‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 18 sur 75 · Lj'yrc de Raison de M, Genevois. Collection de M. Chaper · texte numérisé non relu

Lj'yrc de Raison de M, Genevois. Collection de M. Chaper

entra àVizille. Le Saint-Père fut reçu à l'entrée de la ville par M. Peyron, commissaire de la République, etconduit au château de Vizille dont les propriétaires MM. Arnold et Dubois, delà religion prétendue réformée, le reçurent avec courtoisie.

6 juillet (18 messidor). — Le Saint-Père partit de Vizille s'acheminant vers Grenoble où il devait être conduit au logis de la présidente de Vaulx, près de la citadelle. La population s'était portée au-devant du Saint- Père. De Briançon à Grenoble le concours du peuple avait été toujours égal sur un parcours de vingt-huit lieues^. «Tous les habitants des campagnes et même ceux des villes accouraient en foule sur son passage. 11 est vrai qu'une partie était poussée par la curiosité, qui pourtant se changeait bientôt en vénération. Mais le plus grand nombre venait par un sentiment de religion. A la vue du Pape, tous se tenaient en silence, silence majestueux, qui cédait de temps en temps à des expressions de respect et d'enthousiasme. Les personnes pieuses ne pouvaient s'empêcher de demander au Pontife sa bénédiction. Cette foule religieuse a entouré Pie VI et a suivi sa voiture jusqu'à Grenoble ^. » Monseigneur l'archevêque de Corinthe, Monsignor Caracciolo, Messieurs Marotti et Baidassari et le père Pie de Plaisance attendaient le Saint-Père au pied de l'escalier de l'hôtel

1. « La grande route passe au pont de Saint-Martin, à l'Abbessée, à Saint-Crépin, au pont de Saint-Clément à Châleauroux, à Embrun, au pont de la Clapière, au pont de Savines, à Chorges, au col de Saint-Guignes, à Brutinel, à Saint-Bonnet, aux traverses de Corps, à Corps, au Pont-Haut, à la Mure, à Lafirej', au pont et au bourg de Vizille, à Brié, à Tavernolles, à Eybens. » (de Montanel, Topographie militaire des Alpes. ^

2. Courrier universel, 30 messidor an VII « Nous pouvons ajouter d'après le témoignage de ceux qui accompagnèrent Pie VI depuis le 27 juin jusqu'au 6 juillet, que le journal n'a rien exagéré. » (Bal-

DASSARI.)

Capiivité et mort de Pie VI 85

de Vaulx. Madame de Vaulx l'attendait sur le premier palier. A la vue de Sa Sainteté, elle s'évanouit, mais elle put lui être présentée peu après. La santé du Saint- Père é lait fort satisfaisante ce jour-là. Le commissaire du département se tenait dans l'appartement du Saint- Père à qui il adressa quelques paroles courtoises que Sa Sainteté troublée par ces paroles mêmes ne releva pas. Un peu plus tard, le commissaire donna ordre de fermer les rideaux des fenêtres afin de décourager les rassemblements de la rue, mais la foule se mit alors à crier : « A bas le commissaire ! — Le Pape ! -— Le Pape ! > La foule commençait à s'échauffer ; on lui donna satisfaction et les serviteurs portèrent le Saint-Père près de ia fenêtre. Sa Sainteté n'avait pas eu le temps de quitter son habit de voyage : simarre blanche et manteau rouge. A sa vue, la foule s'agenouilla criant : « Vive le Saint-Père » et Sa Sainteté la bénit. Le commissaire du département se laissant voir debout et la tête couverte à côté du pape, on cria : <l A bas le chapeau I à bas le commissaire ! » Celui-ci ordonna de retirer le pape *• « C'est assez, c'est assez, retirons-nous ! » et il ferma la fenêtre.

Le Saint-Père séjourna à Grenoble les 7, 8 et 9 juillet (10, 50 et 21 messidor). Dans la matinée du 7 l'affaissement était tel que le médecin Duchadoz craignit un transport au cerveau ; néanmoins, vers le soir, les prélats purent soumettre à Sa Sainteté une affaire importante relative au diocèse de Paris, que le pape discuta avec beaucoup de présence d'esprit. Le citoyen Raymond, se qualifiant évêque de Grenoble, sollicita une audience de Sa Sainteté qui pour éviter jusqu'à l'apparence de communion avec le clergé constitutionnel lui fit renvoyer un message qu'il en avait reçu en ajoutant que le Saint-Père communiquait avec le titulaire du siège de Grenoble, M. Dulau d'Allemans. Pendant ces jours, Madame la

présidente de Saulx se multiplia au service du Saint- Père pour qui « elle oubliait son rang, sa délicatesse naturelle et semblait être devenue insensible à la fatigue. » Elle fut entendue en confession par M. de Corinthe de qui elle reçut le sacrement de confirmation, « car, disait-elle, la Révolution s'est hâtée d'arracher les évêques à leurs sièges, avant que j'aie songé, dans l'agitation du monde où je vivais, à recevoir ce sacrement. » Parmi les personnes qui furent présentes à Sa Sainteté se trouvaient des officiers, des prêtres assermentés mais repentants. A ceux-ci le Saint-Père dit : « Oh, qu'mn erravi est un consolant triomphe pour la vérité. »

Le 5 juillet, le commissaire Real avait signifié aux prélats l'ordre de se rendre à Dijon. Après un échange de pourparlers et l'intervention de M. de Labrador, ambassadeur d'Espagne, les prélats furent autorisés à demeurer auprès du Saint- Père à Valence à condition de voj'ager séparément. Ils précédèrent Sa Sainteté d'une journée.

10 juillet (22 messidor), — Les mesures d'ordre prises par le commissaire Real avaient prévenu la population du départ du Pape, en sorte que, le 10 juillet, avant le jour une foule compacte attendait l'apparition du convoi. Un piquet de douze hommes de la garde nationale veillant jour et nuit avait pour consigne d'écarter les ecclésiastiques, les femmes, de s'opposer à toute espèce d'attroupement. En quittant Grenoble le Saint-Père avait fait témoigner au commissaire Real sa satisfaction « des peines et des soins qu'on avait pris pour lui rendre soa voyage le moins incommode possible ^ ».

Dès trois heures du matin l'escorte, composée de six chasseurs, dix gendarmes, dix-huit gardes nationaux, commandés par un lieutenant attendit le Saint-Père dans

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