‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 84 sur 117 · LES ÉPOQUE · texte numérisé non relu

LES ÉPOQUE

Lors de l'extinction de la race des Arsacides, la famille de Sassan le Perse s'empara de l'Arménie. Ce prince étendait son pouvoir avec la loi des mages et il avait guerroyé à différentes reprises contre ceux qui ne se soumettaient pas à leurs doctrines. Il commença ses attaques au temps du roi Arsace [IIIJ, fils de Diran [II], petit-fils de Tiridate, et il combattit jusqu'à la sixième année du règne d Ardaschès [IV], fils de Vramschapouh (Sdahr Schabouh). Lorsqu'il eut détrôné ce prince, le pouvoir passa aux mains des satrapes arméniens, et, bien que les impôts fussent envoyés en Perse, cependant toute la cavalerie arménienne était placée, durant la guerre, sous le commandement de satrapes. Aussi le culte divin, levant librement la tête, brilla en Arménie depuis le règne du roi des rois Sapor [Schabouh] jusqu'à la seconde année du règne d lezdedjerd [II], (Azguerd) roi des rois, tils de Bahram [V] CVram). Satan en fit son instrument, par le moyen duquel il lança tout son fiel, et il le remplit de iion venin comme un vase de choix. Le roi commença à menacer avec colère, et, en rugissant, souleva la poussière aux quatre coins du monde ; il regarda les fidèles comme ses ennemis et ses adversaires, et, furieux, la paix troublait son repos. Avisant la discorde, assoiffé de san'ï, il cherchait sur qui répandre son venin et choisis-

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sait le pays quil pourrait cribler de ses flèches. Pour comble de folie et ainsi qu'une bête féroce, il se jeta sur le pays des Grecs et s'avança jusqu'à Nisibe (Medzpin), dévastant, saccageant plusieurs villes romaines. Il brûla les églises, fit du butin, emmena des esclaves et sema l'épouvante parmi les troupes de la province.

Mais le bienheureux empereur Théodose, ami de la paix dans le Christ, ne fît pas résistance. Il envoya beaucoup d'argentpar un personnage appelé Anatole(Anadol), son général en Orient. Celui-ci arrêta la marche des Perses qui avaient envahi et pris la ville impériale et remit au roi les trésors; il en passa par toutes ses exigences et apaisa ainsi son implacable colère. Le roi rentra à Ctésiphon (Dizpou).

Lorsque ce prince indigne vit les progrès de son ini quité, il voulut l'accroître par un autre moyen, comme lorsqu'on jette du bois sur du feu. Partout où il soupçonnait, il frappait. Il détourna beaucoup de chrétiens de la sainte religion, les uns par des menaces, les autres parla prison et les tortures. Plusieurs subirent une mort affreuse, tous furent ignominieusement persécutés. Ayant vu qu'ils s'étaient dispersés de tous côtés, il manda ses conseillers. Ceux-ci étaient indissolublement attachés à l'idolâtrie; ils brûlaient d'ardeur comme une fournaise et voulaient réduire en cendre la foi de la sainte Eglise. Ils étaient plongés dans d horribles ténèbres et leur esprit assoupi dans leur corps ressemblait à un être vivant enfermé dans le sépulcre, sans qu aucun rayon de la sainte lumière du Christ vînt les éclairer. Ainsi, au moment d'expirer, les ours combattent avec rage, et les sages s'enfuient en les évitant, de même la douiination de ces hommes. Quand ils sont vaincus, ils ne le sentent pas; et quand ils sont vainqueurs, ils ne le comprennent pas. Lorsqu ils n'ont pas d ennemi extérieur, ils se battent et font la guerre à eux-mêmes. C'est à eux que le

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prophète s'adresse : « L'homme affamé se traîne et dévore la moitié de lui-même ». Le Seigneur a dit aussi : « Toute maison et tout royaume divisés contre eux-mêmes ne peuvent subsister. »

Mais pourquoi tant de peines? Pourquoi ces combats? Pour appeler au conseil ceux qui ont égaré ton esprit, ont changé l'incorruptible en corruption et entraînent ton corps que la mort corrompra, comme un cadavre que l'on rejette loin de soi? Tu le veux ainsi pour dissimuler tes iniquités ; mais quand tes forfaits seront dévoilés, tu verras quel en sera le dénouement.

Les mages dirent: « O roi valeureux ! les dieux l'ont donné la puissance et la victoire ; ils n'ont pas besoin en retour des hommages terrestres; ils exigent seulement que tu réunisses sous une seule loi tous les peuples qui vivent dans ton empire. Le pays des Grecs lui-même se soumettra à tes lois. C'est pourquoi, Sire, exécute promptement ton projet. Lève des troupes, rassemble des soldats, marche sur le pays des Kouschans, réunis tous les peuples, et établis-toi au delà des portes. Quand ils seront tous retenus et confinés dans des contrées reculées et inhospitalières, tes projets et ta volonté seront accomplis, et, comme nous l'apprend notre religion, tu régneras sur les Kouschans et les Grecs ne se révolteront plus contre la puissance. Mais surtout anéantis la secte des chrétiens. »

L'avis plut au roi et aux grands qui pensaient ainsi. On rédigea un décret que des courriers portèrent dans toutes les parties de l'empire. Il était ainsi conçu :

« A toutes les naliom de mon empire, aux Arik et aux Anarik, salut et bienveillance de notre part. Soyez heureux, car nous le sommes aussi à l'aide des dieux.

« Sans rien exiger de vous, nous sommes allé envahir le territoire des Grecs, et là, sans tirer Tépée, mais par îamour et la clémence, nous avons soumis tout le pays

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à notre autorité. Vous, soyez heureux et dans l'allégresse, et exécutez promptement ce que nous vous ordonnons. Nous avons conçu le projet formel de nous rendre dans les contrées de lOrient, et de reconquérir, avec l'aide des dieux, l'empire des Kouschans. Dès que vous aurez reçu ce décret, réunissez sans retard la cavalerie et venez me rejoindre dans la province d'Abar. »

Cet édit fut promulgué dans les pays des Arméniens, des Ibères (Virk), des Aghouank, des Lephin, des Dzotek, des Gortouk, des Aghdznik et dans beaucoup d'autres régions éloignées, qui anciennement n'étaient pas tenues de se rendre dans cette contrée. Dans la Grande- Arménie, on fît une levée de nobles et de fils de nobles, d'hommes libres et de personnes de sang roj^al, on en fit également chez les Ibères, les Aghouank, les Lephin. dans toutes les autres régions méridionales voisines du pays des Dadjik (Dadjgasdan) et du pays des Romains, des Gortouk, des Goths (Ket), des Dzotek et des Arznarz, qui tous étaient fidèles à la seule Eglise catholique et apostolique.

C'est alors qu'en pleine sécurité, ignorant les intentions perfides du roi, ces peuples se rendirent promptement à son appel et quittèrent leurs territoires avec une grande joie et avec des sentiments de fidélité pour le souverain, en maintenant avec une ardeur infatigable leur valeur militaire. Ils apportèrent avec eux les Livres saints et se firent accompagner parbeaucoup de religieux et de prêtres, après avoir réglé les affaires du paj^s, sans compter sur la vie : mais, en attendant la mort, ils recommandaient tour à tour [à Dieui leur àroe et leur corps. Mais bien que les projets du roi ne leur fussent pas connus, tous concevaient des soupçons, surtout lorsqu'ils virent la puissance des Grecs abattue devant lui ; alors ils saifligèrent intérieurement et furent saisis de découragement.

Cependant, en observateurs fidèles de la loi de Dieu, ils se souvinrent des paroles de Paul: « Serviteurs, obéissez à vos maîtres temporels, non pas faussement et en apparence, mais de bon cœur, comme si vous serv|ez Dieu et non un homme, car c'est Dieu qui vous récompensera de votre labeur. » Alors ils quittèrent docilement leur pays et, s'étant recommandés au Saint-Esprit, ils vinrent auprès du roi, accomplissant exactement ses ordres et faisant tout selon sa volonté. Mais le roi commença à mettre à exécution les avis que lui avaient suggérés les complices de sa cruauté.

Voyant l'organisation et la multitude de barbares venus volontairement renforcer son armée, le roi se montra très satisfait en présence des grands et des soldats. Il cachait au dehors ses desseins perfides, et, malgré lui, il les comblait de présents. Tout à coup il envahit les terres des Huns [établis à Test de la mer Caspienne] et qui s'appelaient aussi Kouschans.

Il guerroya contre eux pendant deux ans et ne parvint à les soumettre. Il licencia alors les troupes et en appela d'autres pour poursuivre la campagne. De cette manière, d'une année à l'autre, il implanta cette pratique et il fit bâtir une ville pour y établir sa résidence, depuis la quatrième année de son avènement jusqu'à la onzième de son règne.

Quand le roi vit que les Grecs tenaient l'alliance qu'ils avaient conclue avec lui et que les Khaïlenlourk ne faisaient plus d invasion par le défilé de Djor, que leur pays jouissait d'une paix profonde et qu'en outre il avait réduit à l'extrémité le roi des Huns, en dévastant beaucoup de ses domaines, tandis que sa puissance avait prospéré d'autant, il en donna avis à tous les temples du leu de son empire. Il fit immoler au feu des taureaux blancs et des boucs à l'épaisse toison, et rendit plus fréqi ents les sacrifices de l'abomination. Il conféra des dignités et des

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couronnes aux mages et aux chefs des mages, et ordonna qu'on confisquât aussi les richesses et les biens des chrétiens qui se trouvaient dans le royaume de Perse.

De celte manière, le roi s'enorgueillit et s'en imposa tant à lui-même, en se croyant un être supérieur à la nature humaine, non seulement à cause de ses victoires sur la terre, mais encore parce qu'il s'imaginait appartenir à l'ordre surnaturel. Aussi il dissimulait hypocritement ses prétentions orgueilleuses ; mais, en présence des sages, il se rangeait parmi les dieux. 11 se mettait en fureur contre le nom du Christ, lorsqu'il entendait qu'il avait souffert, qu'il avait été crucifié, qu'il était mort et avait été enseveli.

Dans son délire, il en parlait chaque jour, lorsqu'un des plus jeunes satrapes arméniens lui dit : « Sire, d'où as-tu appris ces détails sur le Seigneur ? » Le roi répondit : « On m'a lu les livres de votre secte. » Le jeune homme reprit: « Pourquoi, Sire, n'as-tu fait lire que jusqu'à ce point? Fais poursuivre ta lecture et tu apprendras sa résurrection, son apparition à un grand nombre de personnes, son ascension au ciel, où il est assis à la droite du Père ; la promesse d'une seconde apparition en vue d'opérer pour tous une résurrection miraculeuse et la rétribution définitive de son arrêt équih ble. » A ces mots, le roi partit d'un éclat de rire et dit : « Mensonge! » Le champion du Christ répondit : « Si les souffrances corporelles te semblent croyables, crois encore davantage à sa seconde et redoutable apparition. »

Là-dessus le roi s'enflamma de colère comme le feu de la fournaise de Babylone, et ceux qui l'entouraient, et les Chaldéens furent exaspérés. Le roi fit tomber sa colère sur le bienheureux jeune homme, qui se nommait Kiirékin. On lui lia les pieds et les mains, on lui fit endurer pendant deux ans de cruels supplices, et, après lui avoir enlevé sa dignité, on le livra à la mort.

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