‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 28 sur 75 · Roberjon à Curnier, 13 thermidor · texte numérisé non relu

Roberjon à Curnier, 13 thermidor

Captivité et mort de Pie VI 111

Mais à ce moment la maladie du Pape s'aggrava. Le sieur Curnier en profita pour communiquer en même temps aux administrateurs l'arrêté du Directoire et le rapport du médecin.

Certificat du médecin.

« Je soussigné, médecin à l'hôpital civil et militaire de cette commune, certifie que le Pape, par l'effet de l'âge et les suites de paralysie, a le mouvement des extrémités intérieures presqu'aboli et qu'il ne peut se tenir debout qu'à l'aide de trois ou quatre hommes. »

[Suit rénumération des infirmités du Saint-Père.)

« Elles augmentent sa faiblesse et sont causes qu'il est une grande partie du jour sans connaissance, sans mouvement, sans parole. Enfin depuis son arrivée de Briançon, on n'a pu le faire jouir des bénéfices de l'air *, par la difficulté de le hisser dans une voiture.

« J'estime que dans cet état et cette saison, il y aurait le plus grand danger à l'exposer à un voyage.

« Foi de quoi, j'ai signé le présent, à Valence, le 19 thermidor, l'an VII de la République.

« Signé : Blein. »

Le jour même, Curnier donna avis au ministre de l'Intérieur de cette constatation et du danger qui en résultait si on s'obstinait à ordonner le transport : « N'est-il pas de la politique du gouvernement français de conserver cet otage important le plus qu'il se pourra,

1. Ce fait me paraît en désaccord avec les renseignements recueillis à d'autres sources et qui mentionnent la promenade en chaise roulante sur la terrasse de l'hôtel du Gouvernement. Baldassari rapporte que la première fois que le Pape fut promené dans le jardin il dit en regardant le panorama de la vallée du Rhône : 0 che bella visia 1 »

puisqu'étant mort, on aurait bientôt procédé à l'élection d'un autre Pape qui, peut-être, d'accord avec les puissances coalisées, aiguiserait les armes les plus acérées du fanatisme contre la République Française, afin de grossir les légions de nos ennemis *. »

Sur ces entrefaites, le sieur Curnier fut destitué. Ses ménagements envers le Saint-Père inspiraient peu de confiance ; il fut remplacé par Brosset. Le Directoire accorda néanmoins le délai réclamé : « Je ne puis que vous inviter à apporter la plus grande surveillance pour qu'aussitôt que le permettra l'état de la santé du cidevant Pape], on ne néglige aucun moyen de donner la plus prompte exécution à l'arrêté du Directoire exécutif 2. »

Le 6 août, le Saint-Père demanda qu'on ouvrît en sa présence la neuvaine préparatoire à la fête de l'Assomption, lien suivit les exercices pendant les jours suivants. Le 15, il se fit porter de grand matin à la chapelle, entendit deux messes et communia à celle de Monseigneur l'archevêque de Corinthe. A son retour dans ses appartements il se trouva plus mal. Ce fut à ce moment que le commissaire Brosset entra et avertit les prélats que Ton ne pouvait plus différer le départ. Le Saint-Père l'ayant entendu dit : « Hélas 1 ils ne veulent donc pas me laisser mourir ici. » Le commissaire se montra inébranlable à toutes les représentations ; voyant cela Sa Sainteté dit : « La volonté de Dieu soit faite I »

Le 16 août, M. de Corinthe trouva le Saint-Père dans un état comateux contre lequel aucun appel ne put réagir. Le commissaire prévenu de cette aggravation vint la constater avec les administrateurs ; ils sollicitèrent en

Page 1