‹ Les martyrs (volume 4)Chapitre 16 sur 59 · Cf. Ms. ValeUe · texte numérisé non relu

Cf. Ms. ValeUe

« J'eus l'honneur de faire à sa louange un petit discours dont voici le précis et l'analyse :

« Je pris pour texte ces paroles tirées du vingtième chapitre du deuxième livre des Rois :

« Amaza, conspersus sanguine, jacebat in via :

« Amaza, couvert de sang, était étendu au milieu du chemin.

« Après mon prélude, je le comparai à ce fidèle officier de David. J'exposai ensuite sa naissance, son éducation, ses qualités naturelles, son agrégation au séminaire de Paris des Missions-Etrangères, son voyage de Siam, sa charité envers un jeune Siamois, appelé Pierre Hin, qu'il avait fait chrétien, mené en France, entretenu durant ses études, à Toulouse, et élevé à l'état ecclésiastique ; sa libéralité à l'égard des pauvres ; son zèle pour l'éducation de la jeunesse de l'un et de l'autre sexe, et des gens de la campagne ; ses soins pour l'établissement de bons pasteurs dans les paroisses des nouveaux convertis ; sa diligence et sa fermeté dans les affaires de la religion ; son industrie à terminer le^ procès ; son adressée connaître et à ménager les esprits ; sa subtilité à trouver des expédients dans toutes les difficultés ; son aflection pour tous les ecclésiastiques ; son exactitude dans la récitation du bréviaire ; sa modestie dans la célébration des saints mystères ; son assiduité au service divin ; sa gravité et sa ferveur dans l'exercice de la prédication ; sa piété envers le sacrement adorable de l'Eucharistie ; sa magnificence dans la décoration des églises et des autels ; son éloignement pour la conversation des femmes ; son onction pour aider les malades à bien mourir ; sa patience dans les traverses ; sa bonté envers ses domestiques ; son attachement au travail ; sa sobriété; ses jeûnes fréquents ; sa dévotion pour saint Joseph ; sa coutume de se lever tous les jours de grand matin ; son indifférence pour la délicatesse ; son hospitalité uni-

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verselle pour les passants ; le don qu'il avait fait de sa chapelle de vermeil estimée deux mille livres, de deux ornements complets, l'un de brocart et l'autre de moire, qui en valent mille, de quelques tableaux et de quelques nippes de sacristie, à l'église de Saint-Germain. Je n'oubliai point sa bibliothèque qu'il avait léguée à deux curés qui lui étaient entièrement dévoués ; ni la moitié de sa maison contiguë à la presbytérale, qu'il a laissée à celui de Saint-Germain et à son vicaire. Je parlai aussi de l'aumône qu'il avait faite, dans son testament, aux nécessiteux du même lieu, de toutes les provisions qui se trouveraient chez lui le jour de son décès, et aux bureaux de charité établis dans l'étendue de son archiprêtré, de la somme de cinq cents écus, dont la distribution serait faite selon le nombre des indigents. Enfin, je montrai que, comme Amaza, ministre du roi d'Israël, avait été tué pour avoir tâché de remettre des rebelles dans leur devoir, ainsi messire François de l'Anglade du Chaila, prieur de Laval, inspecteur des missions du Gévaudan, archiprêtré des Cévennes de Mende, avait été assassiné à l'âge de cinquante-cinq ans, pour avoir entrepris de réduire des gens révoltés à l'obéissance qu'ils devaient à l'Eglise et à leur prince .

« Je conclus par une exhortation aux pasteurs, mes confrères, fondée sur l'exemple de l'illustre mort qui était devant nos yeux.

« Il était déjà trois heures après midi quand nous le mîmes dans le tombeau qu'il s'était préparé lui-même, à l'entrée du chœur, quatre ans auparavant. »

Témoignages.

Témoignage de Salomon Gardez, secrétaire de M. du Chaila, qui « s'étant enfui dans la montagne, il revint le

lendemain mardi. Là, on lui apprit que ces attroupés entraînèrent l'abbé sur le pont où ils lui offrirent quartier pourvu qu'il voulût abjurer la religion catholique, et que, leur ayant répondu qu'il aimait mieux mourir, ils le tuèrent d'un grand ' nombre de coups de bayonnette, qu'il vit sur le pont grande quantité de sang qu'il avait versé. »

Témoignage de M. de Broglie ^ :

« Ils lui voulurent donner la vie, s'il voulait les prêcher et suivre leur religion, ce qu'il refusa avec beaucoup de courage, disant qu'il aimait mieux mourir *. »

Témoignage de Brueys, historien de cette guerre :

« S'il voulait éviter la mort, il fallait renoncer à sa religion, les suivre et faire parmi eux les fonctions de ministre de l'Eternel. — Il répondit qu'il mourrait plutôt mille fois. — Quelques-uns de la troupe insistèrent encore, en lui disant qu'il était bien opiniâtre de pouvoir garantir sa vie et de ne le vouloir point. — Il répliqua : qu'on lui ferait plaisir de la lui conserver, mais que s'il en avait mille, il les donnerait toutes pour sa religion. Sur cela, le prophète s'écria : « Eh bien ! tu mourras donc, ton péché est contre toi -. »

Nous possédons enfin un document que nous nous

1. Dépêche datée du Pont-de-Montvert, le 31 juillet 1702. (Dépôt de la guerre, vol. 1614, p. 36.)

2. Brueys, d'après les témoins suivants : le soldat Violette, échappé au massacre ; Dame Debaux ; veuve Des Marets. Brueys ajoute, après le récit du martyre : " Telle fut la mort cruelle mais bienheureuse de ce zélé serviteur de Dieu. » (P. 103.)

« La Providence voulut réserver ce soldat pour être un des témoins oculaires du martj're de l'abbé, car c'est de ce soldat qui s'appelait La Violette, de la femme du sieur Debaux et de la veuve du sieur Des Marets, qui rapportèrent ce qu'ils avaient vu et oui, que l'on a su, qu'après qu'ils eurent découvert l'abbé, ils se jetèrent sur lui en criant : Voilà ce persécuteur des enfants de Dieu, etc. » (Brueys, t. II, page 100-101, 2« éd., Montpellier, 1709.)

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reprocherions d'omettre. C'est une pièce officielle, rédigée le 5 août 1702 et revêtue de la signature de l'évêque de Mende et de trois autres personnages. Cette pièce raconte brièvement la scène du meurtre et se termine parées mots :

« Il a été pris et cruellement égorgé, après lui avoir offert la vie s'il voulait quitter sa religion pour laquelle il a généreusement souffert la mort,

« Signé : Chevalier, vie. gén.

« Labastide, Substitut du Commis des

Nobles ; « Bardon, maire de Mende . »

Et, plus bas, de la main de l'évêque :

« Etant bien informé de l'état de toutes choses et de la nécessité d'y apporter un prompt remède, nous approuvons la délibération.

« A Chanac, ce 9 août 1702.

f F. P., év. de Mende. »

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