‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 27 sur 117 · Renak, L'Eglise chrétienne, p. 241 suiv · texte numérisé non relu

Renak, L'Eglise chrétienne, p. 241 suiv

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furent des exceptions largement espacées dans une chronologie dix-neuf fois séculaire : reconnaissons cependant ce que plusieurs de ces « tués », comme on les appelait, présentent de véritable grandeur. Pendant sa longue captivité, Rabbi Aquiba répétait à ses disciples : « Préparezvous à la mort; -des jours aflreux sont proches '. » La délation livra quelques-uns de ses enseignements aux Romains, qui condamnèrent à mort Aquiba, On l'écorcha avec des crocs de fer rougis au feu ; pendant que sa chair tombait, il ne cessa de dire : « Jéhùvah est notre Dieu ! Jéhovah est le Dieu unique ! » Il traîna sur le mot « unique » (c/md) jusqu'à ce qu'il expirât. Une voix céleste, dit le Talniud, se fit entendre : « Heureux Aquiba, qui est mort en prononçant le mot «unique ^ »

Dans les derniers jours du règne d'Hadrien, lorsqu'après la prise deBettaz les écoles rabbiniques furent fermées et l'étude delà Loi interdite, il arriva qu'« en revenant (de l'enterrement de Rabbi José ben Kismà), les autorités romaines virent Rabbi Hanînà ben Teradiôn assis et occupé de l'étude de la Loi, Il se trouvait avec beaucoup de gens, et un rouleau de la Loi était dans son sein. On l'emmena, puis, l'enveloppant dans le rouleau, on l'entoura de sarments et on y mit le feu. Des flocons de laine trempés dans l'eau furent placés du côté de son cœur, afin qu'il n'expirât pas trop vite. Sa fille lui dit : « Mon père, devais-je te voir ainsi ? — Si j'avais « été brûlé seul, répondit Hanînâ, jeme serais mal rési-

1, Talm. de Babyl., Chulm, 123 a,

2. Talm de Babyl., Berakoth, Gl b ; Jehamoth, 108 b : Sanhédrin, 12 a : Talm. de Jérus.. Bcrakoth, ix,7 ; Jehamoth, xii, 12 ;calendrier juif, 5 de tisri, et Renan, L'Église chrétienne, p. 218 et 219, note 2.

Préface XLvn

« gné ; mais, puisque l'on brûle avec moi le rouleau de la (' Loi, celui qui punira cette offense, punira de même, « je le sais, le mal qui m'est fait. » Puis ses disciples lui disent : « Que vois-tu ? — Je vois, dit Hanînà, les « peaux se consumer et les caractères qui y sont tracés « voler en l'air. » Ils reprirent : « Eh bien, ouvre la bou- « che, pour que la flamme y entre également. — Mieux « vaut, répondit le maître, que l'auteur de la vie nous la « reprenne. » Le bourreau dit alors : « Mon maître, me « promets-tu la vie future si j'enlève de ton cœur les « étoupes de laine? — Je te la promets. — Jure- « le-moi ! » Le supplicié prêta serment. Le bourreau fit ce qu'il avait promis, et aussitôt le rabbi expira. Le bourreau se précipita dans le feu, et on entendit une voix céleste disant : « Rabbi Hanînà ben Teradiôn et son « bourreau sont prêts pour le monde futur ^. »

Les chrétiens prenaient grand soin de faire observer quelles différences les distinguaient des Juifs ; ils y mettaient d'autant plus de ténacité que l'Etat romain paraissait s'obstiner à ignorer cette distinction. Dés l'origine du christianisme, les magistrats romains avaient montré cette tendance à confondre Juifs et chrétiens ; on lit en effet dans les Actes des Apôtres : « Lorsque Gallion fut fait proconsul de l'Achaïe, les Juifs, d'un commun accord, se jetèrent sur Paul, et l'emmenèrent devant le tribunal, en disant : « Cet homme persuade au peuple « de suivre une religion contraire à la Loi. » Paul, voulant alors ouvrir 1» bouche pour parler, Gallion leur

1. Talmud de Babylone. Traité Abôdah-Zàrâh, f» 18 A. Cf. E. — Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs (1893. Paris, in-8o), p. 240, et Journal des Savants, mai 1890.

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dit: « O Juifs! s'il s agissait d'une injustice qu'on eût « faite à quelqu'un, ou de quelque crime, je vous écou- « terais selon que ina cliarge m'y obligerait ; mais, puis- « qu'il n'est question que de paroles et de noms et de « votre Loi, jugez-en vous-mêmes, je ne veux point « prendre connaissance de ces choses *. » Bien des pro consuls eussent opposé pendant longtemps la même fin de non-recevoir. Ils ne connaissaient dans l'empire qu'une classe nombreuse et remuante, partageant la « superstition judaïque » ; de quelque groupe qu'on se réclamât, les païens superficiels se contentaient de dire : « Ils mènent la vie juive 2. » Un texte de Tacite, que Sulpice Sévère nous a conservé, rapporte que dans le conseil de guerre tenu devant Jérusalem peu de temps avant le dernier assaut, « Titus et une partie de ses officiers estimaient qu'il fallait avant tout détruire le temple afin d abolir entièrement la religion des Juifs et des chrétiens ; car ces deux religions, quoique contraires entre elles, avaient des auteurs communs : les chrétiens venaient des Juifs ; la racine extirpée, le rejeton périrait bientôt 3. » Ainsi, en l'an 70, la distinction était faite — nous verrons quand et comment elle se fit en efifet sous Néron, — et deux ans après cette année 66, où le glaive de César

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