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L'Ouvreleul, t. II, p

crédulité des gens grossiers, brûlaient les églises, égorgeaient les prêtres, massacraient les catholiques et commettaient des cruautés inouïes, ayant passé la rivière de Vidourle, au passage de la Roque, le vingtième jour de septembre de l'an 1703, mirent à feu et à sang, sur les dix heures du soir, les deux villages de Saint-Sériez et de Saturargues, dont les habitants étaient anciens catholiques et recommandables par leur piété. Ils mirent le feu aux maisons, arrachèrent les enfants des bras et du sein de leurs mèreSj éventrèrent les femmes enceintes, n'épargnèrent ni le jeune ni le vieux, faisant main basse généralement sur tous ceux qu'ils rencontraient. Au lieu de Saint-Sériez, il y eut onze personnes massacrées, comme on pourra le voir dans la relation que nous avons écrite dans le registre de la paroisse de Saint-Sériez.

A Saturargues, il y eut soixante personnes mortes par le feu, ou par le fer, y compris ceux qu'on trouva morts dans les ruines des maisons, outre les blessés qu'on apporta à la présente ville de Lunel, lesquels, la plupart, avaient été blessés à coups de hache ou de poignard.

On verra les noms des morts dans le feuillet ci-joint que nous avons marqués par familles.

Les maisons de Saturargues ont été presques toutes brûlées, à la réserve de l'église et de la maison curiale, où ces fanatiques n'osèrent pas aller, crainte qu'il n'y eût quelques habitants de réfugiés et en état de défense.

Les maisons de Saint-Sériez ont été presque toutes brûlées. Le château de Saint-Sériez a été brûlé. La maison presbytérale et l'église n'ont pas échappé à la fureur de ces incendiaires. Le reste des habitants qui ont échappé au massacre, à l'incendie, se sont réfugiés dans la présente ville de Lunel ou dans celle de Sommières.

Le diocèse de Montpellier n'est pas le seul qui a

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essenti la fureur de ces hérétiques. Ceux de Mende, 'Uzès, de Nîmes et d'Alais ont été plus cruellement laltraités. On y compte trente prêtres, ou environ, gorgés ; presque toutes les églises des paroisses de la ampagne ou brûlées ou abandonnées ; un grand ombre de catholiques massacrés par les mains de ces leurtriers, lesquels, après avoir brûlé quelques villages u fait quelque expédition sanguinaire, chantent des saumes, en action de grâces, disent-ils, pour rétablir îur religion, qu'ils prétendent faire revivre par le vol, incendie, le meurtre, le carnage.

Fait à Lunel, ce quinzième jour de février 1704, en résence de M. Réginal Raymond, curé de Verargues, '. Antoine de Montpellier, capucin, lequel servait pour )rs ladite paroisse de Saturargues, Jean Peyronnet, ean Roquairel, Peyronnet, Roustan ; Raj^mond, curé e Verargues, etc.

oms de ceux qui ont été brûlés ou tués par les fanatiques au dit lieu de Saturargues :

Catherine Pourreil, femme de Pierre Fondât, âgée de vingtois ans.

Deux des enfants dudlt Pierre Fondut, âgés de quatre ans 1 environ, et Marie Fondut, âgée d'un mois. Gracie Vincent, femme de François Valentin, âgée de vingtnq ans environ, Elisabeth Valentin, sa fille, âgée de six mois. Jean Combet, âgé de vingt -cinq ans environ ; Marie Combet, i fille, âgée d'un an.

Pierre Mège, vingt-cinq ans.

Catherine Marazeil, femme de Jean Bataille, trente -cinq ans ; ;s deux enfants, Guillaume Bataille, neuf ans, et Antoinette ataille, douze ans,

Françoise Arnaude, femme de François Despeisse, trente et 1 ans, avec trois de ses enfants, Guillaume, six ans, Antoiîtte et Catherine, neuf ans.

Antoine Marquez, cinquante-cinq ans ; Florence Marquez, sa fille et femme de Jean Bonneil, trente-trois ans ; deux de ses enfants, Antoine, neuf ans, Jeanne, quatre mois.

Anne Marazeil, femme d'Antoine Jullian, cinquante-cinq ans.

Marie Guiraud, femme de Pierre Castel, trente ans. Deux de ses enfants, Marie Castel, douze ans, Barthélémy Castel, cinq mois.

Fulcrande Marazeil, femme de Pieri-e Durand, vingt-cinq ans, enceinte ; Catherine Sauton, veuve de Jean Serven, trente ans, et sa fille Florence, trois ans ; Jeanne Bruguière, femme de Louis Alarj', quarante-huit ans ; deux de ses enfants, Jean, dix-huit ans, Antoinette, six ans.

Etienne Marques, bailli de Saturargues, trente-huit ans ; deux de ses enfants, Antoine, quatorze ans, Etienne, un an ; Guillaume Bonnet, son domestique, dix-huit ans.

Osias Ribes, soixante-quinze ans ; Pierre Ribes, son fils, trente-cinq ans ; Jeanne Nicole, femme dudit Pierre Ribes, quarante ans ; Osias Ribes, douze ans ; Jean, neuf ans,

Pierre Bataille, soixante-dix ans ; Marie Marques, sa femme, cinquante-cinq ans.

Jeanne Bory, femme de Florent Rovière, cinquante ans ; leur fille Catherine, douze ans.

Jacquette Méjane, femme de Jean Rovière, trente ans ; son fils Fulcrand, quatre ans.

Agnès Alen, quarante-cinq ans ; son fils Pierre, cinq ans.

Gabrielle Guiraud, femme de Jean Vessière, quarante ans.

Barthélémy Vache, quarante ans ; sa fille Marie, huit ans.

Jean Bataille, soixante-quinze ans.

Catherine Nicole, femme de Pierre Fondut, cinquante-cinq ans.

Léonard Marqués, trente-cinq ans ; Marie, sa fille.

Marie Sudre, femme d'Etienne Laurent, consul de Saturargues, quarante-cinq ans.

Laurent Grivel, fils de Jean, dix-huit ans.

Michel Etienne, quarante ans.

La demoiselle de Recolin, de la ville de Montpellier, cinquante-cinq ans.

Pierre Fournet, de Lunel-Viel, chasseur de la Dame de

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Rochemaure, et Pierre Teissier, berger de Saint-Chrystol. Tous lesquels ont été enterrés au cimetière de Saturargues, ou sont demeurés ensevelis sous les ruines.

Fait à Lunel, le susdit jour 15" de février 1704.

RoQUAiROL. Peyronnet. Raymond Serre,

prieur de Saint- Sériez.

Ainsi signés dans le registre de l'église paroissiale de Saturargues. — Copié à Nîmes, Bibl. de la ville {le 4 avril 1899).

Un autre document résume ainsi ces navrants détails :

« Ces inhumains ont tué dans Saint-Sériez onze personnes et blessé deux.

« A Saturargues :

« Soixante et onze personnes massacrées ;

« Quinze hommes ;

« Vingt-six femmes, dont six enceintes, qui furent éventrées ;

« Trente enfants, plus quinze blessés, portés à Lunel et dont six moururent.

« Parmi ce nombre de fidèles, M. Pujol, médecin, vit sur le corps d'un pauvre homme un petit enfant de six mois, à qui l'on avait déchiqueté le visage et coupé la gorge à coups de dague ; il était encore emmailloté dans les langes.

« Il en aperçut six autres, depuis l'âge de trois ans jusqu'à six, à qui on avait coupé les bras et les têtes ; d'autres étaient grillés au milieu de leurs pères et de leurs mères. Il remarqua, entre autres choses, cinq femmes que ces meurtriers avaient ramassées autour d'une croix de pierre, qu'ils abattirent sur elles ; la terre est encore couverte du sang de ces illustres crucifiées. »

Cf. Relation de ce qui se passa à Saint-Sériez et à

lesImartyrs. — T. X. 4

Satarargiies, du diocèse de Montpellier, le 22 septembre

Bibliothèque de Toulouse (imprimé).

Cf. Histoire de Languedoc, t. XIV, p. 1806.

Fille de Jean de Lacroix, baron de Meyrargues, d'Uzès, M'"^ de Miraman-Latour était mariée depuis un an environ ^ Quelques affaires l'avaient rappelée de Saint- Ambroix, où son mari résidait, à Uzès, son pays natal.

Accompagnée de sa femme de chambre, d'une nourrice, d'un laquais et d'un cocher sans armes, elle se met en route.

A une lieue de Saint-Ambroixetà deux pas de Vendras, trois prophètes arrêtent sa calèche, se saisissent de son cocher et de son laquais, lui font mettre pied à terre, à elle et à ses femmes, chargent sa femme de chambre de sa malle, les lient tous et les conduisent dans la forêt de Bouquet -.

M""^ de Miraman, comprenant toute la gravité du danger, eut recours aux moyens qui, dans d'autres occasions, lui avaient si bien réussi, aux prières les plus touchantes, a Ne craignez rien pour vous, lui fut-il répondu ; mais le Saint-Esprit nous a inspiré de faire mourir ces deux hommes. »

« Elle les supplia en vain de leur faire grâce ; elle leur offrit même inutilement sa bourse, où il y avait cinquante louis d'or qu'elle avait touchés le jour précédent, avec ses pierreries qui étaient de grand prix. Ces meurtriers furent inflexibles. « Au moins, dit-elle, ne

1. Nous citons, en l'abrégeant, Couderc, op. cit., p. 154-160.

2. Cf. Histoire des troiilles des Cévennes, par l'abbé ^'alette, p. 189 e' siiiv.

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les tuez pas devant moi. » A quoi ils répondirent : « Eh bien ! Madame, nous vous contenterons ^ »

Alors deux de ces assassins menèrent à l'écart le cocher et le laquais et leur ôtèrent une partie de leurs liens pour les dépouiller de leurs habits qu'ils voulaient conserver en bon état. Le cocher, homme robuste, se sentant à demi délié s'élance sur son meurtrier et le renverse dans un ruisseau; celui-ci appelle son camarade qui, en accourant, permet au laquais de s'enfuir jusqu'à Saint-Ambroix.

Lorsque M"^^ de Miraman se vit séparée de ses deux domestiques, elle se sentit défaillir et pria celui qui la conduisait de lui permettre de s'appuyer sur son épaule. « Nous n'irons guère plus loin », répond le prophète. En effet, il la fait bientôt asseoir sur le gazon, place sa femme de chambre à ses côtés et se met à les garder le pistolet au poing.

Une heure se passe dans cette situation cruelle, pendant laquelle M™^ de Miraman entendit les coups de fusil qui tuèrent son cocher.

Enfin les deux prophètes arrivent. La dame renouvelle ses instances, donne sa bourse, sa ceinture d'or, un riche diamant qu'elle avait au doigt ; elle ouvre sa malle, en sort des linges de prix et les offre. On accepte tout, on se laisse toucher et on lui promet de nouveau la vie.

Mais survient tout à coup le féroce Beyl aiguë avec trois satellites dignes de lui. M"^ de Miraman qui, du premier coup dœil, devine toute la rage des nouveaux venus, en est épouvantée et tombe évanouie.

Ranimée par les soins empressés de ses femmes, elle implore, toute tremblante, le farouche Beylaigue et le conjure de lui laisser la vie. « Je veux tuer tous les

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