emprisonnés. Quelques-uns, à la suite de ces châtiments, sont sortis de ce monde après avoir remporté la couronne du combat... On nous enlève, dit plus loin le Studite, les cantiques qu'une antique tradition nous a laissés, où se chante quelque chose sur les images. El on chante en échange les nouveaux dogmes impies exposés en public ; il y en a d'autres que les maîtres transmettent aux enfants.
« Les saints autels ont été souillés, mande le Saint aux moines de saint Sabas, les temples du Seigneur flétris, offrant un objet de deuil à qui les contemple en toute ville et région de cette obéissance et dépouillés de l'ornement qui leur est propre, de la divine beauté. Les vases sacrés sont fondus, les vêtements sacrés sont livrés au feu, avec les dessins sur les tableaux et les livres où se lit quelque chose sur les images. Le grand mystère de 1 incarnation est tourné en ridicule. Il en résulte des perquisitions et des enquêtes et par individu et par demeure, des terreurs et des menaces, pour ne laisser hors de la saisie des hérétiques aucune image, et bien moins encore toute sorte d'images. Les prêtres s'écartent de la loi ; les moines cessent de l'être par leurs violences contre leurs frères. Les disciples s'élèvent contre leurs maîtres, et obtiennent le supériorat comme prix de leur défection. Quiconque se distingue par ses fureurs contre le Christ, se rend aussi digne de plus d'honneurs ; pour ceux qui résistent, les fouets, les liens, les prisons, les tortures de la faim, lexil, la mort. Le sacerdoce n'est point respecté par les impies, la vieillesse n est point pour eux un objet de pitié, non plus que la pratique de la piété, ou ce qui d'ordinaire mérite la compassion. Il n'y a qu'une loi, la volonté du prince ; un souci, y contraindre tout le monde. Les déserts sont peuplés de
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ceux qui ont fui ; les rochers et les cavernes de ceux qui s'y sont
réfugiés ».
Enfin. voici ce que le saint mande à la laure de saint Chariton :
« On exige par écrit des attestations d'impiété ; la participation à la communion impie est l'objet de grandes recherches et enquêtes, de façon à ce qu'aucun homme ne puisse s'en préserver. Car il faut de deux choses l'une : ou adorer une image d'or (sans doute le veau d'or, désignation méprisante de la puissance impériale) ou se soumettre à la flamme cruelle des tortures. Et d'ailleurs ceux qui n'ont pas fléchi sont aisés à compter Quiconque est surpris cachant un seul fidèle court grand risque ; et encore quiconque, même en secret, fuit la communion détestable, ou garde une image ou un livre qui en traite La bouche des hommes qui ont des sentiments de piété est réduite au silence ; la langue blasphématrice a toute liberté. C'est maintenant, ditelle, qu'on a fait disparaître les abominations du polythéisme païen, qu'on a purifié l'Eglise, qu'a brillé la lumière aux yeux des chrétiens retenus dans les ténèbres de l'ignorance. »
Chaque jour on entendait dire : l'un vient d'être arrêté, l'autre d'être jeté en prison ; cette religieuse a été flagellée, cette autre bannie. Bien des gens et aussi des amis de saint Théodore évitaient même de le saluer. Le Studite remarque que Dieu a permis la dispersion causée par la persécution, pour illuminer des lumières de la foi beaucoup d'hommes qui n'y étaient pas encore initiés. En 797, l'impératrice Irène détrôna sou fils et il se produisit un revirement complet. Théodore put s'occuper de relever les ministères de Saccudium et de Stude et la paix religieuse parut rétablie.
« Léon l'Arménien i813-820) étendit ses recherches sur ceux qui n'étaient pas ses sujets, les saisit, les tua, les extermina. Son traitement le plus doux fut de les jeter en prison, après les avoir cruellement flagellés. Quelques-uns néanmoins, l'abbé Eustrate entre autres, se vantaient d'avoir conservé leur église et leurs images et d'être restés en communion avec le patriarche. Le saint, remarquant qu'aucun de ceux qui ont hardiment confessé la foi n'a évité la prison ou du moins l'exil, conclut de ces avantages qu'ils ont vraiment trahi la bonne cause.
En décembre 814, Léou essaya de faire entrer le patriarche
de Coustantinople dans ses vues, en alléguant les maux que le culte des images avait procurés à l'empire, l'opinion du peuple, le silence de la Bible sur les images. L'empereur n'étant que laïque, Nicéphore se borna à lui opposer la tradition de l'Eglise, qui devait lui sul'Rre, s'il était encore catholique, il releva en même temps linconséquence des adversaires qui ne laissaient pas d'honorer le livre des Evangiles et le signe de la croix. Léon, mécontent de cette réponse, s'appuya sur les nombreux théologiens de son parti. Elu vain le patriarche lui cnvoj'a-t-il dans la suite plusieurs savants évoques et abbés pour lui suggérer de meilleurs sentiments, Nicéphore rejeta la proposition d'une conférence avec les adversaires des images, parce que la question avait été définitivement vidée par le septième concile œcuménique, et il assembla lui-même à Sainte- Sophie les évêques et les archimniulrites, pour prononcer l'excommunication contre l'évêque Antoine reconnu parjure et renouveler la promesse de rester inviolablement attachés à la doctrine de l'Eglise. Plusieurs la'iques se groupèrent autour de Nicéphore et de son clergé, et persévérèrent toute la nuit en prières avec eux. La colère de l'empereur, quant il apprit cette réunion, l'ut extrême, et dc^à les soldats portaient la main sur l'image de .lésus-Christ qucl'impératrice Irène avait fait rétablir sur la porte d airain. L'empereur cependant se contenta de mander au palais le patriarche (815). Nicéphore s'y rendit escorte d'évêques, de moines et d'abbés. L'empereur prononça un discours contre ce qu'il nommait une idolâtrie et proposa une conférence contradictoii'e. Le patriarche et les évêques s'y refusèrent pour différents motifs ; un des plus animés d'entre eux était le Studite qui s'expliqua longuement sur la distinction des deux puissances, — religieuse et civile, — et sur les devoirs d'un empereur chrétien envers l'Eglise. Léon se plaignit que ce moine l'avait traité sans ménagements. «Il mérite la mort, mais je ne veux pas lui donner In gloire du martyre i> L'assemblée fut chassée du palais ;les moines se joignirent à l'abbé Théodore qui les anima à soutenir la lutte. On leur interdit de se réunir et d'agiter aucune question religieuse ; ils devaient garder le plus strict silence et s'y obliger en donnant leur signature. Théodore s'y refusa et son exemple soutenait le patriarche Nicéphore qui fut
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contraint d'abdiquer et de se retirer en exil de l'autre côté du Bosphore (mars 815) Il continua de défendre de vive voix et par ses écrits la doctrine de l'Eglise. Une grande partie du troupeau lui demeura fidèle, tandis qu'un patriarche intrus était établi le l8' avril 815 sous le nom deThéodote I^"".!! célébra un concile, qui rejeta le 7^ concile œcuménique et proclama à sa place leconciliabule de 754. Les évêques, les prêtres et les laïques récalciti'ants furent frappés d excommunication et gravement maltraités. A dater de ce jour, les iconoclastes occupèrent de nouveau le siège patriarcal pendant 27 années, et la persécution contre les catholiques recommença.
L'abbé de Stude était devenu le centre intellectuel et le premier personnage du parti orthodoxe. Les mauvais traitements auxquels il fut soumis ne refroidissaient pas son ardeur et ajoutaient au respect et à l'attention qu'on lui témoignait. Il put faire plusieurs conversions retentissantes qui aggravèrent sa situation En 819, il fut déporté à Smyrne, dont l'évêque iconoclaste le maltraita fort. Les monastères de Stude et de Saccadium furent placés sous le gouvernement de labbé Léonce. La persécution était redevenue générale.
Enfin l'avènement de Michel le Bègue (820) amena un ralentissement de la persécution € dans toutes les provinces et toutes les villes ». Le saint, « au su de l'empereur », est auprès de Constantinople, visite ses moines et en est visité.
(' La tourmente qui ébranla si profondément l'Eglise d'Orient provoqua dans la discipline ecclésiastique un certain nombre de mesures d'exception qui ne sont pas l'épisode le moins curieux de l'histoire byzantine au ixe siècle.
« D'après une règle déjà en vigueur, les prêtres qui s'étaient engagés dans l'hérésie, étaient suspens à vie, à moins que n'intervînt une décision canonique contraire, solennellement rendue, et sauf urgence grave. Le patriarche ne leur permettait même pas de bénir solennellement la table. Celui qui donnait sa signature aux iconoclastes était interdit et devait faire pénitence jusqu'à ce qu'un synode l'eût réhabilité : s'il a communié chez eux, il sera un an ou deux privé de la communion Le prêtre qui avait communiqué avec les hérétiques pouvait, en cas de nécessité seulement, 4 baptiser, enterrer, donner l'habit monasti-