‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 25 sur 75 · Séance du 16 thermidor · texte numérisé non relu

Séance du 16 thermidor

la sentinelle eut la consigne de ne pas quitter Boveron toutes les fois qu'il approcherait du Saint-Père.

Plusieurs personnes parvinrent néanmoins à pénétrer jusqu'à Sa Sainteté, des femmes de qualité se déguisèrent en hommes afin de tromper les factionnaires. Lorsque le temps le permettait, on mettait le Saint-Père dans sa chaise roulante et on le promenait quelques moments sur la terrasse de la citadelle. Il put, par ce moyen, recevoir l'hommage de plusieurs personnes du dehors. Souvent les soldats du poste profitèrent de ce moment pour adresser des insolences à Sa Sainteté qui feignait ne rien entendre.

Dans ces promenades on enveloppait le Saint-Père dans un manteau rouge, lorsqu'il gardait l'appartement il était vêtu comme à Rome de blanc ou de violet avec bordure d'hermine, il portait la calotte blanche, la barette rouge et la croix pastorale.

Dans les jours de santé le Pape commençait la journée par la récitation des heures canoniales, il entendait deux messes ensuite et faisait oraison. Il travaillait avec les prélats. Il décida lui-même dans les affaires ecclésiastiques d'Espagne dont l'ambassadeur Labrador traitait avec lui. Sa Sainteté ayant rejeté certaine demande, l'ambassadeur revint à la charge. Le Saint-Père lui coupa la parole : « Monsieur, tous les rois du monde ne me feraient pas agir contre ma conscience. Pour plaire aux hommes je n'entends pas offenser Dieu, à qui je dois rendre bientôt le compte rigoureux de ma vie 1 »

M. de Corinthe insista ; il fit observer que le Saint- Père vivait des dons de l'Espagne ; le pape répondit : « Que personne ne pense que je sois capable de vendre mon âme pour prolonger ma vie de quelques jours. Le nécessaire ne manquera jamais à ceux qui se confient en la Providence. Je souffrirai la pauvreté et je saurai mourir ; mais à Dieu ne plaise que j'abuse jamais du

Captivité et mort de Pie VI 107

pouvoir qu'il m'a donné pour édifier et non pour détruire. ))

Cette difficulté n'altéra en rien les rapports du Saint- Siège avec l'Espagne qui continua à fournir à tous, les besoins du Saint-Père.

Le Pape dînait à midi, et souvent M. Tambassadeur vint y assister. En ce cas, Sa Sainteté lui faisait ofifrir un siège.

L'état de l'Eglise préoccupait Sa Sainteté. Il dit un jouràM. Marotti, secrétaire des lettres latines : « Mes souffrances sont grandes, sans doute, mais les peines de cœur le sont bien davantage , les cardinaux, les évêques dispersés... Rome, mon peuple !... l'Eglise ! l'Eglise !... Voilà, ce qui, nuit et jour, me tourmente ; en quel état vais-je donc les laisser ? » Le Moniteur apportait en effet les nouvelles suivantes : « On écrit de Rome que onze cardinaux ont été arrêtés et qu'ils seront déportés hors du territoire de la République. Cette mesure a uniquement pour objet d'éloigner les ennemis les plus dangereux du nouveau gouvernement *. » « On recueille les pièces nécessaires pour intenter un procès aux cardinaux qui se sont enfuis, et il paraît qu'on va les réclamer ». « Il y a quelques jours que nous avons vu arriver d'Ascoli, où il était évêque, le cardinal Archetti, accompagné d'un piquet de cavalerie française. On prétend que les cardinaux, gouverneurs et prélats, qui sont détenus au couvent des converties seront envoyés à Paris et de là à Cayenne ^. » Les cardinaux Albani, doyen du Sacré-Collège, Busca, d'York, Mattei, Gerdil étaient en fuite, le cardinal Maury gagna Venise déguisé en charretier, les cardinaux Doria, Borgia, Della-Soma-

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