Les Gueux sont possédés du démon
2. Lettre de Morillon, 7 juin 1556 ; B\v\y, Procès du comte d'Egmont, p. 297.
Les massacres des Gueux 197
ques gibets, mais les protestants y suspendirent les images des saints ' .
Les dévastations ne désolèrent pas seulement la Flandre et l'Artois ; elles s'étendirent jusqu'aux extrémités du Limbourg, de la Frise et de la Hollande, de Maestricht à Leeuwœrden, de Leeuwœrden à Amsterdam. Quelques villes furent protégées par leurs milices ; c'étaient Bruges, Mons, Cambrai, Lille, Douai, Arras, Béthune.
La gouvernante des Pays-Bas écrivait le soir du 22 août à Philippe II : « Sire, vous êtes trahi ; les traîtres sont le prince d'Orange, les comtes d'Egmont, de Hornes et de Hoogstraeten ^. » Elle ne se trompait pas. La correspondance de Brederode l'atteste. Il ne regrette qu'une chose, c'est que tels et tels n'aient pas été victimes des Gueux. « Mon Dieu, s'écrie-t-il, le beau jeu que ce fust esté ! Je n'eusse eu peur d'aultre chose que la fumée de ce feu ne fust esté si infecte de ce frit de tant de meschantes carognes que ceulx qui fussent esté esprins de la fumée, n'eussent tous eu la peste. Vive les nobles Gueus par mer et par terre ^ ! »
Dans la nuit du 23 août, la gouvernante acculée aux dernières extrémités, prisonnière dans sa capitale, comprit que la résistance ne lui était plus possible. Elle manda au palais le prince d'Orange et les comtes d'Egmontet de Hornes. « Je cède, leur dit-elle, mais c'est à la violence *. » Dès le lendemain deux messages importants sont portés de Bruxelles à Anvers et à Gand, annonçant que l'exercice de la religion réformée étant désormais affirmé et reconnu, il importe que tout rentre