CHAPITRE II
COMME CE MARTYR A ÉTÉ PRÉDICATEUR DE LA PAROLE DE DIEU EN DIVERSES VILLES, ET ENFIN COMME IL EST VENU A GeR- TRUYBERGHE.
Guillaume, natif de Gaude, qui est une Délie ville de la Hollande, a été d'une grande éloquence et d'une bonne
Le martyre de Guillaume de Gaude 357
grâce à semer la parole de Dieu, et dès lontemps si bien versé en cette fonction, que sa vie était ornée par sa doctrine, et d'autre côté sa doctrine était recommandable par l'intégrité de ses mœurs. En ces deux points il avait été très soigneusement instruit etcultivé à Louvain, au monastère des Frères mineurs, où l'on observait exactement la discipline régulière, où il avait aussi offert son premier sacrifice de la messe en l'an 1565. De là puis après étant choisi et destiné pour servir à l'œuvre de Dieu, il fut envoyé en Hollande, et prêcha quelques années à Dordrec avec un grand fruit, au grand contentement et édification du peuple. Mais en l'an 1571, quand par la permission de Dieu cette cité vint en la puissance des Gueux, ayant perdu tout espoir d'y faire désormais aucun fruit, et s'étant élevée une persécution insupportable contre les prêtres et religieux, suivant le commandement évangélique, s'est retiré en une autre ville, à savoir Bréda, distante de là environ cinq lieues et pour lors étant encore sous l'obéissance du roi catholique. Où (tant à cause des étroites gardes des portes de Dordrec que du péril du chemin de toutes parts occupé par les soldats gueux) il arriva non sans spéciale assistance divine. Il demeura en ce lieu l'espace d'un an entier, y annonçant la parole de Dieu, selon la doctrine catholique, avec sa grâce et allégresse accoutumée. De là il fut appelé à Bois-le-Duc, pour y exercer la même fonction. Ce qu'ayant entendu quelques bons citoyens de Gertruyberghe (qui est une ville aux frontières de Hollande et Brabant, assez près de Bréda) qui l'aimaient et chérissaient grandement, pour avoir autrefois ouï ses prédications avec grand contentement, le firent prier qu'il se voulût divertir quelque peu de son chemin, et venir à eux, afin que par quelque exhortation, avant que de passer plus outre, il les consolât, comme par manière d'adieu. Ce qu'il leur accorda volontiers, mû d'un zèle
ardent, et au lieu d'une, il fit en cette ville deux fort belles prédications par lesquelles il exhortait les citoyens à persévérer constamment en la foi, et les admonestait d'être sages par l'exemple et péril de leurs voisins (il entendait parler des Hollandais et Zélandais) et se mettre devant les yeux en combien grandes misères et ruines d'âmes et de corps ils s'étaient témérairement précipités, quand après avoir mis en arrière le soin de la religion, ils avaient admis l'ennemi de Dieu et du roi catholique dans leurs villes. Il ajoutait qu'ils étaient venus à ce point d'être athées et hommes sans Dieu.