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CHAPITRE DEUXIÈME

DES FAITS ACCOMPUS PAK LE PRINCE DE l/ORIENT *

Ceux qui montrent du refroidissement pour les vertus célestes sont pusillanimes ; ils tremblent de tout, se troublent des moindres choses, tournent à tout vent; leur vie passe comme un songe, et, au moment de la mort, ils prennent la voie de l'irréparable perdition. Comme il a été dit autrefois : « La mort qu'on ne comprend pas est bien la mort; mais la mort qu'on comprend, c'est l'immortalité. Celui-là craint la mort qui ne la connaît pas, mais celui qui la connaît, ne la craint pas ».

Tous les maux sont entrés dans l'esprit de l'homme par l'ignorance. L'aveugle est privé des rayons du soleil et l'ignorant est privé de la vie parfaite. Il est préférable d'être privé de la vue que de la lumière de l'intelligence. De même que l'esprit est supérieur au corps, la vie de l'esprit est aussi supérieure à celle du corps. Si quelqu'un possédait en abondance des richesses terrestres et qu'il fût pauvre d'esprit, il serait bien à plaindre, comme on le voit non seulement chez les hommes vulgaires, mais encore chez celui qui est plus grand que tous les autres. Le roi qui, sur le trône, ne possède point la sagesse n'est pas digne de son rang. S'il en est ainsi des choses terrestres, il en est bien autrement des choses spirituelles. L'âme est la vie du corps, et l'esprit est le régulateur du corps et de l'âme. Ce qu'on dit d'un individu se dit aussi de tout le monde. Le roi non seulement

1, lezdedjerd II, roi da Perse.

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est responsable de lui-même, mais aussi de ceux dont il a amené la perdition. Bien qu'il ne soit point permis de médire du prince, cependant nous ne pouvons adresser des louanges à celui qui combat contre Dieu ; c'est pourquoi je raconte les événements accomplis, qui, à cause de lui, frappèrent la sainte Eglise : je le fais sans plus tarder, non pas dans l'intention de murmurer; mais je romprai le silence et j'exposerai avec sincérité le résultat des événements, sans être provoqué par des opinions ou des récits brillants. J'ai été moi-même témoin de ces événements, j'ai vu, et j'ai entendu le son de sa voix qui prononçait d'insolentes paroles. De même qu'un vent déchaîné s'abat en haute mer, de même il excitait e ébranlait la multitude de ses troupes. Il étudiait et comparait toutes les religions de son empire avec le magisme, l'art de la divination, et y comprenant hypocritement le christianisme, il disait en colère : « Interrogez, examinez, observez! nous choisirons ce qui nous paraîtra le meilleur. » Et il s'empressait d'exécuter ses résolutions.

Cependant, de tous côtés, les chrétiens qui étaient à l'armée soupçonnèrent le feu caché qui devait incendier en même temps les montagnes et les vallées. Ils se réchauffèrent alors au feu inextinguible et se préparèrent courageusement aux épreuves qui les attendaient. Ils se mirent à pratiquer leur religion ostensiblement, à expliquer leur foi, à chanter à haute voix des psaumes et des cantiques spirituels. Dépouillant toute crainte, ils enseignaient ceux qui s'adressaient à eux ; le Seigneur les favorisait par des miracles et des prodiges, et même beaucoup de soldats païens malades furent guéris.

Lorsque le prince impie se sentit découvert et sa trame éventée par les fidèles, il se sentit troublé intérieurement ; son corps et son âme furent mortellement blessés. Tantôt il se tordait comme un serpent venimeux,

taniôt il rugissait comme un lion en fureur, il se roulait et se terrassait dans [les combats] de ses stériles pensées et s'efforçait d'exécuter ses desseins. Sa main ne pouvant atteindre les objets de sa haine, puisqu'ils n'étaient pas rassemblés auprès de lui, il commença à favoriser le peuple au détriment des nobles, les gens méprisables plus que ceux qui avaient droit au respect, les ignorants plus que les savants, et les lâches plus que les braves. A quoi bon les énumérer? Il élevait les indignes, abaissait les hommes de valeur, au point d'éloigner petit à petit le père du fils.

Pendant ce temps il s'acharnait principalement contre l'Arménie dont il voyait [les habitants] fort attachés à leur religion ; les familles de satrapes en particulier qui observaient fidèlement les saintes prescriptions des apôtres et des prophètes. Il en acheta quelques-uns à prix d'or, d'autres au moyen de présents ; il donnait aux uns des terres et de riches villages, aux autres des honneurs et un grand pouvoir , et il prodiguait les vaines promesses. De cette manière, il les excitait et les flattait sans cesse en leur disant : « Si vous confessez seulement les lois du magisme et si, de toute votre âme, vous vous convertissez de votre secte au culte de nos dieux, je relèverai votre rang et votre autorité, vous deviendrez égaux à mes satrapes bien-aimés, et vous serez ici en grand nombre » Il s'humiliait ainsi hypocritement en présence de tous, leur parlait d'une manière affectée afin de pouvoir les tromper traîtreusement suivant les avis de ses conseillers. Il se conduisit de la sorte depuis la quatrième jusqu'à la onzième année de son règne.

Voyant l'échec de ses ruses, la conduite opposée des Arméniens et l'expansion universelle du christianisme, il se découragea, se répandit en plaintes et en gémissements. Il fut contraint de livrer son secret et ordonna « que tous les peuples et toutes les langues de 1 empire

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abandonnent leurs fausses doctrines religieuses, viennent adorer le Soleil et lui sacrifient comme à leur unique et seul Dieu, qu'ils rendent également un culte au feu ; Qu'ils gardent en outre les lois du magisrae, afin qu'elles soient toujours observées. » Il donnait ensuite des ordres menaçants à l'armée et expédiait en toute hâte des messagers à toutes les nations lointaines en leur imposant le même commandement. Au début delà douziéraeannée de son règne, il fit une gi'ande, levée de troupes et entra sur le territoire [des Kouschans], dont le roi n'osa lui livrer bataille. Fuj^ant dans les régions les plus impénétrables du désert, il échappa avec son armée. Quant au roi riezdedjerd II], il envahissait les provinces et les campagnes, prenant des châteaux et des villes, entassait les prisonniers et le butin et les expédiait dans son empire. Son plan ayant échoué, il s'obstinait et disait aux ministres du culte idolâtre : « Qu'olîrirons-nous aux dieux en échange de cette grande victoire qui prouve que personne n'ose nous combattre? »

A ce moment, mages et Chaldéens élevèrent ensemble la voix et dirent: « Les dieux qui te donnèrent la victoire et la domination sur tes ennemis, n'ont pas besoin de te demander des biens spirituels, mais [ils désirent] que tu détruises toutes les sectes et que tu les convertisses à la religion de Zoroastre ». L'avis plut au roi et aux grands, surtout aux principaux ministres du culte; ils tinrent conseil, l'avis fut adopté. On fit aussitôt éloigner de la porte de la montagne [on nommait ainsi le défilé des portes du Caucase] la nombreuse cavalerie des Arméniens, des Ibères et des Aghouank, et tous les fidèles. On donna une consigne rigoureuse aux gardiens du défilé pour qu'ils laissassent entrer ceux qui venaient de l'Orient, mais qu'ils fermassent le chemin à ceux qui se rendaient du côté de l'Occident, Lorsqu'ils furent internés dans l'enceinte fortifiée et imprenable, — et je le

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dis en vérité, car il n'y avait pas d'endroit pour se cacher ou pour fuir, les ennemis étant groupés à 1 entour, — on les saisissait, ensuite on les torturait cruellement, et on jes réduisait à une telle extrémité qu'on força beaucoup denlre eux à renier le vrai Dieu et à adorer les éléments. Cependant les vaillants disaient : « Nous prenons à témoin le ciel et la terre que jamais nous n'avons été négligents dans le service du roi, que la lâcheté ne s'est jamais mêlée à nos actes, nous ne méritons donc aucunement ces persécutions. » Le bruit de leur plainte se fit si grand qu'il arriva jusqu'au roi qui jura et dit : « Je ne vous laisserai pas en paix tant que vous n'aurez pas accompli mes ordres. »

Or, les perfides serviteurs du roi obtinrent la permission de torturer quatre des principaux champions. Ils les rouèrent de coups en public, puis les enchaînèrent et les mirent en prison. Le roi parut pardonner à quelques-uns, en rejetant la faute sur ceux qui étaient incarcérés, et il agissait de la sorte par une inspiration de Satan.

Douze jours plus tard, il fit préparer un banquet plus somptueux que de coutume et y invita beaucoup de soldats chrétiens. Au moment de prendre place, il désigna à chacun deux et en grande pompe, le rang [qu'il devait occuper à table]. Il leur parla doucement et affectueusement, comme autrefois, afin qu'ils mangeassent la viande immolée dont les chrétiens ne pouvaient se nourrir. Nul n'y consentit ; il insista peu et ordonna qu'on leur servît leur nourriture accoutumée ; il augmenta la gaieté du festin en faisant servir plusieurs vins. Ensuite, les jiyant fait passer dans la chambre royale, on en arrêta plusieurs à qui on lia les mains derrière le dos avec des courroies et on y mit un scellé. On les garda ainsi pendant deux ou trois jours et on leur fit endurer bien d'autres châtiments infâmes que nous ne croyons pas néces-

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saire de raconter. Puis on en éloigna plusieurs, après les avoir dégradés, comme indignes de conserver leur ranc dans la noblesse.

Après cela, on en déporta par bandes en pays lointain, dans un désert impraticable, pour y guerroyer contre les ennemis du roi ; beaucoup furent passés par les armes ; on réduisit le salaire de tous ; on les faisait souffrir de la faim et de la soit, on les faisait habiter l'hiver dans des lieux très froids, et ils étaient signalés aux yeux de tous pour lâches et infâmes. Cependant, fortifiés par l'amour du Christ, ils souffraient joyeusement pour son nom et pour la sublime espérance qui est préparée aux patients observateurs de ses commandements. Plus la méchanceté se faisait cruelle, plus ils se fortifiaient dans I amour du Christ, d^autant plus que beaucoup parmi eux avaient dans leur jeune âge, appris les saintes Ecritures ; ils se consolaient et consolaient leurs compagnons et' pratiquaient publiquement leur culte. C'est pourquoi les païens, à qui leurs paroles semblaient agréables et consolantes, les exhortaient et les encourageaient, ^en leur disant] qu'il valait mieux souffrir jusqu'à la mort que de renier une telle religion. Mais bien que, par l'amour du Christ, ils fussent intérieurement joyeux, leur existence matérielle ne laissait pas d'être très misérable dans cet exil. De si braves soldats étaient tombés dans la plus vile condition et leur patrie gémissait asservie par un oppresseur qui, en répandant le sang, violait les lois des païens et ne croyait pas qu'il y eût au ciel un venoeur de son imquité. Il ne tenait aucun compte du mérite personnel, et il tourmentait de préférence les satrapes arméniens dont les mères avaient nourri les frères [du roi] Il imagina encore un autre moyen ; il envoya en Arménie un de ses fidèles serviteurs appelé Tenschatpouh,afîn que, porteur d un ordre royal, il offrît les salu ations du grand roi et en simulant la douceur il fit h

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dénombrement de toutes les possessions des Arméniens pour les exempter des tributs et diminuer le contingent de la cavalerie.

Malgré sa finesse on découvrit son dessein. Premièrement, il frappa d'un impôt la liberté de lEglise ; secondement, il engloba dans celle taxe les religieux des monastères ; troisièmement, il augmenta les tributs ; quatrièmement, il mit la division parmi les satrapes, jeta le trouble dans toutes les familles. Il agissait de la sorte afin de détruire 1 union, disperser le clergé, cbasser les moines et opprimer les agriculteurs, et pour que dans leur détresse, ils vinssent, malgré eux, demander un refuge auprès des mages. Le cinquième moyen fut encore plus fâcheux. L'intendant général du pays était regardé comme un père pour les chrétiens. On excita et on accumula contre lui des accusations ; on le dépouilla de sa charge, on le remplaça par un Persan comme gouverneur et par un chef des mages comme juge du pays, afin de troubler la paix de l'Eglise. Malgré la perfidie de cette conduite, personne ne molestait ouvertement 1 Eglise, aussi ne fit-on pas d'opposition, bien que les tributs fussent lourds et que de ceux qui payaient cent tahégans on en exigeât le double. On mettait des impôts sur les évêques et les prêtres, non seulement des contrées prospères, mais des contrées dévastées. Qui racontera cette charge des taxes, des impôts, des tributs, des exactions sur les montagnes, les campagnes et les bois ? On ne les exigeait pas suivant la convenance royale, mais suivant la coutume des assassins. Eux-mêmes s'étonnaient que le pays pût être encore florissant après qu'on en avait tiré tous les trésors.

Voyant que rien ne lassait notre constance, on ordonna secrètement aux mages et aux chefs de mages de rédiger un édit suivant les doctrines de leur fausse religion. Le voici;

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« Mihr-Nersèh, gouverneur suprême de l'Iran et de l'Aniran, aux habitants de la Grande- Arménie, salut!

« Sachez que tout homme qui habite sous le ciel et ne suit pas la religion du Mazdéisme est sourd, aveugle et trompé par les dev d'Arimane. En effet, tant que les cieux et la terre n'existaient pas, le grand dieu Zérouan fit des sacrifices pendant mille ans et dit: « Si par hasard il me naît un fils du nom d'Ormizd, il créera les cieux et la terre. » Or il arriva qu'il enfanta deux fils, l'un pour avoir fait des sacrifices, l'autre pour avoir dit : Si par hasard. Il dit alors : « Je donnerai mon empire à celui i{ui viendra le premier. » Alors celui qui était né sous la parole du doute se présenta. Zérouan lui demanda : 4( Qui es-tu ? » Il répondit : « Je suis ton fils Ormizd. » Zérouan lui répliqua : « Mon fils est éclatant et répand une odeur agréable, et toi tu es ténébreux et puant. » Tout en se lamentant amèrement, il lui accorda l'empire pendant mille ans. Quand son autre fils naquit, il le nomma Ormizd, enleva la royauté à Arimane et la donna à Ormizd, en disant : «Jusqu'à présent je t ai offert des sacrifices, dorénavant c'est toi qui m'en oQ'riras ». Alors Ormizd créa le ciel et la terre, et Arimane au contraire enfanta tous les maux; en sorte que les créatures se divisent ainsi : les anges appartiennent à Ormizd et les dev à Arimane. De même tout ce qu'il y a de bien sur la terre, c'est Ormizd qui le créa, et tout ce qui est mauvais est la création d'Arimane. Ormizd créa l'homme, et Arimane, les peines, les maladies et la mort. Toutes les misères, les malheurs, les guerres meurtrières sont l'œuvre du créateur du mal ; mais le bonheur, la puissance, la gloire, les honneurs, la santé du corps, la beauté du visage, l'éloquence du langage et la longévité sont l œuvre du créateur du bien. Tout ce qui n est pas ainsi a été produit par l'auteur du mal.

« Les hommes qui disent que c'est l'auteur de la mort

et que le bien et le mal proviennent de lui, sont dans l'erreur : surtout les chrétiens qui affirment que Dieu est jaloux et que, pour une seule figue détachée d'un arbre, il acréé la mort et condamné les hommes à la subir. Une telle jalousie n'existe poifït entre les hommes et encore moins entre Dieu et l'homme. Donc ceux qui disent cela sont sourds et aveugles, et trompés par les dev d'Arimane. Les [chrétiens] professent encore une autre erreur ; ils disent : Dieu, qui a créé le ciel et la terre, vint au monde et naquit d'une vierge nommée Marie, dont l'époux s'appelait Joseph ; [mais la vérité est qu'il était (ils de Phantour, par suite d'un commerce illicite]. II s'en trouva beaucoup qui furent séduits par cet homme. Si le pays des Grecs [Romains], par comble d'ignorance, fut grossièrement trompé et s'éloigna de notre culte parfait, ils sont la cause de leur perte. Pourquoi partageriezvous leur erreur? Vous devez professer la religion que suit votre maître, d'autant plus que, devant Dieu, nous devons rendre compte de vous.

« Ne croj'ez pas à vos supérieurs spirituels que vous nommez Nazaréens, car ils sont trompeurs. Ce qu'ils enseignent en paroles, ils le démentent en actions. Ils disent que ce n'est point péché de manger de la chair, et eux refusent d'en manger ; qu'il est permis de prendre femme, et eux ne veulent point les regarder; que celui qui amasse des trésors pèche, et ils exaltent au plus haut degré la pauvreté. Ils aiment les tribulations et méprisent la prospérité; ils dédaignent la fortune et considèrent la gloire comme le néant; ils aiment les vêtements pauvres et estiment les choses communes au-dessus des choses précieuses; ils louent la mort et méprisent la vie; ils blâment la naissance des enfants et regrettent la stérilité ; si vous les écoutez, vous ne vous approcherez plus des femmes, et la fin du monde arrivera bient^.fc Je,. n'ai pas voulu vous décrire chaciue

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chose en détail, quoiqu'il y ait encore bien d'autres choses qu'ils disent.

« Ce qui est encore plus grave que tout le reste, c'est qu'ils prêchent que Dieu a été crucifié par les hommes, qu'il est mort, qu'il a été enseveli et qu'ensuite il est ressuscité et monté au ciel. Ne devriez-vous pas vousmêmes faire justice de semblables doctrines? Les dev,qu\ sont méchants, ne sont pas emprisonnés, ni tourmentés par les hommes: encore moins le Dieu créateur de toutes choses. C'est une honte pour vous de dire de pareilles choses, et pour nous c'est tout à fait incroj^able.

« C'est pourquoi je vous soumets deux questions : ou réfutez tout ce qui est contenu dans mon édit ; ou levezvous, venez à la Porte et présentez-vous devant le tribunal suprême. »

Noms des éoêques qui firent réponse à cet êdit.

Joseph, évêque d'Ararot; Sahag, évêque de Daron; Melidon, évêque de Manazguerd; Eznig, évêque de Pakévand ; Sournag, évêque de Peznouni ; Dadjad, évêque de Daïk ; Tatig, évêque de Pasèn ; Kasou, évêque de Douroupéran; Jérémie, évêque de Martasdan; Eulalius, évêque de Martaghi ; Anania, évêque de Siounic; Mousché, évêque des Ardzrouni ; Sahag, évêque des Reschdouoi ; Basile, évêque de Mog ; Kat, évêque de Vanant ; Elisée, évêque des Amadouni ; Eghpaïr, évêque des Antzévatzi ; Jérémie, évêque des Abahouni.

Tous ces évêques, beaucoup de chorévêques, de vénérables prêtres de différents lieux, d'un commun accord avec le clergé, et réunis ensemble à Ardaschad, avec le consentement des grands satrapes et de tout le peuple, firent cette réponse à l'édit :

« Joseph, évêque, du consentement de tous les fidèles, des plus grands aux plus petits, à Mihr-Nersèh, grand

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intendant des Arik et des Anarik, ami sincère de la paix ; salut à toi et i\ tous les officiers supérieurs des Arik.

(( Suivant les préceptes divins, nos ancêtres nous ont transmis la coutume de prier pour le roi, de demander sans cesse à Dieu pour lui une longue vie, afin qu'il gouverne avec bonté l'empire que Dieu lui a confié; car c'est dans la paix qu'il nous accorde de passer notre vie dans la santé et dans le service divin.

« Relativement à l'édit que tu nous as adressé, il fut un temps où un des chefs de vos mages — des plus instruits dans votre religion, et que vous teniez pour plus qu'un homme — crut au Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, réfuta dans le détail et fit voir l'erreur de votre culte. N'ayant pu le réfuter, on le lapida par ordre du roi Ormizd, Si tu ne nous en crois pas, lis les livres de ce mage qui sont répandus en divers lieux de ton pays, et tu en auras la preuve.

« En ce qui concerne notre religion, elle n'est pas invisible, elle n'est pas prêchée dans un seul coin du monde, mais elle est universellement répandue sur toute la terre, sur les mers, sur les continents, dans les îles ; non seulement en Occident, mais en Orient, au Nord et au Midi ; enfin elle est pratiquée partout. Elle n'a été fondée par l'homme, ni imposée par des chefs de ce monde ; mais sa force est en elle-même. Elle n'est pas seulement supérieure, si on la compare aux autres religions, mais son institution infaillible lui vient du ciel, non par convention, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu, et il n'y a personne en dehors de lui qui lui soit supérieur ou inférieur. Car il n'a pas eu de commencement pour être Dieu, il est éternel en lui-même ; il n'est pas contenu dans tel ou tel lieu, mais il est contenu en lui-même; il n'est pas soumis au temps, mais le temps n'existe pas pour lui. Non seulement il est supérieur aux cieux, mais encore

à la raison humaine et à celle des anges. Il ne prend aucune forme et reste invisible; non seulement la main ne peut le toucher, mais nulle pensée ne peut le concevoir, je ne parle pas pour nous qui avons un corps, mais pour les anges incorporels. Cependant, s'il le veut, il se manifeste aux siens qui en sont dignes, sans qu'ils le voient avec leurs yeux ; et non pas à ceux qui ont l'esprit du monde, mais à ceux qui croient véritablement en Dieu.

« Son nom est : Créateur au ciel et de la terre. Mais comme il existait par lui-même avant le ciel et la terre, c'est lui-même qui est son nom. Il est éternel. Quand il voulut que les créatures eussent un commencement, il les tira, non de ce qui existait, mais du néant, car il est le seul être et toutes choses ont reçu de lui l'existence. Il ne les créa pas après les avoir réfléchies, mais avant de les créer il les voj^^it dans sa prescience. Comme maintenant aussi. Dieu connaît les actions humaines avant leur exécution, et lorsque l'homme agit bien ou mal ; ainsi, avant l'existence des choses, il ne connaissait aucun objet incréé qui fût confus ; mais, devant lui, toutes les espèces de chaque genre, les races des hommes et des anges s'offraient à lui en ordre et par catégories, ainsi que tout ce qu'il y aurait dans chaque espèce.

« Puisque sa vertu a tout créé, notre malignité ne pouvait empêcher sa bonté, comme cela eut lieu, et nous avons pour juge la main du Créateur. Les mains qui affermirent les cieux et la terre gravèrent sur des tables de pierre un commandement qui comprend des lois pacifiques et salutaires, afin que nous connaissions le seul Dieu, créateur des choses visibles et invisibles, et non tantôt celui-ci et tantôt celui-là, comme si l'un était bon et Tautre mauvais; mais lui seul est parfaitement bon.

« Et s'il te semble qu'il y ait quelque chose de mauvais dans les créations de Dieu, dis-le sincèrement, et tu

verras peut-être que c'est un bien. Tu as dis que les deif étaient mauvais, il y en a aussi de bons que nous appelons anges. S'ils l'avaient voulu, les dev même auraient été bons et les anges eux aussi seraient devenus mauvais. Cela se voit chez les hommes, et aussi chez les enfants d'un même père, dont l'un est docile et soumis et l'autre pire que Satan. Même on distingue parfaitement deux hommes dans un même individu ; quelquefois il est méchant, quelquefois il est bon, et celui qui est bon devient méchant et de nouveau il redevient bon, bien qu'il n'y ait en lui qu'une seule nature.

« Quant à ce que tu dis que Dieu, à cause d'une figue, inventa la mort, [je réponds] : un petit morceau de parchemin est moindre qu'une figue; pourtant, si on inscrivait dessus les paroles du roi, et que quelqu'un le déchirât, il mériterait la mort ; et pourrait-on blâmer le roi ? Que Dieu nous en garde. Quant à moi, je ne l'oserais pas et j'engagerais même les autres à ne point le faire. Dieu aurait été jaloux s'il n'avait pas défendu de toucher à cet arbre ; mais l'ayant défendu et ayant montré la douceur de son amour, l'homme qui n'en a pas tenu compte a mérité la mort.

« De plus, tu as dit que Dieu était né d'une femme : tu ne dois en éprouver ni horreur, ni mépris. En effet, Orraizd et Arimane naquirent d'im père et non d'une mère ; si tu y réfléchis, tu ne peux accepter cela. Il y a plus étrange encore, le dieu Mihr naissant d'une femme, comme si quelqu'un pouvait avoir commerce avec sa propre mère.

« Si tu déposais ton royal orgueil et que tu vinsses discuter amicalement, je suis certain que, comme tu es savant en toutes choses, tu ne trouverais rien d'exagéré touchant Notre-Seigneur né de la sainte Vierge ; tu reconnaîtrais que cette rédemption est supérieure à la formation de l'univers, du néant, tu attribuerais à la

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délivrance de l'homme du péché et à la miséricorde de Dieu le terme de la servitude.

« Quant à comprendre que Dieu a tiré lunivers du néant, sache qu'il a créé les êtres par sa parole. Dieu ayant créé le corps exempt de souffrances, l'aime comme un père, et étant lui-même incorruptible, il créa les êtres exempts de corruption. Adam s'étant volontairement perdu se corrompit, et ne put se relever lui-même. Il était poussière, et, s'étant tué lui-même, il retourna en poussière. Le châtiment ne lui vint pas d'une force étrangère de quelque méchant, mais de sa propre désobéissance à ne pas observer le commandement divin, et sa désobéissance fut punie par la mort à laquelle il fut soumis.

« Mais si la mort a été créée par un Dieu méchant, connaît-on l'essence de la mort ? En aucune façon ! On sait seulement qu'elle détruit la créature de Dieu. Et, s'il en était ainsi, ne pourrait-on pas dire que son œuvre n'est pas bonne, mais imparfaite et corruptible ? Et le Dieu dont les créations seraient imparfaites et corruptibles, ne pourrait s'appeler incorruptible. Laissez donc ces folies. Il n'y a pas deux gouverneurs par province ni deux dieux en une personne ; car s'il y avait deux gouverneurs qui eussent la hardiesse de devenir rois d'un même pays, la province serait divisée et les royaumes ne pourraient exister.

« Ce monde est composé d'éléments divers et opposés les uns aux autres. Mais il n'y a qu'un créateur de ces cléments opposés, qui les oblige à se combiner spontanément. Donc, en les divisant, on adoucit la chaleur par les brises de l'air, de même [on diminue] l'intensité du froid parla chaleur. Ainsi, il pétrit avec l'humidité de l'eau les plus petits atomes ; l'eau, liquide de sa nature, .se solidifie en se combinant avec la terre. Si tous les éléments étaient de même nature, un ignorant pourrait les considérer comme un Dieu incorruptible, et, en

négligeant le Créateur, il adorerait les créatures. Celui qui les créa voulut d'abord que les hommes, en observant le contraste de ces éléments corruptibles, ne reconnussent qu'un seul modérateur du monde, un seul et non pas deux, le même créateur des quatre éléments, d où sont sortis tous les autres par son ordre. Les quatre saisons qui s'accomplissent tour à tour, forment la période annuelle, et toutes les quatre observent les ordres de leur Créateur ; unies sans le savoir pour le bien général, elles n'intervertissent point entre elles l'ordre établi. •

« Voici une explication facile et à portée de tout le monde. Le feu, par substance et par force, est encore mêlé aux trois autres éléments ; il y a plus de chaleur dans les pierres et dans le fer et moins dans l'air et dans l'eau ; et il ne s'y montre pas par lui-même. Leau possède une autre qualité ; elle est mêlée également aux trois autres éléments ; il y en aune très grande quantité dans les végétaux, moins dans l'air et le feu. L'air pénètre dans l'eau et dans le feu, et par le moyen de l'eau [il entre] dans les cléments nutritifs. Ces éléments sont ensuite mêlés et combinés en un seul corps, sans jamais rien perdre de leur propre nature, et sans se détruire par leur opposition, parce qu'ils obéissent à un Maître simple par essence qui en dispose les composés pour la conservation de tous les vivants et pour le maintien de l'univers.

« Maintenant, si Dieu prend tant de soin des choses dépourvues de raison, il en prend bien davantage de l'homme, créature raisonnable. Un de nos grands savants l'a dit : « Le dieu Mihr était né d'une mère parmi les hommes ; il est souverain, fils de Dieu et vaillant auxiliaire des sept dieux. » Si l'on en croit ce mythe que vous admettez dans votre religion comme un fait réel, nous autres, nous n'y croyons pas, nous sommes disciples du

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grand prophète Moïse à qui Dieu parla dans le buisson et sur le Sinaï, devant qui il traça la loi et à qui il la donna. Il lui montra ce monde matériel qui est sa création, et son essence immatérielle, qui a tiré du néant la matière ; il lui montra que la terre avec les créatures terrestres et le ciel avec les corps célestes sont l'ouvrage de ses mains; que les anges sont les habitants du ciel et les hommes ceux de la terre ; qu'il n y a que l'homme et l'ange qui soient raisonnables, et que Dieu seul est supérieur aux cieux et à la terre.

« Toutes les créatures, sans le savoir, lui obéissent, sans jamais franchir les bornes prescrites. Il laissa à l'homme et à l'ange le libre arbitre parce qu'ils ont l'intelligence : en observant les commandements, ils deviennent immortels et enfants de Dieu. Il créa toute chose pour leur service, la terre pour les hommes et le ciel pour les anges. Mais, en désobéissant, en violant les préceptes et en se révoltant contre Dieu, ils obtiennent le mépris au lieu de la gloire, afin que la puissance soit irréprochable et que les coupables subissent la honte de leurs fautes.

« Si tu es dans l'ignorance, moi qui le sais fermement, je ne puis te suivre. Si je devenais le disciple de ton erreur, nous irions ensemble à la damnation éternelle, et moi encore plus que toi, parce que j'ai pour guide la parole même de Dieu : « Le serviteur qui ignore la volonté de son maître, sera puni s'il commet une faute, mais peu sévèrement ; mais celui qui connaissant la volonté du roi la transgresse, est puni durement et sans rémission.

« Je t'en conjure et je supplie tous ceux qui sont sous ton obéissance, qu'il n'arrive jamais que nous soyons punis durement ou légèrement ; mais vous tous et moi, ainsi que votre généreux monarque, soyons de telle sorte les disciples des saintes Ecritures, qu'il nous soit donné de nous soustraire aux tourments de l'enfer et au feu in-

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extinguible, pour hériter du paradis ; et grâce à cette vie, périssable de posséder les trésors inépuisables de Téteroité. Pour cela, que crains-tu ? Saisis promptement l'occasion de croire et deviens sans tarder le disciple de la vérité.

« Parmi les anges immortels, il y en eut un qui, s'étant révolté, quitta le ciel. Etant venu sur cette terre, il proposa, par des paroles flatteuses et mensongères, un espoir irréalisable à l'homme ignorant et sans expérience ; comme un enfant avec un jouet, il lui conta des merveilles pour lui faire manger du fruit d'un arbre auquel il n'était pas permis de toucher, en lui disant qu'il deviendrait Dieu. L'homme, oubliant l'ordre de Dieu, fut séduit par la ruse ; celui qui était immortel fut perdu et manqua le but trompeur Expulsé, pour cette raison, de la terre des vivants, il fut chassé dans ce monde corruptible où vous habitez, trompés par la même erreur, non en goûtant au fruit de l'arbre défendu, mais en appelant la créature Dieu, en adorant des éléments, en fournissant des aliments aux dev qui sont incorporels et en vous éloignant du Créateur.

« Cependant le méchant conseiller fut satisfait ; il voulut qu'on fît plus de mal encore qu'il n'en avait fait. Les dev en effet n'entraînent personne par la violence à la perdition, mais ils dirigent la volonté de l'homme vers le péché, et par la ruse trompent lesignorants, de même que les hommes entraînent leurs complices au vol et à l'agression. Ce n'est pas par violence, mais par séduction ils procurent dç grands maux : à l'un par des sortilèges, à l'autre par la fornication, à d'autres par une multitude de vices. Grâce aux juges équitables, la mort leur sert de châtiment, non que les juges soient les créatures du Dieu bon et que les coupables soient engendrés par le Dieu mauvais, puisque parfois les bons deviennent méchants et les méchants redevienuent bons.

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« Les vrais juges qui condamnent les malfaiteurs ne sont pas tenus pour méchants, on ne dit pas qu'ils fassent le mal ; au contraire, on les proclame bons et gens de bien. Ils n'ont cependant pas deux natures, mais une seule mais il y a en elle deux opérations ; ils condamnent les uns à mort et aux autres ils donnent des récompenses. Or, s'il arrive que, par un édit souverain, les hommes s'attribuent le droit de juger dans leur propre pays ; à plus forte raison. Dieu aura ce droit dans le monde, lui qui veut la vie de tous et non la mort. C'est pourquoi, partout où les crimes se sont multipliés, il les a punis par la mort ; et, lorsqu'on a obéi à ses commandements, il a accordé l'immortalité.

« Il est le vrai Dieu, Créateur de nous tous, celui que tu blasphèmes sans crainte et sans pudeur. En rejetant Je nom salutaire de Jésus-Christ, tu l'appelles le fils de Phantourag *, tu le regardes comme un imposteur, tu méprises et tu détruis la rédemption céleste, pour la

1. « Phantourag ou Phantoiir ne signifie pas charpentier. {Grand dict. de l'Acad. arm. de Venise. V''« Phagtour. Phantour) ; mais c'est un nom propre d homme qui n'est autre que celui de Panthéros, qu'une ancienne tradition juive, qui prit naissance au u*" siècle de notre ère, dit avoir été le père de Jésus-Christ. Celse fut le premier des écrivains qui nous sont connus, à relever cette calomnie OmcÈNE, Contra Celsum I, 28, 32). L'histoire fabuleuse de ce Panthéros forme la base de ce que les Talmuds nous disent de Jésus, et du fameux livre intitulé : Sefer tholedoth Jeschou, postérieur au Talmud. A ces renseignements que M. E. Renan a bien voulu nous communiquer avec son obligeance accoutum !5, nous ajouterons qu'un savant allemand du XVII» siècle, J. Ch. ^\ agf.nseil, a publié le texte et la traduction du Sefer tholedoth Jeschou, à la fin du t. II (p. 1" et suiv.) de son livre intitulé Tela ignea Satanue Altorf, 1681, 2, vi, 40), et il a réfuté dans une dissertation spéciale les calomnies que ce livre renferme, (op cit., t. II, p. 25-45). Au surplus. Voltaire, dans son Epître sur la calomnie, a fait également justice de cette absurde légende qui n'a trouvé grâce que dans la Guerre des dieux de Parny. — Cf. aussi le Dictionnaire de Bayle, art. Schomberg, note A, par Leclerc. » (Note de V. Lanolois, op. cit., t, II, p. 191, col. 1.)

perte de ton àme et de tout le pays. Tu devras en rendre compte et l'expier par le l'eu inextinguible de l'enfer, avec tous tes satellites, des premiers aux derniers. Ainsi nous connaissons Dieu et croyons fermement en lui.

« Lui-même qui créa ce monde, est venu, suivant la prédiction des prophètes ; il est né de la sainte Vierge Marie, sans aucun attouchement corporel, parce que du néant il a tiré cet incommensurable univers, sans aucun médiateur corporel ; il prit véritablement un corps de la Vierge immaculée, et non pas. sous une apparence fantastique. C'est le vrai Dieu et il s'est fait homme véritable. En cela il n'a pas perdu sa divinité, et, en restant Dieu, il n'a pas modifié son humanité, il demeure toujours le même. Comme on ne peut voir l'invisible, ni atteindre l'inaccessible, il vient et s'unit à l'humanité afin que nous nous unissions à sa divinité. Il ne jugea pas ignominieux de revêtir un corps qu'il avait fait, mais, comme Créateur, il l'a ennobli. Il ne lui concéda pas peu à peu le don de l'immortalité, comme aux anges incorporels, maiç il en a revêtu tout à coup son essence par le moyen du corps et de l'àme et il l'a uni à sa divinité. Il y a unité et non dualité ; depuis lors nous savons qu'il n'y a qu'un Dieu, celui qui préexistait à notre monde, et il est le même à présent encore.

« Jésus-Christ qui, par son incarnation, sauva le monde, a subi volontairement la mort ; et comme il a la conscience de sa propre divinité, il s'est fait chair, il est né de la Vierge immaculée, il a été enveloppé de langes dans une crèche ; les mages sont venus de l'Orient pour l'adorer; il a été allaité comme un simple enfant; il a grandi et, à l'âge de trente ans, Jean, fils d'une mère stérile, l'a baptisé dans le Jourdain ; il a opéré des miracles et des prodiges parmi les Juifs ; il a été trahi par les prêtres et condamné par Pilate ; il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli ot il est ressuscité le troisième jour. Il a apparu

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à ses disciples et à beaucoup d'autres au nombre de plus de cinq cent§. Ayant conversé avec eux pendant quarante jours, il s'éleva de la montagne des Oliviers dans le ciel, en présence de ses disciples, et il s'est assis sur le trône de son Père. Il a promis de venir une seconde fois avec toute sa gloire pour ressusciter les morts et renouveler le monde; pour juger avec équité les bons et les méchants, pour récompenser les justes et punir les pécheurs qui ne croient point à tous ses bienfaits.

« Nul ne peut nous détourner de notre foi, ni les anges, ni les hommes, ni le feu, ni l'eau, ni toutes les plus horribles tortures. Tous nos biens sont à toi, nous sommes devant toi, décide comme tu l'entendras. Si tu nous laisses notre foi, nous ne te changerons pas pour un autre prince sur la terre, mais nous ne changerons pas Jésus-Christ pour un autre Dieu, puisqu'il n'y en a pas d'autre que lui. Si, après ce témoignage solennel, tu veux autre chose, nous voici, traite-nous comme il te plaira. Si tu nous offres des supplices, nous devons les accepter ; si tu nous présentes le glaive, voici notre tête. Nous ne sommes pas meilleurs que nos pères, qui pour ce témoignage sacrifiaient leurs richesses, leurs biens, leur vie même.

« Alors même que nous serions immortels, s'il nous fallait mourir pour l'amour du Christ, nous le ferions avec raison, puisque lui qui est immortel nous a aimés à un tel point qu'il s'est soumis à la mort, afin que, par ce moyen nous soyons délivrés de la mort éternelle. S'il n'a pas épargné sa propre immortalité, nous qui volontairement avons choisi la mort, nous mourrons pour son amour, afin qu'il reçoive notice mort comme si nous étions immortels.

« Après cela ne nous en demande pas plus, puisque notre foi n'est pas engagée à un homm'e, mais qu'elle est liée indissolublement à Dieu. Nous ne nous trompons

pas comme des enfants ; mais nous ne pouvons mentir à nos promesses, ni maintenant, ni après, ni dans l'éternité, ni dans les siècles des siècles. »

Tous, grands et petits, s'accordèrent pour cette déclaralion, et ils jurèrent de l'observer jusqu'à la mort.

Lorsque la lettre arriva chez le roi, on la lut devant la grande Porte sublime, devant la multitude, et beaucoup l'approuvèrent. Quoiqu'ils redoutassent le roi, ils témoignaient à l'envi leur approbation, s'émerveillant de cette éloquence et de cette crànerie. Plusieurs, pris de peur, saisirent leurs armes, et on entendait partout les mêmes murmures.

Cependant le perfide chef des mages, de connivence avec le grand majordome, les dénonça secrètement et jeta le roi dans une effroyable colère. Il se mit à grincer des dents comme un homme blessé à mort et il dit dans le conseil suprême : « Je sais la malice de ces gens qui ne croient pas à notre religion et s'obstinent dans leur erreur. Je ne leur épargnerai pas les plus grands supplices tant qu'ils n'auront pas renié leur fausse religion ; l'un d'eux fût-il de mes proches parents, je lui infligerai le même châtiment. »

Le vieillard prit la parole et dit au roi : « Pourquoi cette grande tristesse ? Si l'empereur des Grecs ne peut te résister, si les Huns te sont soumis, qui donc au monde pourra s'opposer à ta volonté ? Parle en maître et on t'obéira proniptement. » Le roi appela à l'instant le chancelier et lui ordonna de rédiger un édit, différent des formules courantes, mais contenant des menaces, comme s'adressant à des êtres vils et méprisables, dont on avait oublie les grands et fidèles services, et il convoqua insolemment ceux qu'il connaissait et dont voici les noms :

Vasag, de la maison de Siounie ;

Nerschapouh, de la maison des Ardzrouni ;

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Ardag, de la maison des Reschdouni ;

Kûtécho, de la maison des Khorkhorouni ;

Vartan, de la maison des Mamigoniens ;

Ardag, de la maison de Mog ;

Manedj, de la maison d'Abahouni ;

Vahan, de la maison des Amadouni ;

Kind, de la maison des Vahévouni ;

Schmavon,de la maison des Antzévatzi.

Ces satrapes furent désignés par leurs noms à la Porte royale. Quelques-uns étaient déjà auprès du roi dans l'armée, les autres étaient cantonnés dans le pays des Huns; d'autres enfin étaient restés en Arménie.

Quoique séparés, tous, connaissant les intentions du tyran, se figuraient être réunis dans le même lieu. A l'appel de l'évêque Joseph, tous se rendirent du lieu de leur résidence à la Porte royale. Leurs frères, leurs enfants leurs compatriotes chéris, remplis d'angoisse, leur étaient un sujet de tourment, et en s'exposant à la mort sans la redouter comme des lâches et des poltrons, ils se berçaient de l'espoir de les délivrer de leurs inquiétudes.

Le samedi de Pâques, ils arrivèrent à la Porte royale et se présentèrent au grand roi. Bien que voyant leurs frères dans l'angoisse, ils ne laissaient pas soupçonner en public la moindre tristesse, et plus ils paraissaient joyeux, plus les méchants s'en montraient surpris. Il était d'usage quand la cavalerie arménienne, commandée par un général illustre, arrivait à la Porte, d'envoyer audevant d'elle un haut fonctionnaire qui s'informait du bien-être et de la situation de l'Arménie ; il répétait trois ou quatre fois la même question, inspectait les troupes, fêtait leur arrivée et les comblait de politesses avant de les envoyer au combat. Le roi, en présence des ministres et des grands du royaume, leur adressait des éloges, rappelait la gloire de leurs ancêtres et les actes de courage de chacun d'eux.

Cependant, ce jour-là on ne fit rien de semblable ; mais comme un mauvais démon, le roi ne cessait de soulever une tempête d'enfer, car cela ressemblait assez à une bourrasque furieuse. Le roi exhalait sa colère sur tout i'empire, hurlant comme un dragon, comme s'il avait voulu renverser du même coup les montagnes, les abîmes, les vallées, pour détruire en un instant la tranquille étendue des plaines.

11 cria furieux : « Je jure par le soleil, dieu suprême, qui éclaire l'univers de ses rayons, et dont la chaleur réchauffe toutes les créatures, que si demain matin, au merveilleux spectacle du lever du soleil, vous ne vous agenouillez pas tous devant moi en le proclamant Dieu, je ne vous épargnerai aucune des plus atroces tortures, jusqu'à ce que vous m'ayez obéi. »

Maisles fidèles, confirmés dans le Christ, que l'hiver ne pouvait refroidir, ni la chaleur échauffer, ne craignaient ni menaces, ni tourments ; les regards tournés en haut, ils voyaient la force du Christ qui venait à leur secours, îls se présentèrent donc au roi le sourire sur les lèvres et lui parlèrent avec modestie : « Nous te supplions, ô roi vaillant, lui dirent-ils, de prêter l'oreille à nos paroles et de nous entendre avec faveur. Nous venons te rappeler les temps du roi Sapor le père de ton aïeul Jezdedjerd, à ([ui Dieu donna la terre d'Arménie en héritage, avec la religion que nous pratiquons aujourd'hui. Nos pères et leurs pères lui furent soumis pendant les durs travaux de la servitude ; ils exécutèrent avec amour tous ses commandements et, à diverses reprises, reçurent des présents de sa main. Depuis ce temps jusqu'au moment de ton gouvernement paternel, nous avons gardé la même iidélité encore plus à toi qu'à tes prédécesseurs. ))

Ce disant, ils lui rappelèrent toutes les actions d'éclat, plus nombreuses que tous ses prédécesseurs ; quant aux taxes, tributs et redevances, le produit versé dépassait de

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beaucoup la somme versée sous le règne de son père. « La sainte Eglise, dès l'origine a toujours été libre dans le Christ chez nos ancêtres, tu l'as soumise à l'impôt. Et nous, cependant, par attachement pour ton gouvernement, nous ne nous y sommes pas opposés. Qui a pu exciter ta colère contre nous ? Dis-nous-en le motif. C'est peut-être notre religion qui nous a fait perdre ta bienveillance? »

Le roi cruel et malicieux répondit en détournant la tète : « Je regarde comme un mal de faire entrer au Trésor les tributs de votre pays et je tiens votre bravoure pour inutile, puisque par ignorance vous vous éloignez de nos lois infaillibles, vous méprisez les dieux, vous tuez le feu ', vous souillez l'eau, vous corrompez la terre en y ensevelissant les morts, et, en étant irreligieux, vous faites triompher Arimane. Bien plus, vous ne vous approchez jamais des femmes, et vous réjouissez beaucoup les dev en ne vous corrigeant pas et en n'observant pas la discipline des mages., le vous considère comme des brebis égarées et errant dans le désert, et je redoute fort que les dieux irrités contre nous ne nous en fassent porter la peine. Si donc vous voulez vivre et ranimer vos âmes, être de nouveau accueillis avec honneur, faites demain sans retard ce que je vous ai ordonné. »

Les bienheureux satrapes dirent alors devant tout le monde : « O roi ! ne nous dis pas cela, et que personne ne demande rien de semblable, parce que l'Eglise n'a pas été fondée par l'homme et n'est pas un don du soleil que tu crois faussement être un Dieu. Non seulement ce n'est pas un Dieu, mais ce n'est pas même un être vivant. Les églises ne sont pas le présent des rois, ni l'œuvre des artistes, ni l'invention des savants, ni le butin fait par les

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