LES VIOLENCES DES REFORMÉS D'ALLEMAGNE
Dans les principautés de l'Allemagne i, la foi, la conscience, les droits des catholiques, étaient opprimés sans aucun ménagement, mais néanmoins on ne vit jamais se produire les grossiers et publics outrages envers l'ancien culte qui, dans les nombreuses villes libres où la doctrine luthérienne s'était introduite, étaient devenus des faits quotidiens. Peu à peu, comme il fallait s'y attendre, l'affaiblissement du sentiment religieux suivit ces agressions brutales. C'est surtout aux cités libres que peut s'appliquer ce que Georges de Saxe écrivait vers la fin de 1526 : « On ne songe qu'à abolir les anciens usages et les lois de l'Eglise ; les monastères sont pillés, les prêtres expulsés ; on tire parti pour son propre avantage des biens consacrés à Dieu et à ses serviteurs. Mais ce qu'il faut le plus déplorer, ce sont les outrages et blasphèmes dont le très saint Sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ est tous les jours l'objet. L'impiété va si loin qu'on peut assurer en toute vérité que jamais aucune créature n'a été aussi indignement traitée que ne l'est parmi nous Notre-Seigneur Jésus-Christ. En même temps Marie, la sainte Mère de Dieu, la Vierge bénie entre toutes les femmes, l'armée céleste et notre mère l'Eglise chrétienne sont insultées de telle sorte qu'en
l.J. Janssen, L'Allemagne et la Réforme, 1892, t. III, p. 87 sq.
vérité nos Allemands surpassent en impiété les Tur [c] s euxmêmes. Par où nous pouvons assez comprendre combien nous avons peu à attendre de la miséricorde de Dieu, pauvres créatures que nous sommes. »
A Stralsund, sur les planches d'un théâtre de carnaval, le pape, le clergé, l'empereur, le Sauveur lui-même, étaient chaque jour l'objet des plus indécentes plaisanteries. Pendant plusieurs jours, les religieuses de Sainte- Brigitte, que les prédicants appelaient en pleine chaire les « courtisanes du paradis », furent criblées de pierres et d'ordures jusque dans leur chapelle ; plus tard, on les chassa de leur couvent, qui fut pillé, détruit, et dont on confisqua les biens. D'autres églises et monastères subirent le même sort ; les prêtres, tandis qu'ils célébraient la sainte messe, étaient brutalement arrachés de l'autel ; on profanait les tabernacles, on brisait les images et les crucifix, on foulait aux pieds les saintes espèces. Dans l'église Saint-Nicolas, le bourreau de la ville, en présence de membres du conseil et d'une nombreuse assistance, porta de tels coups à un prêtre que, « séance tenante, il perdit bien un seau de sang ». Un lecteur du couvent de Sainte-Catherine, également en présence du conseil, faillit être égorgé, et le syndic de la ville loua la générosité des conseillers qui avaient permis aux prêtres et moines volés, pillés et maltraités, d'aller où bon leur semblerait.
A Braunsberg, dans l'Ermeland, le bourgmestre Georges Rabe « tournait la messe en dérision tout en brassant sa bière et portait la santé des siens dans un calice ». Un autre bourgmestre, Léonard de Roder, revêtu d'ornements sacerdotaux, se moquait de la messe devant tout le peuple sur la place du marché. A l'installation d'un prêtre catholique, il s'écria un jour en pleine église : « Au loup ! au loup ! » donnant ainsi le signal d'un soulèvement populaire.
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A Brunswick, le jour de Pâques 1527, l'auditoire jeta des pommes pourries à la tête du prédicateur catholique, bientôt contraint de descendre de la chaire. L'année suivante, les autels furent détruits, les images de saints, les ornements d'église publiquement vendus, les calices et autres pièces d'orfèvrerie envoyés à la monnaie.
Des brisements d'images eurent lieu également à Hambourg; les biens ecclésiastiques furent confisqués, le culte catholique interdit, le couvent des religieuses cisterciennes d'Harvestchude, où les prêtres célébraient encore la messe, détruit de fond en comble ; une auberge s'ouvrit sur l'emplacement où s'élevait jadis le monastère.
A Wismar (1526), un « tumulte effroyable » épouvanta la ville. Des fagots, des tonnes de poix, furent apportés sur la place du marché ; on obligea les prêtres catholiques à soutenir une dispute publique avec le prédicant Neverus, ex-moine. Le peuple prétendait être juge de la dispute et menaçait de « sacrifier à Vulcain » le docteur incapable de faire triompher ses opinions.
De toutes parts, au nord, au sud de l'Empire, ce n'était que barbarie, brutalité, désordre.
On a inventé dans notre ville un étrange sabbat, écrivait Lachmann, prédicant d'Heilbronn (1527). « On y danse tout nu, on y blasphème la Cène du Christ, prétendant qu'elle ne vaut pas un fromage ; j'aurais honte de rapporter les dits exécrables qui y sont proférés ; à mon avis, l'autorité prend plaisir à ces indignités, à ces crimes, à ces querelles, aussi ne serais-je pas étonné s'il venait un jour pleuvoir sur nos têtes du soufre et de la poix. »
Même à Francfort-sur-le-Mein, ville autrefois si célèbre par la gravité de ses dignes échevins, sa bourgeoisie si honorable, ses mœurs pures, la licence prit la haute main. Le conseil se déclara impuissant en présence des agissements de deux prédicants, Meleander et
Algesheimer, lesquels tonnaient journellement en chaire contre le pape et le clergé, la confession, les jeûnes, et répétaient que le sacrement de l'autel n'était qu'eau et farine et la messe que l'œuvre du démon.
« Nous supplions très humblement Votre Grâce », écrivait le conseil de Francfort à l'archevêque de Mayence, qui réclamait l'expulsion des deux agitateurs populaires, « de daigner prendre pitié de nous, car nous ne saurions renvoyer les prédicants sans courir grand péril. Nous avons réussi jusqu'à présent à apaiser les troubles sans qu'une goutte de sang fût répandue, mais nous sommes très persuadés que les prédicants ne consentiront jamais à quitter la place. » La requête pleine de modération du conseil, demandant qu'on voulût bien laisser prêcher en paix le prêtre catholique Frédéric Nauséa et qu'on n'excitât point d'émeute dans sa paroisse, demeura sans effet, le peuple, pendant le service divin, se livrait « à des actes séditieux et tournait en dérision les choses saintes ». Un jour que la plus grande partie des conseillers prenait part à une procession, le peuple se livra à mille plaisanteries impies et, se jetant sur les saintes espèces, les détruisit. « La croix du cimetière enlevée, puis traînée jusqu'au Mein, fut jetée dans le fleuve ; l'orfèvrerie d'église, « donnée par de bonnes âmes pour l'ornementation des autels, » fut vendue sur la place du Marché, par mépris ». A la Saint-Pierre, comme le culte catholique était encore célébré dans la ville, les deux prédicants, du haut de la chaire, s'exprimèrent avec la dernière insolence sur le conseil, l'accusant de n'être pas sincèrement attaché à l'Évangile, et engageant la communauté à prendre l'initiative « afin qu'un tel scandale » fût promptement aboli. Un nouveau soulèvement populaire était imminent.
Les membres: du conseil ne rougissaient pas de prendre part à la guerre brutale et sauvage entreprise contre la
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religion catholique et le clergé. Le bourgmestre Nicolas Scheit, accompagné de ses gens, attaqua un soir sur la voie publique un chanoine de Saint-Léonard et le blessa grièvement. « Au moment où le clergé (15 mai 1527) portait processionnellement, selon l'usage, le Saint-Sacrement à Sachsenhausen, Bechthold de Reyn, Nicolas Scheit et autres conseillers organisèrent une sorte de farce de carnaval dans une maison située sur le pont et devant laquelle la procession devait passer. Ils placèrent à une fenêtre le simulacre d'un loup, garnirent les autres fenêtres de fourrures, au milieu des rires et des quolibets de la foule, et lorsque la procession revint, la populace rassemblée sur le pont vociféra des refrains impies, criant: Au loup! au loup! Le Saint-Sacrement, les fidèles qui le suivaient, furent insultés, honnis.
Le fait suivant fut apporté devant la cour de justice de Spire : « Le jour du Saint-Sacrement, des bourgeois de Francfort suspendirent à leurs fenêtres des culottes en guise de drap, puis ils semèrent d'immondices le chemin où devait passer la procession.
— Entre toutes les doctrines de Zwingle, celle qui fait de Dieu l'auteur du mal fut certainement la plus funeste et celle qui porta le coup le plus fatal à la piété et aux mœurs populaires ^
Dès 1525, le culte catholique fut proscrit à Zurich et, pour bien marquer sa rupture définitive avec tout le passé chrétien, le conseil fit « proprement disparaître et raser » dans les églises les tabernacles et les autels. On boucha les trous avec du plâtre. Dieu ne voulant être adoré qu'en esprit, toute image devait être détruite : « Quand bien même », enseignait un disciple de Zwingle, le prédicant Léo Juda, « nous posséderions réellement au milieu de