‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 22 sur 133 · Histoire de la persécution, p · texte numérisé non relu

Histoire de la persécution, p

Introduction lxvii

Strange est torturé trois jours de suite sur le chevalet, et pendant trois autres jours il est suspendu par les bras à des anneaux de fer. Tandis qu'on le disloque sur le chevalet, un ministre anglican entre dans la salle et entame une polémique. Strange se tourne vers le juge et lui demande de faire mettre le ministre sur un chevalet lui aussi. (( Alors, dit-il, je répondrai, car il est entendu que dans toute discussion les adversaires doivent être dans des conditions égales, » Ces plaisanteries ne prennent tout leur sel que par la solennité des circonstances où elles sont prononcées. Comme Th. Strange, la jeune Margaret Powell est un pince-sans-rire. Le juge lui ayant dit qu'elle devrait embrasser la religion du royaume, « Oui, sans doute, dit-elle, mais j'attendrai que Messieurs du Parlement se soient mis d'accord entre eux auparavant. »

La mort offre un charme attirant à ces consciences fortes et saines. Au moment où le P. William Davis est condamné à mort, il entonne le Te Deiim auquel répondent ses quatre compagnons. Thomas Bullaker, à l'instant où est prononcée la sentence, s'agenouille devant le tribunal et récite les trois premiers versets du Te Deiim. Backworth au moment de sa condamnation dit : « Que Dieu soit loué et béni à jamais. » Cuthbert Maine dit : « Dieu soit loué. » Un long pressentiment du sort menaçant ne trouble pas ces âmes vaillantes. Marie Stuart écrit au duc de Guise (septembre 1586) : « Je leur ai déclaré que pour moi, je suis résolue à mourir pour ma religion, car bien qu'ils m'aient rendue quasi-impotente, pour cela le cœur ne me manquera. »

Cette mort attendue et souhaitée ne les trouble pas. Un cultivateur du nom de Milner laisse une femme et dix enfants. Le juge lui représente la misère où ils sont

plongés et d'où les tirera son abjuration. Milner entend ce discours, monte les degrés de l'échelle et crie au juge : (( Je veux être pendu. » Roger Wrenno, tisserand, fut pendu, la corde cassa, il tomba sur le sol évanoui, reprit ses sens, se leva et, sans plus d'explications, gravit de nouveau l'échelle. Cette Margaret Powell, dont nous venons de dire la jolie impertinence, ne retrouva toute sa gaieté qu'en recevant la nouvelle de sa condamnation à mort. Le sieur de Marsys la trouva « s'entretenant fort tranquillement avec quelques autres dames; à voir leurs contenances, on eût jugé que c'étoient ses compagnes qui étoient condamnées à mort et qu'elle étoit venue les consoler ». Au moment de partir pour le supplice, « jamais on ne la vit si gaie. » A cet instant, la grâce arriva. Le coup était rude, mais Margaret Powell « fit voir par sa résignation qu'elle n'aimoit pas tant la couronne que la volonté de celui qui la donne * ».

L'histoire des quatre fils de sir Richard Worthington est non moins belle. L'aîné avait seize ans, le plus jeune douze ans seulement. Tous quatre furent arrêtés au moment de s'embarquer pour la France, où ils allaient faire leurs études dans un collège catholique. Ils furent séparés les uns des autres, interrogés, menacés de mort. Comme ils ne livraient aucun secret, on les priva de nourriture. Pendant des mois entiers, ils reçurent de quoi les empêcher de mourir. On leur donnait le fouet, on leur faisait des promesses alléchantes. Tout fut inutile. On ne parvint pas à les faire assister au service protestant. Les deux aînés furent fouettés jusqu'au sang ; alors les deux plus jeunes réclamèrent le même traitement. Après six

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