Quinette au Commissaire de la Drame. 26 thermidor
Captivité et mort de Pie VI 113
conséquence un sursis de départ faisant valoir outre les infirmités du Saint-Père, la sagesse du service d'ordre. « Indépendamment de ces motifs, ajoute le rapport, nous vous avouons franchement, citoyen ministre, qu'un petit intérêt local nous autorise à réclamer la personne du Pape dans la commune de Valence, et nous ne devons point vous dissimuler queles habitants de cette commune, peu industrieux et par conséquent peu fortunés, y trouvent quelques avantagés, dans les dépenses qu'entraîne nécessairement son séjour et principalement les personnes de sa suite * ».
Le 17, l'état du Saint-Père se modifia à peine.
Le 18, Sa Sainteté fut levée, mais sa raison demeurait troublée. Elle voulut réciter l'office canonial avec le Père Fantini, mais elle ne pouvait suivre les leçons et répétait les psaumes sans ordre.
Le 19, Sa Sainteté consentit à prendre de la nourriture et elle s'assoupit, mais il survint des vomissements. Morelli, qui veillait, entendit le Saint-Père pousser un gémissement ; il accourut et le trouva sans connaissance, les traits décomposés, le regard perdu, en proie à des secousses nerveuses.
Le 20, se déclara le hoquet. Sa Sainteté refusa toute nourriture. Le médecin Duchadoz fut mandé de Grenoble.
Le 23, les sieurs Duchadoz et Blein, médecin de l'hôpital, essayèrent quelques médicaments énergiques qui produisirent une amélioration passagère.
Le 24, à mesure que la maladie faisait du progrès, le Saint-Père reprenait possession de ses facultés intellectuelles, mais la parole était presque inintelligible.
Le 26, Sa Sainteté était dans la plénitude de ses facultés.
1. Les administrateurs de la Drame au ministre de l'Intérieur^ 27 thermidor.
LES MARTYRS. — T. XUl. 8
Le 27, Sa Sainteté demanda à se confesser, se fit revêtir du rochet, de la mozette et de Tétole et demanda le Viatique que M. de Gorinthe alla chercher processionnellement à la chapelle. Les gens de la suite l'accompagnaient portant des flambeaux. On déposa l'Eucharistie sur une table devant le fauteuil de Sa Sainteté qui s'inclina le plus profondément qu'elle put le faire et adora Notre-Seigneur quelques instants. Ensuite Monsignor Caracciolo, placé à côté du Saint-Père, lut la profession de foi à laquelle Sa Sainteté donna par signe un témoignage d'assentiment. Il posa alors la main sur le livre des Evangiles et dit : Sic me Deus adjuvet et haec Sancta Dei Evangelia *.
Le Père Fantini commença le Confîteor que le Saint- Père récitait avec lui. Au moment où M. de Gorinthe prenait la sainte hostie entre ses doigts. Sa Sainteté dit : « Seigneur Jésus-Ghrist, vous voyez devant vous le pasteur du troupeau catholique, il est exilé et il va mourir. Père très-clément, doux Seigneur, donnez le plus ample pardon à tous ses ennemis et à tous ses persécuteurs ; rétablissez à Rome la chaire et le trône de saint Pierre ; rendez la paix à l'Europe, mais surtout la religion à la France qui m'est si chère et qui a toujours si bien mérité de l'Eglise ^. »
Après la communion, le Saint-Père demeura seul avec k Père Fantini. Sa Sainteté baisait son crucifix et disait des paroles tirées de la liturgie :
De profanais clamavi ad te, Domine : Domine^ exaudi vocem meam.
Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam iuam.
1. Ainsi Dieu me soit en aide et les Saints Evangiles de Die«.