‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 56 sur 117 · Martyrium Polycarpi, § xvn, xvin · texte numérisé non relu

Martyrium Polycarpi, § xvn, xvin

2. Passio S.Pionii, § 4. Cf. P. Allard, loc. cit., t. II, p. 373 suiv. et p. 212 ; O. de Gebhardt, Das martyrium des heil. Pionius, dans VArchiu. f. slavische Philologie, xviu p. 164 ; G. Rosel, loc. cit., a oublié le documeat que j'analyse ici.

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quelques paroles adressées aux gentils, Pione s'adressa aux Juifs : « Et maintenant, vous, les Juifs, quelle raison avez-vous de mourir de rire ? Vous riez de ceux qui sacrifient spontanément, vous riez de ceux qui cèdent à la violence, vous riez de nous-mêmes en criant comme vous le faites que nous avons assez joui de la liberté. Nous sommes ennemis, c'est vrai, mais nous sommes des hommes, malgré tout. En quoi avez-vous à vous plaindre de nous ? Avons-nous poursuivi de notre haine quelqu'un des vôtres ? En avons-nous, avec une avidité de bête féroce, forcé un seul à sacrifier ? Leur crime est loin de ressembler à ceux que la crainte des hommes fait commettre aujourd'hui ; car il y a une grande distance entre celui qui cède à la contrainte et le pécheur volontaire : chez l'un c'est la circonstance, chez l'autre c'est la volonté qui é»t la raison du crime. Qui obligeait les Juifs à s'initiers aux mystères de Béelphégor ; qui à s'asseoir aux banquets sacrilèges des morts et à manger la chair des victimes qu'on leur immolait? Qui les a forcés au concubinage avec les filles païennes et au métier de filles de joie ? Qui les obligeait à brûler vifs leurs enfants ? Qui à murmurer contre Dieu ? Qui à dire du mal de Moïse ? Qui les forçait à oublier les bienfaits ? à être ingrats?à regretter l'Egypte ? Étaient-ils donc contraints, lorsque Moïse demeurant sur la montagne, ils dirent à Aaron : « Fais-nous des dieux et un veau d'or. » Et ainsi du reste de leur histoire. » L'invective continua, car, disent naïvement les Actes : « il parla longtemps et n'en finissait plus. »

Pendant qu'il était en prison, Pione reçut la visite de nombreux chrétiens ; il leur disait : « J'apprends que plusieurs d'entre vous sont pressés par les Juifs d'aller à

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la synagogue. Gardez-vous de ce crime, le plus grand que vous puissiez commettre, celui pour lequel il n'y a pas de pardon, parce qu'il est le blasphème contre l'Esprit- Saint. Ne soyez pas comme eux des princes de Gomorrhe, des juges de Sodome, dont les mains sont souillées du sang des innocents et des saints. Nous, du moins, nous n'avons pas tué les prophètes, ni livré le Sauveur; » et il ne tarissait pas.

Un texte, de peu de valeur il est vrai, nous a conservé le martjTC de saint Ponce, de Cimiez '.

Nous y lisons que a les Juifs qui étaient venus à l'amphithéâtre commencèrent à crier : « A mort, à mort le « malfaiteur! >> et le bienheureux Ponce dit, en levant les mains au ciel : « Seigneur, grâces te soient rendues, « leurs pères ont vociféré contre le Christ : Crucifiez-le I <x et voici que ces hommes poussent contre moi les « mêmes clameurs. »

C'était toujours le même acharnement ; on rencontrait les Juifs partout où il fallait provoquer à la violence contre les chrétiens, ils hurlaient leur refrain : « Ces gens là ont trop duré ^ », et par une étrange contradiction ils essavaient, comme le dit Pione, d'attirer à eux les

1. Yitaet passio S. Pontii martyris,aiictorc Valerioejns conUibernaU, dans Baluze, Miscellanea (Paris, 1679), t. II, p. 134, 1.37-139 ; Acta Sanct. Mail, t. III (p. 272), die 14. — Petau, De Doctrina temporiim 1630), 1. II. ch. XX, p. 338. — Tillemont, Mém. hist. eccl., note vn sur la persécution de Valérien. — P. Allard, Hisl. des perséc. t. II, p. 474, 478 ; t. III, p. 97. — Cf. Jofredus, Nicaea civit. nion. (1658i, trad. franc.. Actes de la vie et du martyre de S. Pons Nj'ciis, 1864, 16"). — La Vie et les miracles du glorieux saint Pons, éuêque de Cimiez en Provence (Aix, 1670, in-12) — E. Le Blant, Les Actes des martyrs (Paris 1882, in-4'>), p. 14, note 4 ; p. 70, note?; p. 82, note 6; p. 239, note 1.

;>. Paasio S. Pionii, § 4. •

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chrétiens timides et de leur faire adopter le judaïsme qui leur épargnait un acte d'idolâtrie *, car l'Etat romain continuait à traiter d'une manière tout à fait inégale Juifs et chrétiens. A côté de prescriptions rigoureuses, s'appliqnant à ceux qui vivent « à la manière judaïque », on rencontre un document qui témoigne de ménagements consentis en faveur des Juifs ; c'est ainsi qu'on lit au Digeste: Le divin Sévère et Antonin (Caracalla) ont permis à ceux qui suivent la superstition judaïque d'ohtenir des charges publiques, en les exemptant des nécessités qui pourraient blesser leur conscience religieuse 2. » Voilà qui ne ressemble guère à l'intolérance que l'on témoigne à l'égard des chrétiens, même sous le prince qui leur fut le plus favorable et qui, nous dit Lampride, «maintint les privilèges des Juifs et souffrit l'existence des chrétiens : » .Judaeh pvivUecfia rescrvnvif, christianos esse passas est ^'. On s'explique ainsi que des chrétiens trop lâches pour confesser leur foi aient accueilli les propositions de la Synagogue, comme ce Domninus dont Eusèbe a raconté l'histoire, qui apostasia et se fit juif et auquel saint Sérapion, évêque d'Antioche (190-214), écrivit pour l'exhorter au repentir *. C'est peut-être en présence de ces violences morales, autant qu'au souvenir des violences matérielles qu'ils provoquaient sans cesse contre les chrétiens sur un point ou sur l'autre de l'empire, que Tertullien écrivit cette phrase demeurée si vraie : « Les synagogues sont les sources d'où découle la persécution. »

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