‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 4 sur 117 · T. I, COL · texte numérisé non relu

T. I, COL

« Les actes do sainte Barbe, de sainte Catherine d'Alexandrie , de saint Georges, fournissent le type de cette sorte de documents [qui ne reposent sur aucune donnée historique].

Ce genre d'exercice littéraire a toujours fleuri, surtout dans les monastères, et a eu parfois d'étranges conséquences, comme celle de faire passer dans les livres hturgic|ues des saints apocryphes comme Barlaam et Joasaph et un certain Alban,dérivés,run de la légende indienne de Bouddha, l'autre du mythe grec a'Œdipe. »

« Il est ineonlestable que la littérature hagiographique a créé des personnages qui n'ont jamais appartenu à l'histoire Mais est-il permis de mettre sur le même pied Barlaam et Joasaph, Alban, figures absolument légendaires, et saint Georges, par exemple, dont le culte était parfaitement localisé dans l'antiquité 7 >

Bien qu'il pût sembler difficile de croire que le R. P. Delehaye n'eût pas remarqué que ses critiques atteignaient directement son collègue, nous nous résignâmes à cette supposition. A tort, ainsi qu'on va le voir. L'étude du R. P. Van den Gheyn sur une question générale regardant l'objet propre des recherches bollandiennes avait été publiée dans le Dictionnaire de théologie catholique de

XYin Les Martyrs

M. Vacant, à l'insu de ses collègues bollandistes. L'utilisation que nous fîmes de cette étude et les références que nous donnâmes en révélèrent l'existence aux Révérends Pères, lesquels n'en pouvaient croire leurs yeux. Ils firent chercher aussitôt à « la résidence » le Dictionnaire qui manque dans leur bibliothèque et constatèrent que nos citations étaient exactes. Il paraît que les Révérends Pères se trouvèrent dans l'embarras; voici comment ils en sortirent. Ils imaginèrent de relever textucHeraent les phrases de leur collègue, de les contredire absolument et de glisser le tout dans un compte rendu dont on lui ferait corriger les épreuves. Le R. P. Van den Gheyn vil le compte rendu et n'y vit que du feu. C'était déroutant. Grâce à ce pieux artifice, le collège bollandiste conservait la paix intérieure, défendait une fois de plus les droits de la vérité, épargnait l'un des siens et sacrifiait un étranger, ce qui n'est pas une affaire.

On eût pu croire que, soucieux d'épargner dans l'aveoii aux travailleurs la petite mésaventure dont nous venions d'être victime, les Révérends Pères allaient se hâter de publier une note dans leur revue mettant en garde contre le travail du R. P. Van den Gheyn. Ce n'est pas qu'autrefois qu'on prenait le Pirée pour un homme, et deux ans auparavant les Révérends Pères avaient bien pris Avignon pour un prédicateur. Cependant rien ne parut, et l'on continua à pouvoir mettre une entière confiance dans l'étude du R. P. Van den Gheyn, confiance d'autant plus entière que cette fois l'étude en question était connue des Révérends Pères Bollandistes : elle ne provoquait aucune réserve. Ce fut donc sur cette base que nous préparâmes le tome II de notre recueil Les Martyrs, qui parut en l903 (fin juin). A quelques jours de là, le 15 juillet, ddos

Préface xw

la matinée, au cours d'une conversation avec le R. P, Delehaye dans le Reading Room du British Muséum, nous lui exposâmes dans quelles conditions ce tome II avait été composé. Or, dans le compte rendu du R. P. Delehaye sur ce volume, compte rendu postérieur à nos explications (10 juin 1904), on lisait : « On s'épuise en conjectures sur les motifs qui ont pu faire revenir l'auteur sur la louable sévérité de ses premiers choix. C'est ainsi que les Actes de saint Nicéphore, des Quarante martyrs de Sébaste, de saint Savin, de saint Saturnin, de la Légion Thébéenne, sont mis en belle place. » Sans qu'il eût à « s'épuiser en conjectures » sur le motif de nos choix, le R. P. Delehaye savait qu'il l'eût trouvé dans le catalogue des Actes des martyrs qui paraissent les plus authentiques dressé par le R. P. Van den Gheyn, son collègue. On y lit aux n° 16 : Martyriam S. Nicephori (vers 260) ; n^ 24 ; Passio S. Savini (sous Maximien) ; n" 26: Acta SS. Saturnini, Dativi et soc. (11 févr. 304); n" 40 : Quadraginta martyres Sebasteni (320).

Il fallait bien voir dans cette critique un retour hostile, puisque la bonne foi en était si manifestement absente. Dès lors, il ne nous convenait plus de prolonger le silence, car il ne nous plaît pas de recevoir les réprimandes destinées au R. P. Van den Gheyn par ses confrères qui n'osent les lui adresser. Nous ne voulons tirer aucune conclusion de cet incident, que nous ne nous sommes décidé à exposer en détail que pour mettre fin à des procédés de critique que nous regrettons de di\ailguer et que nous préférons ne pas qualifier.

Lea Martyrs

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