‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 75 sur 117 · Lettre de Isachino (1561), dans Silos, /oc. cit., p · texte numérisé non relu

Lettre de Isachino (1561), dans Silos, /oc. cit., p

cxxvi» Les Martyrs

l'office romain avec les améliorations de détail que le renouveau de la critique permettait d'introduire*.

Ce fut en 1562 que le concile aborda la question du Bréviaire, mais il se sépara, le 4 décembre 1563, en remettant la réforme à la diligence du pape Pie IV, dont on connaissait les idées conformes en cette matière à celles de Paul IV. Une congrégation fut aussitôt réunie, et son travail achevé et promulgué sous le pontificat de Paul V. Une lettre italienne d'un des membres de la congrégation, Leonardo Marini. donne quelques précieux détails sur la préoccupation critique des délégués du concile à l'égard des légendes des martyrs.^. « On a reproché au vieux bréviaire, écrit Marini, que de ses légendes de saints il en est qui sont apocryphes, ou scandalisantes, ou mal écrites. La congrégation est d'avis de retenir les faits les plus authentiques, en les mettant en un meilleur style, pour l'édification et le contentement des lecteurs. Elle pense aussi que bien des vies de saints qui sont au vieux bréviaire sont excellentes, empruntées qu'elles sont à des auteurs anciens ou aux Actes sincères des martyrs, et que l'on doit leur donner la préférence, tout en les revisant au double point de vue de la vérité historique et de la correction littéraire. Ce soin a été confié d'abord à Foscarari, puis à Pogiano, qui ensemble ont à revoir toutes les légendes du sanctoral *. »

Les correcteurs introduisirent dans le lectionnaire de nombreux changements : ils supprimèrententre autres choseslesleçons de sainte Marguerite, de sainte Thècle, de saint Eustache et de sainte Ursule ; c'était quelque chose, mais c'était trop peu ; la critique allait bientôt signaler, par l'organe des cardinaux Baronus et Bellarmin et du pape Benoît XIV, de nouvelles suppressions à opérer.

Une nouvelle revision eut lieu sous Clément VIII, qui prit le nom de revision clémentine.

1. Pie V, bulle Quod a nobis : Totam rationem dtcendi ac piallendi horas canonicas ad pristinum morem et institutum redigendum suscepit.

2. RosKovANTT, loc. Cit., t. V, p. 576-588. Cf. D. S. Iî.eumer, loc. cit., p. 422 467.

3 RosKovANTfi /oc. cit., t. V, p.582. Cf. Batifol, /oc. ci/., p. 243, et Juin Pogiani epislolae et orationes (Romae, 1756), t. II, p. xl-uti.

Préface çxxix

L'initiative était venue du Saint-Siège, qui paraissait adopter résolument la voie de la critique scientifique. « De Rome, dit Mg"" Bati£Fol, on avait sollicité l'avis, non point des ordinaires, mais des principaux savants ou corps savants d'Europe. Les Adnotationes criticae adressées ainsi par les théologiens de Pologne, de Savoie, d'Espagne, d'Allemagne, deXaples, de Venise, par la Sorbonne, par le doyen de la faculté de théologie de Salamanque, par d'autres encore, sans omettre Ciacconio et Bellarmin, — ces Adnotationes nous ont été conservées à la bibliothèque Vallicellane, à Rome, parmi les papiers de Baronius *. » Le grand cardinal les compulsa et en fît son rapport au pape ; en voici un très curieux passage : « Pour ce qui est de l'exécution [du texte corrigé], on avait pensé à publier un petit livre qui contiendrait les offices nouveaux approuvés par Sixte-Quint..., elle correctorium de tout le bréviaire. Pour les offices nouveaux, dont quelques uns n'ont pas encore été imprimés (la Conception, la Visitation, la Présentation...), ce projet aurait du bon : pour le correctorium il ne plaît pas du tout. En effet, à publier un correctorium, on découvre à toute la terre et aux ennemis de l'Eglise les nombreuses et graves erreurs que nous avons tolérées jusqu'ici dans le bréviaire : ce seraitun scandale, et déplus le désaveu des auteurs du bréviaire, sans compter qu'il serait désagréable à beaucoup de faire tant de corrections à leurs bréviaires Si Ion se décide à imprimer un bréviaire corrigé, ce

que tous les hommes instruits désirent . vivement et attendent impatiemment. Sa Sainteté pourrait expliquer dans une belle préface les raisons de cette nouvelle édition..., notamment qu'elle a eu pour but de couper court à la témérité de quelques-uns qui, de leur autorité privée, ont inséré dans les bréviaires des choses fausses ou incertaines, ainsi que cela est évident en ce qui concerne les leçons de saint Alexis et autres, et qu'à cette

1. Batifpol, loc. ait , p. 252. Cf. l'inventaire de ces Adnotationes dans A. Bergel, Die Emendation des rômischen. Breviers unter Papit Clemens Vllt. dans la Zeitschrift fur katholische Théologie (Innsbruck, 1884 , p. 293-294. Voyez dans D.S. B^umer, loc. cit., p. 488 s., les Actu Congregationis pro purgando Breviario sut Gregorio XIV d'après le Cod. Valic. 6097, fol. 127-147. *

cxxx Les Martyrs

occasion on a corrigé quelques autres fautes dues à la négligence des typographes ou autres *. ))

Ces vigoureuses paroles ne furent cependant pas suivies d'une œuvre critique telle qu'elles la laissaient entrevoir. La congrégation, qui comptait des savants tels que Gavanto, Bellarmin et Baronius, aborda la réforme avec une sorte de timidité ; en ce qui touchait au lectionnaire, elle s'imposa la règle de « ne changer que ce qui ne pouvait être maintenu sans scandale » — eu sola miitaremiis quae sine offensione tolerari non poterant ^. « Ou supprima quelques homélies ou sermons du lectionnaire pour les remplacer par d'autres, dit Mg"" Batiffol ; ainsi, au 15 août, on ht disparaître un sermon apocrj^phe de saint Athanase, pour le remplacer par un sermon de saint Jean Damascènc ; ainsi, au l''" novembre, on restitua à Bède le sermon du second nocturne, que le bréviaire de Pie V attribuait à saint Augustin. On supprima des légendes sanctorales un petit nombre d'assertions que l'on jugea insoutenables, comme, dans la légende de saint Martin, le récit de la vision de saint Ambroise assistant en songe à la mort de saint Martin, récit emprunté à Grégoire de Tours ; ou ailleurs, l'assertion que les saints Gordien et Epi maque avaient été condamnés à Rome par l'empereur Julieij, etc. Mais, pour la plupart, les erreurs que l'on corrigea étaient des erreurs de simple chronologie, comme la date de la mort de saint Ambroise ou de saint Hilaire, ou du martyre des saints Gervais et Protais, Faustin et Jovita, etc.

« Quelques corrections proposées par Baronius ne furent point adoptées, quelle qu'en fût l'opportunité. Il trouvait discutable le fait mentionné par la légende de la dédicace de Saiut- Jean-de-Latran : Et imago Salvatoris in pariele depicta populo romano apparuil. On n'y toucha point. Il demandait que, dans la légende de l'apparition de saint Michel sur le mont Gargan, la mention de la consécration à Rome d'un oratoire in snmmo circo fût modifiée de manière à désigner l'oratoire de Saint-

1. Bergel, /or. cit., p. 295 297, cité et traduit par H\tiffol, /oc. cit., p. 253 suiv.

Page 1