‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 35 sur 117 · Renan, Les Evangiki, p · texte numérisé non relu

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Préface lvu

recommença. Hadrien voulant qu'on en finît pour toujours, l'extermination fut complète. « Cent quatre-vingt mille Juifs furent tués dans diverses rencontres. Le nombre de ceux qui périrent par la faim, le feu, la maladie, ne se put calculer. On égorgea de sang-froid les femmes, les enfants. La Judée devintà la lettre un désert; les loups et les hyènes entraient dans les maisons avec des hurlements. Beaucoup de villes du Darom furent ruinées pour toujours, et Taspect désolé qu'offre aujourd'hui le pays est encore le sig-ne vivant de la catastrophe arrivée il y a dix-huit siècles *. »

Pendant qu'Israël jouait sa destinée, les chrétiens le laissaient combattre et périr. Déjà en 68, la retraite à Pella en disait long sur les tendances séparatistes ; en 117 et en 133, par l'abandon devant l'ennemi, bien plus, par le délaissement des sicaires de Jehovah,devenus les représentants de la nation, la séparation fut consommée. Ajoutons à cela que parmi les légionnaires de Titus, de Trajan et d'Hadrien, les compagnons de Jean de Gischala, de Lucova, de Bar-Cozlba avaient vu des chrétiens. C'est qu'en effet, outre la rivalité grandissante qui les éloignait des Juifs, les chrétiens, avec le sens très fin des destinées de leur société qu'ils avaient dès lors, les chrétiens comprirent tout ce que lEmpire leur présentait de garanties. Leur parti était pris. La forme de leur résistance à l'Empire serait. Jnon la révolte, mais le martyre ; quelques Juifs tentèrent de les entraîner, les Eglises ne bougèrent pas.

Plus que toutes les raisons que nous venons de donner,

\. Rbn4Jh, L'Eglite chrétienne, p. 208 suîv.

i.vni Les Martyrs

ce qui touchait à quelques rites spéciaux provoqua la rupture. Dès les premiers temps du christianisme, deux difficultés avaient surgi concernant les viandes défendues et l'emploi de la circoncision ; une troisième, moins retentissante mais non moins grave, avait trait aux mariages mixtes, que la Loi défendait absolument '. Sur ces points essentiels la Synagogue et l'Église allaient encore se trouver en opposition de vues et de discipline. Malgré sa répugnance pour les mariages mixtes, l'Église, se montrait conciliante en pratique, car ses principes n'étaient pas moins rigides que ceux de la Synagogue. « Que la femme se marie à qui elle voudra, avait dit saint Paul, pourvu que ce soit selon le Seigneur 2. » Mais cette règle souffrait toutes les exceptions prévues par les paroles qui précèdent celles que je viens de citer : « Si quelqu'un de nos frères a épousé une femme infidèle et qu'elle s'accorde de demeurer avec lui, qu'il ne la quitte pas ; et si une femme fidèle est mariée avec un infidèle et qu'il se contente de vivre avec elle, qu'elle ne laisse pas son mari ^ ; » et le cas devait être très fréquent dans la société chrétienne, qui, au dire de Tertullien, s'accroissait plus par les conversions que par les naissances — fiant non nnsciintnr christiani ; — en pareil cas la réserve prévue par saint Paul trouvait son application dans un grand nombre des adultes qui embrassaient le christianisme après leur mariage. Les Pères et les conciles *

1. Gen.y XXIV, 3 ; Exod., xxxiv, 16 ; Deut., vu, 3 ; I Rois, xi, 2 ; Ezécli-, IX, 2. Cf. Nombres, xxv, 23; Mischna, Sanltédrin, ix, 6.

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