CHAPITRE IX
COMME PERSONNE n'a MONTRÉ d'aVOIR COMPASSION DES PRISONNIERS.
Il y avait entre les frères mineurs un religieux de soixante ans, un autre de septante et le troisième d'environ nouante. Lesquels toutefois ces méchantes canailles ont tourmenté et battu aussi rudement et avec autant de cruauté que le plus fort et robuste de tous. Si les voleurs, meurtriers, bpute-feux et incendiaires sont menés au supplice, pour çxpier le crime qu'ils ont
commis, ils ne sont jamais tourmentés de cette façon, par quelque coutume que ce soit ; ils sont seulement exécutés à mort parles mains du bourreau, et contraints de subir la peine et supplice ordonné par le magistrat, en la présence du peuple, dont plusieurs témoignent par soupirs et larmes d'en avoir commisération. Mais ces bons et innocents captifs sont sans aucune condamnation, sans forme, sans ordre, et sans loi, menés et ramenés, traînés, battus et exposés à recevoir excès et outrages ; ils sont sujets à pâtir sous autant de bourreaux qu'ils ont de spectateurs. Ces vieillards étaient debout nus jusques à la poitrine, montrant un col maigre et ridé, meurtri et sanglant de plaies. Vous eussiez vu les deux du nom de Nicolas, lesquels outre les maux qu'ils avaient communs avec les autres, portaient chacun, pour signe de leur confession, une marque de couleur blafarde à l'entour du col, qui leur avait été faite en la prison de Gorcom du passage de la corde.