‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 49 sur 133 · GUEUX, HUGUENOTS, PURITAINS · texte numérisé non relu

GUEUX, HUGUENOTS, PURITAINS

Dans V Introduction au cinquième volume de ce recueil j'ai dit combien j'étais éloigné de partager les passions qui emportent beaucoup de travailleurs dès qu'il s'agit de célébrer ou de dénigrer telle ou telle époque historique. J'ai montré que le moyen âge, comme l'antiquité classique, comme la Révolution française, ne sont pas matière à plaidoyer ni à réquisitoire. Le passé est pour nous une œuvre d'art mystérieuse et séduisante dont nous nous efforçons de résoudre l'énigme impénétrable. A quels excès ne s'est-on pas laissé entraîner pour avoir voulu faire de la Révolution française une histoire non seulement extraordinaire, mais surnaturelle et, pour tout dire d'un mot, miraculeuse ? Thiers, Mignet, Michelet, Quinet, ces incrédules, se sont pris d'une foi dévote à tout ce qui touchait à leur idole. Ces démolisseurs ont élevé des monuments et dressé des autels à leurs divinités tragiques, et il n'est point de malédiction et d'anathème dont on n'ait accablé le parfait honnête homme qui en écrivant les Origines de la France contemporaine entreprit de rabattre cette histoire « plus qu'humaine » sur le plan et à la mesure des autres histoires. Les paladins de Thistoire du moyen âge ont montré souvent une semblable intransigeance à l'égard des contradicteurs et des indifférents; il me suffit de le leur avoir reproché ailleurs et d'en rappeler ici le souvenir pour me tenir en garde de suivre leur exemple. Non que je me propose

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d'aborder le moyen âge. Avec son VIP volume, le Recueil des actes authentiques des Martyrs atteint l'époque de la Renaissance, et c'est de cette période fameuse que je veux parler.

La Renaissance, qui se confond chronologiquement, pour sa période la plus brillante, avec la Réforme, a vu une multitude de martyrs. La violence des actions égale le trouble qui règne dans les idées. De cette époque de désordre sans bornes et de splendeur inouïe, où la négation ne connut pas de bornes, où la force ne connut pas de limites, où la sainteté et le vice dépassèrent tout ce qui s'était vu depuis dix siècles, de cette gestation épique et parfois épileptique, la société moderne sortit. Depuis trois siècles, elle se ressent des affres de sa conception et de sa naissance, en proie aux mêmes disputes, victime des mêmes passions, livrée aux mêmes rêves, impatiente des mêmes besoins. C'est que « la crise religieuse du xvi^ siècle n'était pas simplement religieuse ; elle était essentiellement révolutionnaire* ». Depuis trop longtemps on s'est habitué à voir dans l'époque dont nous parlons le triomphe de la révolution introduite à titre permanent dans l'histoire moderne. Mais il y a eu alors et depuis beaucoup d'autres choses et de très grandes choses. Ce n'est pas dans ce livre qu'il convient d'exposer cet aspect fécond de la Renaissance par manière d'opposition avec son aspect stérile sur lequel on a insisté souvent et justement. Il ne doit être question ici que de l'héroïsme chrétien.

Dans l'énorme vacarme d'un siècle que remplissent les guerres civiles, les luttes européennes, toutes les violences publiques et privées, on perçoit à peine le cri de souffrance des victimes. Pendant les périodes d'accalmie,

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