Archives nationales, AF. III, 608 dr
76 Les Mcutijrs
Valence, que de sa sûreté et des moyens de pourvoir à ses besoins avec les égards convenables.
Article IV. — Le présent arrêté ne sera point imprimé. Le Ministre de l'Intérieur est chargé de son exécution.
« Le Président du Directoire exécutif,
Merlin.
{( Le Secrétaire général^ La Garde.
« Pour ampliation,
« Le Ministre de Vlntérieur,
François de Neufchateau. »
Avant de s'éloigner de Briançon, Sa Sainteté eut à payer les dépenses faites pour lui pendant son séjour à l'hôpital.
<( Le Pape a fait remettre pour première indemnité la somme de 720 livres, laquelle a été employée ainsi que
suit :
« Payé à Victor Charbonnel, maçon, suivant sa quittance. . 60 livres » sols.
A François Chabas, suivant son acquit 4 livres »
« Payé à Aubert, pour vitres et pliants à coucher et autres objets, suivant son mémoire quittancé 70 »
« Payé à Genel, pour clous fournis 3 ^
« Payé à la Corden, pour raccommodage de rideaux. ... 9 16
« Payé au citoyen Gharbonnel- Salle, pour fournitures, suivant son état quittancé 98
Captivité et mort de Pie VI 77
« Payé au citoyen Pierre-Michel, pour fournitures, suivant son mémoirequittancé. ... 57 »
« Payé à la veuve Silvestre, apothicaire 3 »
« Payé au citoyen Jeancelme, pour rouleau de papier imprimé, suivant son état quittancé. . . 30 »
« Payé à Eyinard fils pour deux Journées 4 »
« Payé à Antoine Faure, pour quatre journées 8 »
« Payé à Antoine Garemboj^ boucher, suivant son état quittancé, pour viande fournie. . 184 D
« Payé au citoyen Salle, pour un quintal de sel et pour un voyage fait à Guillestre. ... 18 »
« Payé au citoyen Paul un reste de compte 15 »
« Payé au citoyen Escalonne, en reste des avances faites à l'Hôpital, suivant sa quittance ci-contre 123 b
« Payé à Aubert pour un châssis 6 >
<( Une aune trois quarts toile rousse 3 10
u Payé à Escalonne, procureur de la boîte des pauvres dont l'Hospice s'était prévalu. 18
Les dernières ressources de Sa Sainteté étant épuisées le Directoire décida que le voyage de Briançon à Valence serait à la charge des départements qu'on traverserait.
Les frais ne devaient pas dépasser 1. 800 francs, mais le ministre d'Espagne se chargea de fournir à toutes les dépenses ; en échange de ce procédé le général MuUer consentit à surseoir au départ jusqu'à l'arrivée du docteur Duchadoz. Cependant le commissaire du Directoire exigea le départ avant que M. Duchadoz fût à son poste, malgré les observations présentées par le chirurgien de l'hôpital, M. de Lapeyrouse et M Farnaud. « Le rapport du médecin sur la santé du Pape annonçait qu'il n'était pas transportable et qu'il pourrait périr en route », le commissaire déclara : « Que c'était là une imposture et que le lendemain matin le Pape partirait, mort ou vif. »
Le départ fut néanmoins retardé d'un jour. Le commissaire des Hautes-Alpes, Bontoux, venu à Briançon prendre livraison du Saint-Père prisonnier trace l'itinéraire à son collègue de Grenoble.
« 6 messidor, an VIII.
« J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen Collègue, que le Pape partira de Briançon octidi prochain pour se rendre à sa nouvelle destination. Voici le détail de sa route.
« Octidi, à Saint-Crépin ; nonidi, à Savines ; décadi, à Gap \ et primidi à Corps, premier gîte de votre département.
« Sa maison, lui compris, consiste en vingt-six indi> vidus. Il pourvoit lui-même aux frais de transport, et s'est procuré les voitures nécessaires pour l'effectuer. Le logement est conséquemment la seule chose qui nous regarde avec les moyens de sûreté.
« J'ai satisfait au premier en désignant, dans les lieux de gîte, les logements les plus convenables. Quant au second, quinze gendarmes m'ont paru suffisants pour l'escorte.
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« Je dois vous prévenir que le Pape étant paralysé de la moitié du corps, il a constamment besoin de quelques domestiques, de manière que trois lits doivent être préparés dans sa chambre, l'un pour lui et les deux autres pour ceux de ses gens destinés à le secourir dans ses besoins.
« Voilà, je pense, mon cher Collègue, tous les renseignements que j'ai à vous transmettre. J'ai eu soin de recommander en faveur de ce malheureux vieillard tous les égards dus à son âge et à ses infirmités.
a Salut et amitié,
« Signé : Bontoux. »
27 juin (9 messidor,) — Le Saint-Père fut transporté par ses gens dans le véhicule destiné au voyage. Le père Fantini s'assit à son côté. Morelli et un valet de chamr bre montèrent sur le siège. Le départ eut lieu le matin, par un temps de neige. Sa Sainteté demeura pendant le trajet dans un état d'assoupissement léthargique ; les heurts de la carriole le jetaient sur le père Fantini, trop impotent lui-même pour le secourir, en sorte qu'il céda sa place à Morelli.
En arrivant au torrent de Prareboul on trouva la population de Saint-Crépîn, le conseil municipal et les pénitents blancs portant le costume des jours de fête de la confrérie. Le Saint-Père fut déposé sur un lit dans la maison du médecin François-Etienne Aymard. L'état d'épuisement était tel qu'on s'attendait à le voir passer ce jour-là.
28 juin (10 messidor). — Afin d'éviter au Saint-Père les secousses du lit caillouteux du Mardanel, les habitants de Saint-Crépin obtinrent de transporter Sa Sainteté sur un fauteuil de bois jusqu'à la limite de leur commune, au torrent de Mardanel.
Le convoi traversa Mont-Dauphin, Saint-Clément.
Châteauroux et arriva en vue d'Embrun. Le commissaire Bontoux avait ordonné d'éviter la ville et de suivre le chemin appelé : le tour des portes ; mais devant la fermentation de la foule, il donna contre-ordre. Le Pape fut transporté dans la salle haute de la maison du sieur Miollan, ofiQcier municipal, où une collation lui fut servie. A l'heure du départ, un ouvrier sellier, nommé Catier, brisa un des anneaux de l'attelage afin que la nécessité de le réparer retînt quelques instants de plus le pape dans la ville.
A peu de distance d'Embrun, la carriole couverte oà reposait le Saint-Père dut franchir un torrent dont les eaux entraînaient des rochers et des arbres ; le véhicule faillit verser, la présence d'esprit d'un gendarme de Tescorte maintint l'équilibre.
A Savines, le gîte fut pris chez Grarnier qui tenait une auberge fréquentée par les muletiers. La marquise de Savines dont le commissaire refusa les ofiTres d'hospitalité eut peine à obtenir qu'on plaçât dans la chambre du Saint-Père un fauteuil et un canapé qu'elle avait envoyés.
29 juin (messidor). — Le Saint-Père désirait entendre la messe dont il était privé depuis deux jours. Il pressa le père Fantini de la célébrer, mais celui-ci n'osa en demander la permission au commissaire Bontoux A Chorges, chemin faisant, on rencontra le docteur Duchadoz, et on fit halte quelques instants devant la maison de M. Boul. On repartit au pas pour la Bâtie-Neuve et Gap. Le long de la route les populations des environs venaient réclamer la bénédiction du Saint-Père. A Gap, Sa Sainteté donna sa bénédiction à la foule sur la place Saint- Etienne, d'où on la conduisit dans la rue de Provence dans la maison de M. Labastie.
50 juin P^ juillet (12 et 13 messidor). — Le docteur Duchadoz exigea un arrêt de deux jours à Gap. Pendant la
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journée du 30 juin nulle personne ne put pénétrer auprès du Pape ; le soir seulement la famille de son hôte fut autorisée à le visiter dans le jardin. Le 1®"^ juillet, une amélioration « que les seules forces de la nature n'avaient pu produire » permit la présentation de l'administration départementale et du conseil municipal. Un conseiller municipal fît un discours auquel le Saint-Père répondit : Sit nomenDominihenedictum^ ex hoc nunc et usqiie in saecuîum ^ ; il serra ensuite la main de chacun des membres du conseil et de l'administration. Ensuite on lui présenta différentes personnes et il les bénit. Un prêtre assermenté, M. Escallier, co-curé de la cathédrale, vint s'agenouiller devant le pape et vint lui témoigner de son repentir ; son discours était en langue latine. Sa Sainteté le releva sur-le-champ des censures qu'il avait encourues. Le citoyen Real, commissaire du département de l'Isère, délégua le citoyen François- Amat Rolland, juge au tribunal civil de Grenoble pour accompagner le pape dans le voyage de Gap à Romans. Le commissaire Bontoux annonça le prochain départ de Gap pour le 2 juillet : « Ce ne sera donc qu'après-demain, vers les deux ou trois heures de l'après-midi, que le Pape arrivera à Corps. Il dînera immédiatement après son arrivée ; autant que possible, il faut se procurer une bouteille d'excellent vin et surtout une couple de belles truites. C'est lui qui fait la dépense en entier du voyage. » 2 juillet {14- messidor). — Dans la matinée de ce jour le capitaine de gendarmerie Tavernier, commandant l'escorte, vint prévenir le Saint-Père de l'heure de départ ; « Citoyen Pape, quand vous voudrez !... Les chevaux sont à la voiture. » Le Pape se fit descendre dans la voiture. A ce moment la foule encombrait la rue de Pro-
1 . « Que le nom du Seigneur soit béni maintenant et dans la suite
des siècles. »
▼ence, la place Saint-Etienne et se répandait sur la route de Corps. Sa Sainteté donna ordre de laisser ouvertes les fenêtres du véhicule et bénit alternativement à droite et à gauche la population agenouillée. La lenteur du convoi dans la montée Ba3^ard permit à plusieurs personnes de se trouver plusieurs fois sur le passage du pape, en prenant des rues de traverse. Une religieuse, chassée de son couvent par la Terreur, suivit Sa Sainteté jusqu'à Chauvet. On la vit s'agenouiller à tous les détours du chemin sans en excepter un seul. « Une jeune fille, Sophie Disdier, malade depuis longtemps, persuadée qu'elle se relèverait bien portante si elle pouvait s'agenouiller aux pieds du Pontife martyr, suivit sa voiture jusqu'au village de Lave. Pendant que le postillon changeait de chevaux, elle put traverser la foule et solliciter la bénédiction à laquelle elle attachait tant de prix. Pie VI la lui donna. Sa foi ne fut pas déçue. Elle se releva guérie et retourna à Gap rayonnante de bonheur * ». On suivait la vallée du Drac; «à Saint-Bonnet, les arbres étaient fleuris d'enfants » ; de Gratinel aux Baraques, sur an parcours de trois kilomètres, le convoi fut contraint défaire halte plusieurs fois à cause de la foule. On passa le Drac, et on entra à Corps. Le Saint-Père fut reçu par le sieur Rolland, juge au Tribunal civil du département de l'Isère et les conseillers municipaux ; on le conduisit au logis du citoyen Eymard, notaire, dont le salon fut transformé en chambre à coucher.
3 et 4- juillet [15 et 16 messidor). — Le Saint- Père fit le 3 juillet l'étape de Corps à la Mure. « Déjà, depuis trois jours, on s'occupait du logement de Sa Sainteté, fixé à l'hôtel Seynat par la municipalité, lorsqu'à la montée de Ponthaut, vers le moulin Arnaud, les deux commissaires témoignèrent leur surprise de ce qu'on eût choisi
1, Annmles du Laus.
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cet hôtel et désignèrent, * » la maison de M. Genevois. La fatigue du Saint-Père était telle que le médecin Duchadoz imposa une journée de séjour à la Mure. Le sous-comraissaire rendit compte de cette halte au citoyen Real, commissaire dans l'Isère.
« 16 messidor aa VIL
« Le Pape est arrivé hier ici, mon cher ami, un peu fatigué par la chaleur, mais, comme il s'est reposé aujourd hui, il sera demain en état de se mettre en route pour Vizille, où nous comptons arriver sur les neuf keures. Après-demain, nous partirons de Vizille au plus tard sur les six heures, et, par conséquent, nous serons à Grenoble aux environs de neuf heures. Il est utile de vous prévenir qu'il est à propos de mettre sur pied une force suffisante, pour écarter la foule des spectateurs, qui causerait quelque accident et qui fatiguerait beaucoup le Pape. Vous me ferez prévenir du lieu où il doit loger pour diriger sa marche, et pour que je sache où adresser une première voiture de suite qui arrivera deux heures avant nous... »
Quelques révolutionnaires imaginèrent une supercherie afin de se jouer de la foi des catholiques. Ils revêtirent un jeune homme d'un vêtement long, lui mirent aux pieds des mules du pape et retendirent sur un sopha dans une des salles basses de la maison de M. Geaevois ; ensuite ils fermèrent les volets et entr'ouvrirent la porte. Quelques personnes furent trompées tout d'abord et baisèrent la mule de cet imposteur, mais ce scandale fut très vite découvert.
5 juillet {17 messidor). — A six heures du matin, le Saint-Père quitta la Mure. Le convoi côtoya les lacs de Laffrey, et ensuite descendit la rampe du mont Couex et