GuizoT, La Civilisation en Europe, p
les soldats de la veille prirent la plume et racontèrent leurs prouesses. Mais ni d'Aubigné, ni Bèze ou Calvin, ni du Plessis-Mornay n'ont voulu faire place dans leurs récits au souvenir de ceux qu'ils avaient martyrisés et, eux se taisant, le silence fut profond, car il semble que, vers ce temps, les protestants aient eu seuls le loisir ou le talent d'écrire. « Dieu sçait, disait Brantôme en parlant des huguenots, s'ils sçavent bien dire et mal dire tout ensemble quand ils veulent. Il leur faut donner ceste gloire que ce sont esté les premiers de la France qui ont commencé à des mieux et mal dire et escrire et qui ont montré le chemin aux autres K » Cependant, les pièces d'archives, les mémoires, beaucoup d'écrits sont venus successivement à la lumière et ont singulièrement étendu le domaine de la vérité historique. Tandis que ces découvertes nous faisaient connaître les événements avec plus d'exactitude et nous aidaient à pénétrer les mobiles de la conduite des hommes qui provoquèrent ou qui tirèrent parti de ces événements, elles nous révélaient une société beaucoup plus complexe que celle dont nous nous étions composé l'idée. Au cours de ce livre, nous voyons les représentants héroïques du catholicisme donner leur vie avec une simplicité et une fermeté admirables ; dans ce volume nous groupons quelques épisodes qui éclairent d'un jour très vif la société catholique du xvi^ siècle. Ils nous montrent que les martyrs de ce temps ne sont pas des individus d'exception, mais qu'ils sont représentatifs du milieu dans lequel ils vivent. Ames vibrantes jusqu'à l'exaltation, mais indomptables et intrépides, faisant à leur foi catholique très aimée le sacrifice de leur vie. Anglais, Flamands et Français, loin d'être isolés et reniés, sont les mandataires officiels de la nation violentée à