JUIFS ET CHRÉTIENS
AUX PREMIERS SIÈCLES DE l'ÉGLISE
I. Les polémiques. — II. Les dissentiments. — III. Les violences.
« Les Juifs ont avec les chrétiens une dispute assez sotte, raconte Celse. Il s'agit de Christos, et cela remet en mémoire le proverbe : Gens qui querellent pour l'ombre d'un âne. Aussi le dissentiment n'est-il pas grave ; les uns et les autres sont daccord que l'Esprit divin a prédit la venue d'un Sauveur parmi les hommes, ils cessent de s'entendre sur la question de savoir si ce Sauveur est venu*. »
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Cf. E. Le Blant, La Controverse des Chrétiens et des Juifs aux premiers siècles de l'Eglise, extrait des Mém. de la Soc. nat. des Antiquaires de France, t. LVII. Paris (1898), 22 pp., 1 pi. — Wagenseilus, Tela ignea Satanae. Altorf Nauricorum (1681), in 4°, Zadoc-Kahn, Etude sur le livre de Joseph le Zélateur, dans la Revue des Etudes Juives (1882) ; I. Loeb, La Controverse religieuse entre les Chrétiens et les Juifs au moyen âge, dans la Revue de l'histoire des religions, t. XVII et XVIII. — A. Harnack, Die Altercatio Simonis Judaei et Theophili Christiani ; nebst Untersuchungen ûber die antijùdische Polemik in der alten Kirche, dans Texte und Untersuchungen, I bd , hf. S,
Préface xxi
Cette controverse judéo-chrétienne a inspiré un grand nombre d'écrits de l'antiquité ecclésiastique. Tout un côté de cette littérature reste en dehors de notre recherche ; je veux parler des textes qui s'y rapportent, mais que nous ne possédons que dans les sources talmudiques. L'incertitude persistante en ce qui concerne la date de rédaction de ces étranges recueils ne me semble pas permettre d'y faire appel avec les mêmes garanties que pour les sources patristiques. Une étude attentive de la littérature chrétienne primitive témoigne que les paroles dédaigneuses de Celse ne donnent pas l'exacte physionomie de la querelle très âpre et souvent sanglante qui existait dès les premiers temps du christianisme entre l'Eglise et la Synagogue. Le dissentiment était grave, et peu à peu l'accord devint impossible: d'un côté l'intégrité de la foi, de l'autre la haine farouche, ne laissaient guère de place à une entente. Le conflit existait partout où une communauté chrétienne se trouvait rapprochée d'une assemblée juive , c'est ce qui explique l'ardeur et l'abondance des polémiques et le grand nombre de faits de persécution. Ce sont ces deux aspects de la controverse primitive que nous allons exposer rapidement.
1883 ; d'après Harnack, cet écrit serait une simple rédaction de la plus ancienne Altercatio Jasonis et Papisci ; Vogelstein et Rbeger, Gesch. der Juden in Rom., t. I, p. 163, note 6, soutiennent le contraire. Cf. J. Bergmann, dans la Revue des Etudes juives, 1900, t. XL, p. 188, note 1. — E.Noeldechen, TertuUians Gegen die Juden auf Einheit. Echtheit, Entstehung, dans Texte und Untersuchungen, XII bd., hf. 2, 1894. — G. MoRiN, Deux écrits de polémique anti juive des IV* tt V" siècles, d'après le Codex Casinensis, 247, dans la Revue d'histoire tcclésiastiqui, t. I, p. 267-273.
Les Mnrfijrs