‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 126 sur 133 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

COxMiME LES CORPS DES MARTYRS FURENT ENTERRÉS.

Environ les trois heures après midi du même jour, un habitant de Gorcom, homme d'honneur et affectionné catholique, venant avec d'autres au lieu du supplice , trouva les corps des martyrs pendus du tout nus, et aussi vilainement mutilés et dépecés, principalement celui du vénérable père Hiérôme, lequel ayant le ventre et les côtes entr'ouvertes, était tourné vers une fenêtre, où les Gueux l'avaient ainsi mis, lorsqu'ils le fouillaient pour prendre sa graisse. Il y trouva aussi beaucoup d'enfants là accourus pour voir ce spectacle, se jouant par plaisir, et convertissant cette ignominie des saints martyrs en risée. De cette indignité étant grandement ému, retourna à l'instant à la ville et supplia ceux qui avaient commandement, que les corps des martyrs fussent enterrés. Ce qui fut enfin obtenu, moyennant quelque somme d'argent, se joignant aussi à cette supplication aucuns autres catholiques de Gorcom. A quoi Ton pourvut la nuit suivante, et fut exécuté par les mêmes soldats gueux qui avaient aux heures nocturnes fait et perpétré tant d'actes dignes de la nuit et des ténèbres. Et quand ce même catholique, qui avait eu soin de faire enterrer les corps des martyrs, retourna le lendemain du matin au lieu du supplice, trouva que l'on les avait enterrés étant emmoncelés tous en deux fosses. Car les corps de ceux qui avaient été pendus à la grande jooutre furent sous icelle enterrés en une même fosse, et les autres quatre furent mis sous l'autre en une plus petite fosse. Et même jusques à ce jourd'huy les corps de ces saints, comme nous croyons, sont et reposent en ce lieu-là au milieu des

Les Martyrs de Gorcum 355

ennemis de l'Église, jusques à ce qu'il ait plu à Dieu, étant apaisé par les mérites et intercession de ces saints martyrs, d'envoyer une paix de longtemps espérée à l'Église Belgique, et d'inspirer cette volonté et donner le pouvoir à ses affectionnés et fidèles serviteurs d'enlever ces corps saints de leur tombeau, et leur faire iuste honneur et révérence.

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