‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 76 sur 117 · Bp.kgel, /oc. cit., p · texte numérisé non relu

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Préface cxxxi

Michel in summo circula molis Hadrianae, c'est-à dire sur la terrasse du château Saint-Ange ; la leçon ancienne a été maintenue, si obscure soit-elle Les erreurs graves que Baronius signalait dans certaines légendes, nommément dans celle de saint Alexis, ne furent même pas soumises à l'examen de la congrégation, et la légende si controversée de ce saint est demeurée intacte. D'autres corrections qui furent adoptées étaient discutables. Exemples : Baronius fit dire à la légende de saint André que les ossements de l'apôtre ont été transportés à (]lonstantinople sous le règne de Constance ; le bréviaire de Pie V disait Constantin, et Urbain VIII a fait judicieusement rétablir cette leçon. Dans le bréviaire de Pie V, saint Hippolj'te était donné comme prêtre ; Baronius le fait qualifier d'évêque de Porto. La légende de saint Jacques le Majeur, dans le bréviaire de Pie V, disait sans insister que l'apôtre avait « parce couru l'Espagne et y avait prêché l'Evangile, puis était revenu « à Jérusalem » ; Bellarmin demandait que cette assertion fût efifacée du bréviaire, comme ne reposant sur aucun témoignage digne de foi. Baronius passe outre aux représentations de Bellarmin, et fait insérer la phrase suivante : « C'est la tradi- « tion des Eglises de cette province, qu'il [Jacques] se rendit en « Espagne, où il en convertit plusieurs à la foi ; sept d'entre « ceux-ci furent ensuite ordonnés évêques par le bienheureux « Pierre et envoyés en l-spagne » ; phrase dont Urbain VIII devait supprimer le membre : « C'est la tradition des Eglises « de cette province », cédant en cela aux instantes réclamations du clergé espagnol *. Dans le bréviaire de Pie V on admettait l'identité du Denys évêque d'Athènes et du Denys évêque de Paris ; Bellarmin voulait que l'on distinguât les deux personnages, faisant du second un évêque du temps de Déce, ainsi que l'entendent Grégoire de Tours et Sulpice Sévère ; Baronius fait maintenir les termes adoptés sous Pie V. Baronius corrige les légendes des anciens papes, mais ce n'est que pour préciser chronologie de leurs pontificats, si incertaine cependant.

1. Cod. Vallicell. G. 90, n» 38. Cf. Bergel, /oc. cit., 1 apr. 1884. p 324, et A. Chiapelli, Studi di antica letteratura cristiana (Toriuc 1887), p. 170.

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« Combien de détails qui « ne pouvaient être supportés saas « offense » sont maintenus ! Bellarmin n'admettait pas l'authenticité des Fausses Décrétales, et l'on sait que les Fausses Décrétales sont entrées dans la rédaction des légendes des anciens papes au bréviaire ' : Baronius repousse toute correction sur ce chapitre. Baronius lui-même reconnaissait le caractère apocryphe d'actes des apôtres, tels que ceux de saint Thomas ; il invoque cependant leur autorité : licet adnumerentur inter apocrypha, dit-il. Baronius reconnaissait le caractère corrompu de certains actes de martyrs : Acta sancti Donati depravata esse nulla dubitatio est ; et ailleurs, parlant de sainte Catherine : Multa eius histor'ia Iiabet quae verituli répugnant. Il ne croit pourtant point qu'il faille faire autre chose que les amender.

« Au total, le correctorium dressé par Baronius et adopté par la congrégation clémentine se réduisait à de minimes modifications, et bien peu en rapport même avec les prémisses énoncées par Baronius dans son projet de correction. Mais, tel qu'il était, il fixait un point de droit de grande importance, que Clément VIII a consacré implicitement en ne reproduisant point dans sa belle préface les termes si strictement prohibitifs Je la bulle Quod a nobis de saint Pie V : c'est à savoir que le texte du bréviaire était un texte perfectible. Et s'il était perfectible, c'est donc qu'il renfermait, dans son économie traditionnelle et définitive, des éléments caducs et provisoires, que le temps avait révélés ou aurait à révéler -. ))

Pour répondre à de nouvelles doléances des « hommes doctes et pieux )), le pape Urbain VIII institua une nouvelle congrégation pour la réforme du bréviaire, mais son attention se porta principalement sur l'hymnaire ; le lectionnaire fut à peine i-emanié. Le savant Gavanto, qui faisait partie de cette congrégation, dit qu'on se résolut à maintenir même les faits controversés, pour peu qu'appuyés du témoignage de quelque auteur grave, ils aient quelque probabilité d'être vrais *.

1 Batiffol, dans le Bulletin critique, 13* année (Paris, 1892), p. 15 suiv. ; son travail est reproduit par D. S. BjEUMER, loc.cit.,p. 623. 2. Batiffol, Iqc. cit., p. 255-259.

'd. Gay'.nto, T/ir^aur. sacror. rituum, t. II, p. 75.

Préface cxxxiii

On le voit, un travail continu de critique s'opérait presque sans interruption, timide parfois, comme celui de Sirleto, ou bien impétueux, comme celui de Paul IV et de Baronius, mais traversé par une sorte de lassitude pendant l'exécution du travail. Ce qui ne doit pas être omis, en regard des actes parfois moins radicaux qu'on s'y attendrait, c'est les principes critiques aussi rigoureux qu'on les doit souhaiter. Baronius écrivait donc : « L'on rend un service beaucoup plus considérable à la vérité et à l'Eglise, en ensevelissant dans le silence des choses qui ne sont pas tout à fait certaines, que lorsqu'on en avance de fausses, même parmi d'autres qui sont vraies : car il arrive que la moindre fausseté qu'un lecteur trouve dans une pièce le fait douter des autres choses les plus vraies, et il ne veut plus s'assurer de rien dès qu'il s'est vu une fois trompé par quelque mensonge *. ))

Vers le milieu du xviii" siècle, une nouvelle réforme faillit aboutir à une édition très profondément remaniée du bréviaire romain. L'impossibilité constatée d'obtenir le retrait du bréviaire promulgué en 1736 par l'archevêque de Paris, Charles de Vintimille, avait amené l'illustre pape Benoît XIV à combattre cette compilation janséniste sur son propre terrain, c'est-à-dire par une édition réformée du bréviaire romain. Le cardinal de Fleury y applaudissait (14 février 1741). Le cardinal de Tencin s'employait de son mieux à faire réussir l'entreprise ; il écrivait à Fleury, le 21 juillet 1741 : « Le pape a nommé une congrégation de prélats et de religieux pour travailler à la réformation du bréviaire romain 2. » Et le 25 août : « Le pape est actuellement dans de très bons principes pour la réformation du bréviaire romain, par exemple de n'admettre aucune légende douteuse '. »

1. Baronius, Annales, t. III, p. 444. Il n'est pas sans intérêt d'avoir l'opinion de Tillemont, Hist. eccl., t. V, p. 188, sur la même question : « On doit bannir de l'ofiBce divin tout ce qui n'a pas une autorité ou certaine ou au moins assez bien appuyée, pour estre lu avec un respect et une piété raisonnable, et ne pas donner sujet aux hérétiques de se railler de notre dévotion. K>

2. Tencin à Fleury (21 juill. 1741). Archives du ministère des affaires étrangères {Corr. de Rome, t 785, f. 229). __

3. /fctd. :25août 1741). - 7?>('cZ.,f. 331. ^^'""^"r^-ur-r^. ^>^

LES MARTïHS,

cxxxiv Les Martyrs

La congrégation s'était réunie pour la première fois le 14 juillet 1741. Une année après, le 15 juillet 1742, on convint de principes parmi lesquels se trouvait celui-ci, qui nous intéresse spécialeinent : — « 3" Ne pas éliminer les saints dont on a des acta sincertt ' » ; avant d'aller plus avant, la congrégation soumit à Benoît XIV le travail fait afin d'avoir son opinion. On a conservé une lettre très curieuse dans laquelle ce grand pape s'ouvre fort confidentiellement au cardinal de Tencin sur la réforme du bréviaire : <( Nous accusons, écrit-il, la lettre de Votre Eminence du 20 may. Il y est question du projet d'un nouveau Bréviaire romain... Voici en général le plan que nous nous sommes proposé de suivre dans la composition de ce Bréviaire. La critique étant devenue si pointilleuse, et les faits que nos hons ancêtres rcgardoient comme indubitables étant aujourd'hui révoqués en doute, nous ne voyons d'autre moyen de nous mettre à l'abri de cette critique que celui de composer un Bréviaire dans lequel tout soit tiré de l'Ecriture sainte, laquelle, comme le sait Votre Eminence, contient beaucoup de choses sur les mystères dont l'Eglise célèbre la fête, sur les saints apôtres et sur la sainte Vierge. On suppléera par les écrits non contestés des premiers Pères à ce que l'Ecriture ne fourniroit pas. Quant aux autres saints qui ont place aujourd'hui dans le Bréviaire, on se contentera d'en faire ime simple commémoraison. Tout ce qu'on pourra dire, c'est que c'est là une nouveauté qui va à diminuer le culte rendu jusqu'à présent à ces saints ; et il est vrai que le retranchement des légendes fera crier ceux qui tiennent les faits qui y sont contenus pour si certains qu'ils seraient prêts à se faire martyriser pour en soutenir la vérité. Mais cette critique nous paraît bien moins importante que celle par laquelle on nous reprocheroit de faire lire au nom de l'Eglise des faits ou apocrifes ou douteux ^. »

Le volumineux dossier contenant les actes de la congrégation

1. RoKKovANY, hc.cit., t. V, p. 586. Sur cette réforme voyez P. Ba- TiFKOL. loe. cit., p. 276-323,

'2. Benoît XIV au cardinal de Tencin (7 juin 1743). Archives du ministère des affaires étrangères à Paris {Corr. dt Rome, t. 792, f. 21).

Préface cxxr^v

a été conservé parmi les manuscrits de la bibliothèque Corsini, où il a été retrouvé en 1856 *. Quelques-unes des observations des prélats romains concernant le lectionnaire nous intéressent particulièrement. La pièce connue sous le nom de lettre des prêtres d'Achaïe sur la mort de saint André est remplacée par un sermon de saint Pierre Chrj'sologue, car cette lettre « est tenue pour fausse et supposée par les critiques modernes, ainsi que Tillemont l'a montré jusqu'à l'évidence ; et, ne fût-elle que douteuse et controversée, il y aurait sagesse à l'éliminer, et à mettre à sa place ce qui est inattaquable » — cum vero acta illa suppostitia et falsa a recentioribus criticis habeantur, ut pêne ad evidentiam demonstrat Tillemontius, dubia certe quant maxime et in controversia posita sint, consultius visum est omittere, et quae inconcussae fidei sunt subrogare -.

La légende de saint Thomas l'apôtre est supprimée comme n'étant « ni sûre en soi, ni confirmée d'ailleurs, et contestée par les critiques » — quae illic narrantur... certa et explorata tion sunt, pluresque patiuntur difficultates apud historiàe ecclesiasticae tractatores ^ ; — on la remplace par un sermon de saint Jean Chrysostome.

La légende de saint Joachim comportant sa généalogie par saint Damascène est également supprimée, cai' « ce que raconte là le Damascène est tiré des apocryphes, selon le sentinaeut commun des érudits », — cum^ nonnisi ex apocrgphis desuiuptu e.ristiment communiter eruditi.

1. Acta et scripta autographa in sacra congregatioiie particulari a fîenedicto XIV depiitata pro reformatione Breviarii romani a. 17i-l in ires toiiiQS distributa et appendice.m. — Codd. Corsin.,n'' 361, 362,363 Cf. RosKOVAJs-Y, loc. cit., t. y ; Cu.ULLOT, Analecta juris pontificii, t. XXIV (1885), p. 506 sq. ; P. Batiffol, loc. cit., p. 276 suiv. On trouverait dans les écrits des érudits romains une moisson de textes tout à rhodneur de leur sens critique sur la question qui nous occupe ; je ne citerai que Gaetano Marini, préfet de la Vaticane sous Pie VI : « Le supposte reliquie, le mal intese iscrizioni, i documenti apocrifi,

benchè niun danno veraraente arrichino alla religione, daunu

seinpre occasione à nemini di essa si deriderla e d'insultarla. Letteru dî un Giorndliita ad un «uo amico, In-S*, Modena, 1790, p. 1%.

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