‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 65 sur 133 · J. Janssen, op. cit., t. III, p. 93 sq · texte numérisé non relu

J. Janssen, op. cit., t. III, p. 93 sq

nous le corps du Christ, il ne faudrait pas en faire si grand cas, caria présence réelle de Jésus-Christ n'a pas converti les Juifs. » « Les idoles d'argent et d'or » étaient une véritable abomination devant Dieu. Aussi le conseil s'empressa-t-il d'en «purifier les églises », et s'empara-t-il de toute l'orfèvrerie que renfermaient les sacristies. « Le saint butin » fut considérable, et surtout dans la cathédrale. Le trésor, pillé le 2 octobre 1525, contenait parmi beaucoup d'autres richesses: quatre bustes en argent des saints martyrs de Zurich ; quatre croix de grande valeur; quatre riches et lourdes monstrances ; une statue en or pur de la sainte Vierge pesant 60 livres ; des châsses artistement ciselées et ornées de pierres précieuses; un nombre considérable d'encensoirs ; deux riches missels, l'un orné de pierres précieuses, l'autre relié en ivoire ; dix calices d'or et beaucoup d'autres vases de prix, renfermant des reliques de saint Gall et de saint Charlemagne ; le livre d'heures de Charlemagne relié en or ; une nappe de communion estimée 700 livres, « où l'on voyait en une splendide broderie les images de Melchisédec et d'Abraham. » L'orfèvrerie d'or pesait environ un quintal, celle d'argent plusieurs quintaux; tout fut brisé et envoyé à la monnaie. Les étoffes de velours et de soie furent vendues « pour de modiques sommes à de petites gens, de sorte que, peu de jours après, on était tristement surpris, dans la ville, de voir des personnes de basse condition profaner dans la vanité et le plaisir les saints vêtements des prêtres. » La plus grande partie des livres d'heures, écrits et enluminés avec art, furent détruits par ordre du conseil. On vendit pour un prix dérisoire à des colporteurs, des relieurs, des apothicaires, la bibliothèque de la cathédrale.

Le butin fut encore plus riche à Notre-Dame, église collégiale fondée par les filles de Louis le Germanique. Le trésor, pillé le 14 septembre 1528, contenait entre

Les violences des réformés d'Allemagne 205

autres richesses : plusieurs croix en or massif ; une châsse en or ; une statue de la sainte Vierge pesant 60 livres ; une relique de Gharlemagne avec son portrait ; un evangéliaire recouvert d'or, d'argent et d'ivoire; puis des coffrets d'argent, des monstrances, calices, coupes, chandeliers, retables, d'un poids considérable ; outre cela, de riches tapis d'église et beaucoup d'ornements sacerdotaux artistement brodés. Tout ce qui pouvait être monnayé fut jeté au creuset.

Les prêtres, même en dehors du territoire de Zurich, n'étaient pas autorisés à dire la messe ; il était défendu aux laïques d'assister au saint sacrifice, et les réfractaires étaient menacés de châtiments rigoureux ; surtout, « sous peine de sévères punitions », il était défendu, même àl'intérieur des maisons, de conserver des gravures ou des tableaux religieux. Quelques conseillers ayant osé faire usage de poisson un vendredi furent, « pour cet acte séditieux et criminel », exclus du conseil; « chacun devant vivre conformément à ce que l'Eglise de Zurich tenait pour inspiré de Dieu et pour chrétien ». C'est ainsi qu'on entendait, à Zurich, « la sainte liberté chrétienne fondée sur la parole de Dieu. »

A Berne, tout prêtre qui, après une première punition, persistait à célébrer la messe était déclaré hors la loi. Tout laïque convaincu de porter sur lui un chapelet était passible d'une amende de dix florins.

On ne brûlait que les statues de bois ; celles d'argent ou de métal étaient soigneusement mises en réserve. C'est ainsi qu'on enleva du dôme de Saint- Vincent une châsse contenant le chef du saint patron de l'église et pesant 500 loths d'or ; un diamant estimé plus de 2.000 ducats ; une statue du Sauveur et une croix haute d'une aune et demie, toutes deux d'or pur, la première pesant 31 livres, la seconde 18 livres; trois châsses d'or contenant différentes reliques ; une monstrance de 330 loths

d'or, cinquante en argent doré; un encensoir pesant 8 livres d'or ; une statue d'argent de la Vierge surmontée d'une couronne d'or ornée de pierres précieuses, estimée 700 couronnes ; une châsse d'argent ornée de pierres précieuses pesant 190 livres ; quatre cent cinquante ornements sacerdotaux ornés de pierreries de grande valeur ; des chapes richement brodées, ornées d'agrafes d'or, la plupart en damas et velours, d'un travail exquis. Le grand orgue de trente-deux registres, admirable instrument, célèbre dans toute la contrée, estimé 15.000 florins, fut vendu par les membres du conseil 300 couronnes à Sion. Une partie des images, après qu'on eut d'abord enlevé l'or, furent jetées dans l'Aar ou enfouies dans le cimetière.

A Bâle une émeute éclata en février 1529. « Mille insurgés environ envahirent soudain la maison des douanes, le marché au blé et les rues adjacentes, braquèrent des canons sur la ville et demandèrent à traiter avec le conseil. Avant que celui-ci eût eu le temps de répondre, trois cents insurgés, pénétrant dans la cathédrale, se mirent à en briser les images avec une sorte de furie, tout en proférant mille blasphèmes. Ils s'emparèrent du grand crucifix et y attachèrent une longue corde ; une troupe de jeunes garçons de huit à douze ans le traînèrent jusqu'à la halle au blé, chantant : « Hélas ! pauvre Judas I » et autres chansons impies. Ils disaient par exemple : « Si tu es Dieu, défends-toi si tu es homme, saigne ! » Ils finirent par porter ce crucifix dans une boutique, et là ils le brûlèrent. Dans la cathédrale, l'église entière était jonchée de débris; telle statue n'avait plus de tête, telle autre plus de mains, on se serait cru sur un champ de bataille après la lutte. Les insurgés, insultant aux saints, se disaient les uns aux autres : « Regarde, regarde, ils saignent ! »

Le 25 février 1529, le conseil de Saint-Gall, pour satis-

Les violences des réformés d'Allemagne 207

faire la rage de destruction de la populace, autorisa le brisement et l'incendie des « idoles » dans l'église collégiale. A peine le bourgmestre Vadian eut donné le signal à la foule rassemblée dans l'église, « qu'elle se met à l'œuvre avec furie » ; aussitôt les autels sont brisés, les tableaux, les murs, les colonnes, tombent sous les coups de hache ou sont broyés par les marteaux. « On aurait pu se croire sur un champ de bataille », rapporte le protestant Kessler. « Quel tumulte, quel fracas, quel bruit assourdissant sous ces hautes voûtes! Au bout d'une heure, il ne restait plus rien d'intact, rien à sa place. Nul, pour emporter son butin, ne trouvait le fardeau trop lourd, nul n'avait peur de se hisser le plus haut possible pour atteindre une statue. Et les idoles de pierre et de bois tombaient sur le sol de tout leur poids, avec leurs niches et leurs supports, et les débris, précipités à terre, allaient s'éclaboussant au loin. Que de délicats ouvrages d'art, que de précieux chefs-d'œuvre ont péri dans ce désastre ! Les peintures de la table de communion, dans le chœur, avaient demandé dix ans de travail à l'abbé Francisco et les sculptures des boiseries avaient certainement dû coûter plus de 1.500 florins. Les stalles du chœur, d'un travail si beau, n'ont pas même été épargnées ; quarante voitures ont porté à Bâle des monceaux de débris. » Aussitôt on alluma un grand feu et tout fut jeté dans les flammes. Le brasier avait 43 pieds carrés, ce qui pourra faire juger de l'intensité du feu. Après que les admirables fresques représentant la vie de saint Gall et de saint Othmar eurent été recouvertes de chaux, les émeutiers revinrent aux chapelles latérales et s'y livrèrent àla même rage de destruction. La chapelle Saint-Jean fut changée en un atelier, celle de Saint-Jacques en un four à chaux. Avec les cloches le conseil fit fondre une énorme bombarde qui reçut le nom de Rohraff.

Page 1