‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 15 sur 75 · Moniteur universel, 19 ûoréal an VII · texte numérisé non relu

Moniteur universel, 19 ûoréal an VII

Captivité et mort de Pie VI 73

aux gens de la suite n'ont-ils pas des jambes pour Toyager, comme voyagent tous les jours les braves défenseurs de la République ! » Le délai fut accordé ; néanmoins Mgr Tarchevêque de Corinthe fît venir des voitures d'Embrun ; elles arrivèrent le lendemain, mais elles étaient telles qu'on ne pouvait en faire usage ; ceci occasionna un nouveau délai.

Le 7 juin, le commandant de place reçut Tordre d'enroyer toute la suite du Pape à Grenoble, le Saint-Père devait demeurer seul à Briançon. Lorsque cette nouvelle se répandit, une requête signée de tous les chefs de famille et même des municipaux et du secrétaire de Bérard fut présentée au général Mùller, à l'effet d'obtenir pour Sa Sainteté l'autorisation de suivre ses prêtres ; le Pape écrivit lui-même au général qu'il touchait au terme de sa vie, qu'il désirait être assisté par les ministres de la religion sainte dont Dieu l'avait établi Chef. » Le général refusa ; le seul père Fantini ^, confesseur du Pape, à qui l'âge avait enlevé une partie de sa capacité, fut seul autorisé à demeurer. Dans la soirée, les prélats, le père Pie de Plaisance, MM. Baldassari et Marotti firent leurs adieux à Sa Sainteté qui les bénit à trois reprises et leur dit : « Allez en paix, mes enfants, allez au nom du Seigneur, Dieu sera votre guide et votre protecteur, j'espère que nous serons bientôt réunis. » Un des prélats lui demanda les pouvoirs nécessaires pour se confesser mutuellement et célébrer la messe sur un autel portatif : « Oh ! oui, mes enfants, répondit-il, je vous donne tous les pouvoirs qu'il est en usage d'accorder dans les pays où régne une persécution ouverte contre l'Eglise. )) Ensuite il créa M. de Corinthe délégué apostolique, avec la faculté de subdéléguer. M. Marotti ditalors :

1. Jacopo Maltechia Fantini, de Livourne, en religion Jérôme de St-Jacques, ancien défîniteur général des Trinitaires déchaux.

« Plaise à Dieu, Saint-Père, que Texercice des pouvoirs que vous nous conférez aujourd'hui, ne nous soit pas interdit demain. » Sa Sainteté dit : « Jusque à quand écouterez-vous vos craintes et vos incertitudes ? Habeie fidiiciam. »

Le 8 juin, à l'heure du départ, Sa Sainteté voulut voir encore ses compagnons*. Il y a bien des apparences que le clergé constitutionnel ne fut pas étranger à cette manœuvre. Les citoyens Albertin, curé de Briançon, Voyron et Faure, vicaires, et plusieurs autres prêtres intrus s'efforcèrent de donner le change sur la nature de leurs relations avec le Saint-Père. Ils chantèrent, pour l'arrivée du Pape, un Te Deum, auquel ils invitèrent les ecclésiastiques de la suite ; mais toutes leurs avances furent repoussées. Ce qui put donner lieu au faux bruit de la présence des membres de la maison pontificale aux offices schismatiques fut l'arrivée à Briançon de prêtres italiens, fuyant devant l'armée austro-russe. C'étaient des patriotes, aussi furent-ils « accueillis avec les sentiments de la plus tendre fraternité » par le clergé constitutionnel dans l'église duquel ils célébrèrent plusieurs fois la messe. « Ce qui a sans doute donné lieu aux faux bruits que les ecclésiastiques du Saint-Père avaient assisté à l'office du clergé constitutionnel, erreur répétée par plusieurs journaux ^ D. La veille du jour où le départ du pape avait été annoncé, les citoyens Albertin, Voyron et Faure firent demander la permission de se présenter pour recevoir la bénédiction apostolique. Cette permission fut refusée 3. Après le départ des prélats, quelques prêtres schismatiques chargèrent une personne

1 . Les prélats et membres de la suite furent dirigés sur Grenoble par Embrun, Gap, Corps, Vizille. Là on leur annonça qu'ils seraient évacués sur Valence.

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