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Singuliers prophètes, pour le dire en passant, qui obligèrent un grave auteur contemporain à écrire : « Jamais on n'a tant vu servir Dieu par des rebelles à leur souverain, annoncer l'Evangile par des cornets de sédition, chanter des psaumes par des assassins, prophétiser par des incendiaires et faire des miracles par des impudiques '. »
Le signal fut donné, vers la fin du mois de juillet 1702, par l'assassinat de l'abbé du Chaila, directeur des missions dansles Cévennes.
Dès le lendemain, d'autres catholiques furent massacrés, et tous furent menacés du même sort.
La répression de ces premiers désordres fut molle et insuffisante : Victor-Maurice de Broglie qui, depuis 1688, commandait les troupes du Languedoc, fit une apparition sur le théâtre du crime, mais se replia bientôt vers Montpellier, laissant à peine quelques soldats au Pont-de-Montvert, à Barre, au Colletde-Dèze, au Pompidou et aux Aires.
Le capitaine Foui, il est vrai, s'empara de trois des premiers meurtriers et les fit exécuter ; mais cette exécution ne fit qu'exaspérer leurs complices. Nicolas de Lamoignon-Bâville, intendant du Languedoc, et Broglie n'obtiennent pour le vaillant capitaine que des renforts insuffisants, quelques nouvelles recrues. Aussi les révoltés eurent-ils presque le champ libre.
Vers la fin de septembre, cependant, Broglie repai'aît dans les Cévennes et déploie quelque énergie. Peine perdue : des espions, nombreux et rusés, savent à propos avertir de son approche les bandes rebelles qui se meuvent à l'aise dans ces montagnes à elles connues. « On marche nuit et jour, écrit de Broglie, afin de les trouver ; mais le pays est si fort déclaré pour eux, que l'on ne peut parvenir à les rencontrer, ni à savoir qui leur donne des vivres. Dès qu'une pareille bande a quatre heures d'avance, elle se dérobe aisément, et il n'y a plus moyen de la joindre, principalement dans un pays tout plein de montagnes couvertes de bois, où les habitants les favorisent et ne veulent jamais les découvrir, quoique je mette en usage les menaces et