‹ Les martyrs (volume 4)Chapitre 15 sur 59 · Nous citons le récit de Coudert, op. cil., p · texte numérisé non relu

Nous citons le récit de Coudert, op. cil., p

2. Théâtre sacré des Cévennes, ou récit de diverses merveilles nouvellement opérées dans cette partie de la province de Languedoc. In-8o de 156 pages. Londres, Rob. Roger. Epigr. (Act. 4, 20.) Nous ne pouvons que nous ne disions les choses que nous avons vues et ouïes. Inséré dans le 7« vol. de la Bibl. d'Aubais.

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sards qui prétend que les prisonniers avaient été faits par l'abbé du Chaila, à la tête d'une troupe de soldats, et qu'ils étaient les restes de ceux que ce missionnaire avait fait pendre sur-le-champ, ne trouvera sans doute pas mauvais que nous nous soyons abstenus de partager le ridicule d'un pareil récit. . .

« Mais si ces prisonniers n'étaient point les restes des cruautés de l'abbé du Chaila, ils furent le prétexte de celles des prophètes... »

Les révoltés s'étaient donné pour chef Abraham Mazel, paysan des environs de Saint-Jean-du-Gard, qui ne faisait rien sans consulter l'Esprit.

« Or, le dimanche 21 juillet 1702, raconte Mazel luimême, comme nous étions dans une assemblée près de la montagne de la Lozère, l'Esprit me saisit et m'ordonna, en m'agitant beaucoup, de prendre les armes sans aucun retard et d'aller délivrer ceux de nos frères que les persécuteurs tenaient prisonniers au Pont-de-Montvert. »

Au jour marqué par l'Esprit, une troupe de deux cents hommes armés part deBarre-des-Cévennes et arrive au Pont-de-Montvert à 10 heures du soir. Elle investit aussitôt le château au chant des psaumes et cherche à en briser la porte à grands coups de hache.

L'abbé du Chaila, croyant que ces forcenés ne veulent que l'élargissement des prisonniers, et ne pouvant prendre l'avis du commissaire de l'intendant qui était absent prend sur lui de les faire élargir.

La porte assiégée s'ouvre et les prisonniers sont remis à Mazel.

« Celui-ci, dont les vues n'étaient satisfaites qu'à demi reprend le prieur de Bernis, se présente pour entrer. On lui résiste. Une blessure mortelle le débarrasse de Roux régent des écoles ; les autres fuient. Il entre, il gagne l'escalier. Les deux soldats et les domestiques de l'abbé

s'y étaient portés à son insu ; ils font feu. Un des prophètes est tué, un autre blessé.

« Mazel, croyant la maison beaucoup mieux défendue qu'elle ne l'était, ne voulut pas en acheter plus cher les pièces hautes, puisqu'il était maître des basses .

« Enfants de Dieu, crie-t-il à ses gens, cessez votre attaque : elle nous arrêterait trop longtemps. Brûlons cette maison et tous ceux qui l'habitent. »

On entasse les meubles, on y met le feu ; bientôt la flamme s'élève, gagne les planchers et se répand dans les chambres hautes.

L'abbé du Chaila, voj'ant que l'élargissement des prisonniers ne calmait pas le tumulte, et comprenant qu'on en voulait à sa vie, se prépare et prépare rapidement les siens à tout événement ; il leur donne l'absolution, les exhorte à mourir en bons catholiques. Ceux-ci aimèrent mieux tenter de se défendre, et il ne resta auprès de l'archiprêlre que son cuisinier.

Le feu ayant pris- à sa chambre, il cherche à se sauver par la fenêtre à laquelle il attache les draps de son lit. Comme il avait une épaule quelque peu brûlée, la douleur lui fait lâcher prise trop tôt ; il tombe, se blesse gravement à une jambe et se voit hors d'état de fuir. Aidé cependant de son cuisinier, qui était descendu avec plus de bonheur, il se traîne dans des buissons qui servaient de clôture à une partie du jardin où il était descendu. C'est là qu'après avoir obligé ce fidèle domestique à se sauver, il fut aperçu par les assiégeants à la faveur de la clarté que l'embrasement du château répandait au loin.

« x\h 1 le voici, s'écrièrent aussitôt les Camisards, voici le persécuteur des enfants de Dieu, Te voilà entre nos mains : tu expieras aujourd'hui les violences que tu as exercées, pendant si longtemps, contre nos parents et nos amis. »

On l'aurait massacre sur-le-champ, si l'on ne s'était

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fait une loi de consulter l'Esprit sur toutes choses. Il est donc traîné sur le pont de la rivière du Tarn qui traverse le village, et l'on interroge le prophète Séguier

« Dieu ne veut pas la mort du pécheur, répond celuici, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Accordons-lui la vie, s'il veut faire parmi nous les fonctions de ministre de l'Eternel. — Plutôt mourir mille fois, s'écria [l'abbé. — Tu mourras donc, répliqua le prophète, ton péché est contre toi. »

« Aussitôt, tous s'élancent sur lui. Chacun veut jouir du plaisir de tremper ses mains dans son sang. .. On ne cesse de le frapper... Cinquante-deux blessures, dont vingt-quatre étaient mortelles, mirent celui qui les reçut et ceux qui les firent au comble de leurs vœux.

« Son corps ne fut qu'une plaie, dit l'historien-ministre qui a cru justifier cet aveu à la faveur des reproches sanglants dont il affecte de le faire précéder ^ . »

« Un exprès du Pont-de-Montvert, raconte LOuvreleul, alors curé de Saint-Germain-de-Calberte, me vint .donner avis, à Saint-Germain, de la mort de notre archiprêtre. Je la fis savoir en diligence à tous les curés mes voisins et je les priai d'assister au convoi funèbre...

« Il fut aussi solennel qu'il pouvait l'être...

« Il n'y eut personne qui ne fût attendri et ne versât des larmes à la vue du défunt, quand il arriva à Saint- Germain, le jour de sainte Anne, porté sur un brancard, nullement changé, ayant la bouche ouverte et les yeux fixés vers le ciel, le front un peu sanglant, avec un air de douceur qui effaçait les horreurs de la mort, en sorte qu'il semblait vivant. On le revêtit de ses habits sacerdotaux et on l'exposa dans l'église qui fat aussitôt remplie de monde. »

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