‹ Les martyrs (volume 4)Chapitre 5 sur 59 · Roland était né au Mas-Soubeyran, paroisse de Mialet · texte numérisé non relu

Roland était né au Mas-Soubeyran, paroisse de Mialet

2. Jean Cavalier, originaire du Mas-Roux, près de Ribaute, fui d'abord berger à Vézenobre, puis garçon boulanger à Anduze, Rentré à Ribaute, il se montra trop zélé huguenot et dut gagner Genève, où il travailla comme boulanger. En 1702, il reparut à Ribaute et ofï'rit aux révoltés un concours si actif et si habile, qu'on a pu dire de lui : « 11 personnifie en quelque sorte la guerre des Cévennes. »

Donnons ici les noms de quelques autres des plus fameux chefs camisards : Nicolas Joany, de Génolhac ; Henri Castanet, de Massevaque, près de Frajssinet de-Fourques ; Abraham Mazel, de Falguières, près Saint-Jean-du-Gard : Pierre-Esprit Séguier, de Cassagnas; Salomon Couderc, de \'ieljeu, paroisse de Saint-André-de- Lancize ; son frère Jacques, appelé Lafleur : Ravanel, des environs dCzès ; Abdias Morel, dit Catinat, du Cailar, près de Vauvert, et d'autres moins connus.

Ces chefs étaient ordinairement accompagnes par des prophètes, des prophétesses et des exterminaleurs, vrais bourreaux parmi lesquels Beulajgue, de Rochegude, près de Barjac, se fit une extraordinaire réputation de férocité.

Les martyrs des Camisards

cause de la blouse de toile qu'ils portaient sur leurs habits '.

1703. — Vers le commencement de cette année, Cavalier entreprit de soulever les huguenots du Vivarais. Il fut repoussé à deux reprises par le maréchal de camp de Julien, gentilhomme d'Orange, protestant converti.

Dans l'ancien diocèse d'Alais, la révolte prit des pi-oportions effrayantes. La cour était dans l'illusion et le roi mal informé. « Il est inutile, disait Mme de Maintenon, que le roi s'occupe des circonstances de cette guerre : cela ne guérirait pas le mal et lui en ferait beaucoup. »

Fléchier, mieux placé pour ne pas garder d'illusion, écrivait en parlant de ces forcenés :

« Tout le pays se soulève et se joint à eux. On a beau les poursuivre : on n'a pas assez de monde à leur opposer. Comme ils savent mieux les chemins et, qu'étant maîtres de la campagne, ils reçoivent de tous côtés des secours pour vivre et des avis pour se sauver, ils échappent toujours et tuent impunément les prêtres et les anciens catholiques. Cependant, les églises sont fermées, les prêtres fugitifs, l'exercice de la religion aboli à la campagne, et la frayeur répandue partout. »

La cour, au lieu d'envoyer des troupes à Broglie, le remplaça par le maréchal Nicolas-Auguste de La Baume- Montrevel.

Montrevel est à Nîmes le 15 février 1703. Peu de jours après, le 20, il inflige aux rebelles une sanglante défaite.

Cependant quelques catholiques s'organisèrent pour leur propre défense. On les nomma les Florentins, de la ville de Saint-Florent oîi commença le mouvement ; les Cadets de la Croix, aux ordres de Lacroix, consul de Saint-Sauveur-de- Grugères, au nord de Saint-Ambroix ; d'autres encore, recrutés

1. Le P. L'Ouvreleul donne une triple étymologie du mot Caraisard :

« La première, parce qu'au commencement de rébellion, qui leur arriva pendant les plus grandes chaleurs de l'été, ils portaient presque tous une casaque de toile, camisa.

« La seconde, parce qu'ils faisaient ordinairement leurs expéditions de nuit, ce qui s'appelle en terme de guerre donner la camisarde .

« La troisième, parce qu'ils occupaient les grands chemins, en langue vulgaire, camis. » (L'Ouvreleul, t. III, p. 127.)

sur divers points, à Saint-André-de-Valborgne, à Saint-Andréde-Roquepertuis et ailleurs.

A partir du jour où ces catholiques exaspérés eurent pris spontanément les armes pour courir sus aux bandits, le champ de bataille des Céveunes vit manoeuvrer dune part les bandes de Camisards noirs, et de l'autre les troupes régulières de Montrevel et les troupes irrégulières dont nous venons de parler et qui furent désigaées sous le nom de Camisards blancs (mars 1703).

Ces nouveaux venus se li\Tèrent, eux aussi, à de sanglants excès.

« S'étant fait des chefs à leur mode, croj-ant qu'il leur était permis, pour venger la religion outragée, de tout entreprendre et de ne rien ménager, ils firent main basse, sans distinction des innocents et des coupables, sur tous les nouveaux convertis qu'ils trouvèrent, et, animés d'un faux zèle quon ne saurait trop blâmer, portèrent le fer et le feu dans vingt endroits différents '. »

Ce reproche de cruauté fut adressé aussi aux troupes régulières. Humainement pailant, il nétait pas possible d'éviter des représailles. Elles ne furent jamais comparables à ces traits de sauvage cruauté qui déshonorent à jamais les Camisards. Ecoutez un des généraux qui les combattirent :

« Je sais, dit Berwick dans ses mémoires, qu'en beaucoup de pays on a voulu noircir tout ce que nous avons fait contre ces gens-là ; mais je puis protester en homme d'honneur qu'il ny a sorte de crimes dont les Camisards ne fussent coupables. Ils joignaient à la révolte, aux sacrilèges, aux meurtres, aux vols et aux débordements, des cruautés inouïes, jusqu'à faire griller des prêtres, éventrer des femmes grosses et rôtir des enfants. C'est aussi cette horrible conduite qui fut cause qu'il n'y eut jamais parmi eux que la lie du peuple ; s'ils avaient vécu en chrétiens et qu'ils se fussent seulement déclarés pour la liberté de conscience et la diminution des impôts, ils auraient engagé dans la révolte non seulement tous les huguenots du Languedoc,

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