‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 129 sur 133 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

COMME LA VILLE DE GERTRUYBERGHE FUT PRISE PAR l'eNNEMI, ET COMME LEDIT GUILLAUME FUT CONSTITUÉ PRISONNIER.

Cependant que le susdit Guillaume était encore à Gertruyberghe, il advint que les Gueux s'emparèrent de la ville par surprise. Ce fut le dernier jour du mois d'août, un peu avant le soleil levant, en l'an 1573. Incontinent qu'ils se virent maîtres de la place, ils firent une exacte recherche parmi toute la ville, jusques aux cachettes et lieux les plus secrets, pour y trouver des prêtres ou moines, ou même des soldats du roi, afin de premièrement les dépouiller, et puis après les mettre à mort. Le premier qu'ils rencontrèrent, ce futun nommé Guillaume Galien, prêtre et chanoine du lieu, en la personne duquel ces furieux-ci commencèrent le premier meurtre et assassinat. Son corps vilainement accoutré fut presque l'espace de deux jours nu et sans sépulture, étendu sur la rue. Le même est advenu aux corps des soldats du roi, lesquels étant recherchés et presque tous trouvés, furent mis en pièces. Et enfin les ayant mis sur des traî-

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noirs, ils les font mener aux remparts de la ville, et là les amoncellent comme bêtes, dedans deux fosses, et les couvrent de terre : les rues cependant étant arrosées du sang des occis à chaque pas. Plusieurs bons citoyens, pour avoir déclaré vouloir persévérer en la foi catholique, et au service du roi, furent pillés et travaillés de beaucoup de sorte d'afflictions. A cause de quoi la plus grande partie d'iceux quittèrent la ville et se retirèrent volontairement comme en exil. Tous les prêtres trouvés en la ville furent mis en prison par les Gueux, hormis deux, dont l'un était doyen du lieu, l'autre simple chanoine. Le doyen se nommait Arnould Swanc, natif de Gorle, qui depuis a composé en langue teutonique l'histoire du martyr, duquel nous traitons. Celui-ci, s'enfuyant vers les murailles, sauta outre le mur dans le fossé, il fut l'espace de quatorze heures continuelles caché dans l'eau jusques à la tête, étant aussi bien souvent contraint de se plonger la tête dans l'eau, lorsque les Gueux approchaient ou tiraient autour de lui. A grand'peine aussi pouvait-il contenir la véhémente toux qu'il avait acquise par la grande froidure, de peur que par ce bruit il ne fût découvert. L'autre, nommé Gaspar Jacobé, fut par l'aide de ses amis avalé outre les murailles et se cacha toute la journée dans une saulaie fort humide et marécageuse (comme il y en a plusieurs de semblables en ces lieux-là) jusques à tant que par le moyen de la nuit qui survint, ils se retirèrent tous deux en lieu de sûreté. Or entre ceux qui furent pris, le principal était le susdit Guillaume de Gaude, lequel, les mains étroitement liées derrière le dos (comme l'on fait aux plus grands malfaiteurs), fut incontinent présenté au juge criminel par les soldats, qui demandèrent qu'à l'instant il fût pendu. Ce qu'oyant ledit Guillaume, dit librement, et avec une belle résolution, qu'il était prêt à mourir pour la foi catholique, du reste que l'on fît de lui ce que l'on

voudrait. Ces barbares, irrités davantage de cette vertueuse parole, commencèrent avec pétulance et contumélie à se moquer de lui et l'outrager. Puis après ils le menèrent et constituèrent prisonnier en une chambre de la maison du susdit juge criminel, où ils lui mirent aussitôt les fers aux pieds. En cette même chambre était aussi prisonnier un religieux du même ordre, nommé Jean Vogelsang, prêtre et père confesseur des vierges religieuses du cloître de ce lieu, qui était fort légèrement vêtu et grièvement blessé à la tête. Lequel aussitôt que frère Guillaume eut aperçu, voyant qu'il avait un tel personnage pour compagnon de son affliction, il s'éjouit, en disant : « Je vous rends grâces, Seigneur Jésus- Christ, de ce que je suis réputé digne devant vos yeux de souffrir Topprobre de ces liens et prison pour la religion catholique, et que je suis ici envoyé pour participer aux couronnes de vos saints. Je vous supplie de me donner la force et le courage de persister constamment en cette confession, et que je ne me laisse aucunement séduire ni divertir de votre parole et foi apostolique, par quelconque fraude ou artifice du diable. » Lors après que l'on lui eut délié les mains, il est fait compagnon de Vogelsang. et loge en la même prison. Quand donc ces deux très vertueux personnages se virent seuls, ils firent l'un à l'autre, selon la coutume catholique, confession de leurs péchés, afin que, leurs consciences étant nettoyées, ils pussent avec plus de force et courage entrer au combat. Davantage, ils redoublaient leurs prières, par lesquelles ils recommandaient très affectueusement leur conflit à la divine bonté, la suppliant qu'il lui plût leur donner une constante patience en l'assaut qu'ils allaient soutenir pour son saint nom et pour la foi catholique. Avec ce, ils confirmaient leur résolution par l'exemple du Sauveur et de ses saints martyrs ; joint aussi l'espérance infaillible de l'heureuse

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et inestimable récompense, et par ainsi s'exhortaient l'un l'autre à souffrir constamment et d'un courage généreux, tout ce qui par la cruauté des ennemis leur serait ordonné.

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