‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 40 sur 75 · INTRODUCTION DU CHRISTIANISME EN COREE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DU CHRISTIANISME EN COREE

Vers la fin du xvi* siècle, le royaume de Corée n'avait jamais entendu prêcher Jésus-Christ.

A cette époque, on put espérer que le jour de la miséricorde était arrivé pour ce pays. Taïko-Sama, maître absolu de tout le Japon, avait conçu le projet de conquérir la Chine. Pour se frayer un chemin, en l'an 1592, il fit envahir la Corée par deux cent mille hommes, qui battirent les Coréens et les Chinois venus à leur secours, s'emparèrent de cinq provinces sur huit, prirent la capitale, firent un immense carnage, et envoyèrent comme esclaves, au Japon, un nombre considérable de prisonniers.

La plupart de ces soldats japonais étaient chrétiens, car Taïko-Sama, qui avait secrètement résolu de faire disparaître du Japon la religion de Jésus-Christ, avait surtout employé pour cette expédition les princes et les seigneurs chrétiens. Il comptait, s'ils étaient vainqueurs, leur donner des apanages dans le pays conquis, et y transplanter de gré ou de force tous les chrétiens de son empire ; s'ils étaient vaincus, les abandonner sans secours et s'en débarrasser ainsi sans se donner Todieux d'une persécution ouverte.

La guerre se prolongeant en Corée, les princes et les seigneurs chrétiens, et surtout Augustin Arimandono, roi de Fingo et grand amiral du Japon, le principal et le plus zéié d'entre eux, firent de vives instances auprès du supérieur de la mission du Japon pour obtenir un prêtre. Vers la fin de 1593, le vice-provincial de la Compagnie de Jésus leur envoj'a le P. Gregorio de Cespedes, et un frère japonais nommé Foucan Eion. Ce Père et son compagnon forcés d'hiverner dans l'île de Tsoutsima, après une navigation assez longue et remplie de dangers, arrivèrent en Corée au commencement de 1594,

et gagnèrent la forteresse de Comangaï où résidait Augustin *. Pendant près d'un an, le P. de Cespedes exerça son ministère parmi les troupes japonaises. Mais un général païen, jaloux du prince Augustin, le dénonça à Taïko-Sama, prétendant que ses efiforts et ceux du P. de Cespedes, pour la propagation de la foi chrétienne, cachaient une vaste conspiration contre le pouvoir de l'empereur. Averti à temps, Augustin renvoya immédiatement le prêtre au Japon, et y retourna lui-même peu après, pour se laver de l'accusation, et l'affaire n'eut pas de suites fâcheuses.

La lettre annuelle de la mission du Japon raconte que le prince de Tsoutsima envoya à sa femme Marie, fille d'Augustin, deux jeunes esclaves coréens, de famille noble. La princesse envoya immédiatement le plus âgé au séminaire des Jésuites, et garda l'autre chez elle jusqu'à ce qu'il pût y être envoyé à son tour 2.

Dans sa lettre de l'année suivante, le P. Louis Froës parle encore des Coréens. « Cette année, dit-il, on a instruit beaucoup d'esclaves coréens, tant hommes que femmes et enfants, qui demeurent ici à Nangasaki, et dépassent, dit-on, le chiffre de trois cents. Il y a deux ans qu'ils ont été baptisés pour la plupart, et le plus grand nombre s'est confessé cette année. On voit clairement par l'expérience, que c'est un peuple très disposé à recevoir notre sainte Foi; ils sont très affables, reçoivent le baptême avec allégresse, et sont heureux de se voir devenus chrétiens. Ils aiment à se confesser, et en très peu de temps, le plus grand nombre a appris la langue japonaise avec tant de facilité, que presque aucun d'eux n'a besoin d'interprète pour le faire. Le vendredi saint, aussitôt que la nuit se fit, pendant qu'on apprêtait l'église dont les portes étaient fermées, et qu'on disposait les fonts baptismaux pour le lendemin, un Père et quelques Frères qui dirigeaient les préparatifs, entendirent

1. Lettre annuelle du Japon, de mars 1593 à mars 1594, écrite par le P. Pierre Gomez au P. Claude Acquaviva, général de la Compagnie de Jésus, Milan, 1597, — p. 112 et suivantes.

2. Lettre annuelle du Japon pour 1595, du P. Louis Froës au P. C. Acquaviva. Rome, 1598, p. 32 et suivantes.

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un grand bruit du dehors, près de la porte de l'église. Ils ouvrirent une fenêtre et demandèrent ce que c'était. Quelques hommes agenouillés avec une grande humilité répondirent : «( Père, ce sont les pauvres Coréens. Parce que nous sommes esclaves, nous n'étions pas prêts hier pour la procession, mais nous voici maintenant venus tous ensemble, pour demander à Dieu miséricorde et pardon pour nos péchés. » En disant cela ils se flagellaient cruellement, et tous ceux qui les entendirent et virent la rigueur de leur pénitence, en versaient des larmes^ Cette nation unit un bon jugement à une grande simplicité, et elle paraît ne le céder en rien aux Japonais. Il a plu à Dieu Notre Seigneur de prendre ces prémices du roj'aume de Corée, à l'occasion de cette guerre, pour le plus grand bien de leurs âmes. L'opinion commune, dans les entretiens qu'ils ont entre eux, est que si la prédication de la loi évangélique pénétrait une fois en Corée (ce qui semble ne devoir pas être difficile par la voie du Japon), elle y serait très facilement reçue, et pourrait prendre dans ce royaume de grands développements *. »

Ces belles espérances ne furent point réalisées. En 1598, Taïko-Sama, se sentant mourir, envoya à ses troupes l'ordre formel d'abandonner toutes leurs conquêtes, et de revenir tout de suite au Japon. Les tuteurs de son fils pressèrent l'exécution immédiate de cet ordre, et la Corée tout entière, sauf le poste militaire de Fusan-kaï sur la côte sud-est, se retrouva sans coup férir sous l'autorité de son propre roi.

Les troupes japonaises, en quittant la Corée, y laissèrent-elles quelques germes de christianisme, et faut-il faire remontera cette expédition la véritable origine de l'Eglise coréenne ? On Ta dit et répété ; mais cette assertion ne soutient pas un examen sérieux.

L'an 1784, le jour du salut se leva enfin pour la Corée.

Le principal instrument dont la Providence se servit ponr introduire l'Evangile en Corée fut Ni Tek tso, surnommé

1. Leltre annuelle du Japon pour 1595. Rom«, 1599, p. 136 et ftuivautes.

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Piek-i. Il descendait de la famille des Ni de Kieng-tsiou, qui, depuis deux ou trois générations, s'était tournée exclusivement vers la carrière des armes. Le père de Piek-i voulut l'appliquer, dès son enfance, aux exercices de Tare et de l'équitation, qui pouvaient plus tard rendre son avancement facile. Mais l'enfant refusa disant que, dût-il mourir, il ne s'y livrerait pas. Son père lui donna ce surnom de Piek-i, pour désigner la ténacité de son caractère.

Avec l'âge, Piek-i devint un homme d'une haute stature et d'une force prodigieuse, « Il avait, disent les relations coréennes, une taille de huit pieds *, et d'une seule main pouvait soulever cent livres. Son extérieur imposant attirait vers lui tous les regards ; mais il brillait surtout par les qualités de Tâme et les talents de l'esprit. Son élocution facile pouvait être comparée au cours majestueux d'un fleuve. Il s'appliquait à approfondir toutes les questions, et dans l'étude des livres sacrés du pays, il s'était fait, dès sa jeunesse, une habitude de creuser toujours les sens mystérieux cachés sous le texte. » Piek-i cherchait tous les gens instruits. Il aimait la plaisanterie, et se souciait peu de l'étiquette coréenne ;

En 1777, le célèbre docteur Kouen Tsielsin-i, accompagné de Tieng Iak-tsien-i et de plusieurs autres nobles, s'était rendu dans une pagode isolée pour s'y livrer avec eux, sans obstacle, à des études approfondies. Piek-i, résolut d'aller se joindre à eux. On était en hiver, la neige partout, et la pagode à plus de cent lys de distance. Il part, la nuit le surprend, mais continuant sa route, il arrive vers minuit à une pagode on il apprend que la pagode qu'il cherche est située sur le versant opposé de la montagne ! Cette montagne est élevée, couverte de neige, et pleine de tigres. N'importe, Piek-i fait lever les bonzes, prend un bâton ferré pour se défendre, et poursuit sa route.

(1) Le pied coréen est plus petit que le pied français.

A ce propos, il est bon de rappeler au lecteur que les mémoires de Mgr Daveluy sur cette période primitive, ne sont le plus souvent que la Iraduction littérale des documents originaux coréens, ce qui explique l'emphase toute orientale de certaines descriptions d'hommes et de choses.

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L'arrivée de Piek-i et de ses compagnons répandit d'abord la frayeur parmi les habitants de cette demeure isolée. Mais bientôt la joie succéda à la crainte, et le jour parut.

Les conférences durèrent plus de dix jours. Pendant ce temps, on chercha la solution des questions les plus intéressantes sur le ciel, le monde, la nature humaine, etc. Toutes les opinions des anciens furent rappelées et discutées point par point. On étudia les livres de morale des grands hommes ; on examina quelques traités de philosophie, de mathématiques et de religion, composés en chinois par les missionnaires européens, et on chercha à en approfondir le sens. Ces livres étaient ceux qu'à diverses reprises les ambassadeurs coréens avaient rapportés de Péking. Un certain nombre de savants en avaient entendu parler, car dans les compositions littéraires qu'il est de mode d'échanger entre Coréens et Chinois, lors de l'ambassade annuelle, on voit, vers cette épociue, qu'il est souvent fait allusion aux sciences et à la religion européennes.

Or, parmi ces ouvrages scientifiques, se trouvaient quelques traités élémentaires de religion. C'étaient les livres sur l'existence de Dieu, sur la Providence, sur la spiritualité et l'immortalité de l'âme, et sur la manière de régler ses mœurs en combattant les sept vices capitaux par les vertus contraires. Accoutumés aux théories obscures et souvent contradictoires des livres chinois, ces hommes droits et désireux de connaître la vérité, entrevirent tout de suite ce qu'il y a de grand, de beau et de rationnel dans la doctrine chrétienne. Les explications leur manquaient pour en acquérir une connaissance complète ; mais ce qu'ils avaient lu suffit pour émouvoir leurs cœurs et éclairer leurs esprits. Immédiatement, ils se mirent à pratiquer tout ce qu'ils pouvaient connaître de la nouvelle religion, se prosternant tous les jours, matin et soir, pour se livrer à la prière. Ayant lu quelque part que, sur les sept jours, on doit en consacrer un tout entier au culte de Dieu, les septième, quatorzième, vingt-unième et vingt-huitième jours de chaque mois, ils laissaient toute autre affaire pour vaquer uniquement à la méditation, et, en ces jours, observaient l'abstinence ; tout cela dans le plus grand secret, et sans en parler à personne. On ignore pendant combien de temps ils continuèrent ces exercices,

mais la suite des événements porte à croire que la plupart n'y furent pas longtemps fidèles.

Une semence précieuse avait été ainsi déposée dans le cœur de Piek-i, mais il sentait combien ces premières notions sur la religion étaient insuffisantes, et toutes ses pensées se portaient vers la Chine, oii devaient se trouver les livres plus nombreux et plus détaillés nécessaires pour compléter son instruction. Se procurer ces livres était chose bien difficile, et plusieurs années s'écoulèrent en tentatives infructueuses. Il ne se décourageait pas cependant, et ne manquait aucune occasion d'approfondir et de discuter la doctrine chrétienne. Nous lisons, dans une des premières relations écrites par les chrétiens, qu'au commencement de l'été de 1783, le 15 de la quatrième lune, après avoir séjourné quelque temps à Ma-tsaï, dans la famille Tieng, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de sa sœur, Piek-i monta sur un bateau avec les deux frères Tieng Iak-tsien et Tieng Iak-iong, pour se rendre à la capitale. Pendant le trajet, leurs études philosophiques habituelles furent le sujet de leurs conversations. Des dogmes de l'existence et de l'unité de Dieu^ delà création, de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme, des peines et des récompenses dans le siècle futur, furent examinés et commentés tour à tour. Les passagers, qui entendaient pour la première fois ces vérités si belles et si consolantes, en étaient surpris et enchantés. Il est très probable que de semblables conférences se seront souvent renouvelées, mais aucun autre détail ne nous a été conservé.

Dieu permit enfin la réalisation des vœux ardents de ces âmes droites qui cherchaient la vérité avec tant de zèle. Pendant l'hiver de cette même année 1783, Ni Tong-ouk-i fut nommé troisième ambassadeur à la cour de Péking. Son fils Senghoun-i, l'un des amis intimes de Piek-i, devait l'accompagner dans ce voyage. Disons ici quelques mots de ce dernier qui, pendant plusieurs années, va jouer un rôle important dans l'histoire de l'Eglise coréenne.

Ni Seng-houn-i, appelé aussi Tsa-siour-i, était de la noble famille des Ni de P'ieng-t'sang qui jouissait d'une haute réputation. Il naquit en 1756. A dix ans, sa capacité préco ce s'était déjà révélée, et à vingt ans il s'était fait un nom parmi les

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lettrés. Voulant marcher sur les traces des saints de son pays, il se lia avec les hommes les plus célèbres par leur science et leurs vertus. Il s'appliquait à régler ses mœurs autant qu'à se perfectionner dans les lettres et les sciences. A vingt-quatre ans, en 1780, il obtint le degré de docteur.

Piek-i fut comblé de joie en apprenant que Seng-houn-i devait suivre son père dans l'ambassade de Péking. Il alla aussitôt le visiter ; et voici, d'après les documents de Tépoque, le discours qu'il lui tint : « Ton voyage à Péking est une occasion « admirable que le Ciel nous fournit pour connaître la vraie « doctrine. Cette doctrine des vrais saints, ainsi que la vraie « manière de servir l'Empereur suprême, créateur de toutes «( choses, est au plus haut degré chez les Européens. Sans cette « doctrine nous ne pouvons rien. Sans elle on ne peut régler « son cœur et son caractère. Sans elle, on nepeut approfondir les « principes des choses. Sans elle, comment connaître les dif- « férents devoirs des rois et des peuples ? Sans elle, point de « règle fondamentale de la vie. Sans elle, la création du Ciel et « de la terre, les lois des pôles, le cours et les révolutions « régulières des astres, la distinction des bons et des mauvais « esprits, l'origine et la fin de ce monde, l'union de l'âme et « du corps, la raison du bien et du mal, l'incarnation du Fils « de Dieu pour la rémission des péchés, la récompense des « bons dans le ciel et la punition des méchants dans l'enfer, « tout cela nous reste inconnu. » A ces paroles, Seng-oun-i qui ne connaissait pas encore les livres de religion, fut ému de surprise et d'admiration. Il demanda à voir quelques-uns de CCS livres, et ayant parcouru ceux que Piek-i avait en sa possession, tout ravi de joie il demanda que faire : « Puisque tu « vas à Péking, dit Piek-i, c'est une marque que le Dieu su- € prême a pitié de notre pays et veut le sauver. En arrivant, « cours aussitôt au temple du Maître du ciel, confère avec les « docteurs européens, interroge-les sur tout, approfondis avec « la doctrine, informe-toi en détail de toutes les pratiques de t la religion, et apporte-nous les livres nécessaires. La grande « affaire de la mort, la grande affaire de l'éternité est entre tes « mains : va, et surtout n'agis pas légèremen*. »

Ces paroles pénétrèrent profondément dans l'âme de Seng-

houn-i. Il les reçut comme la parole du Maître, et promit de faire tous ses efforts pour réaliser leurs communs désirs.

Seng-houn-i partit donc pour Péking dans les derniers mois de 1783. Arrivé dans cette capitale, il se rendit à léglise du Midi S où il fut reçu par l'évêque Alexandre Tong auquel il demanda à s'instruire. — C'était le célèbre Alexandre de Govéa, Portugais, de l'ordre de Saint-François, l'un des plus doctes et des plus grands évêques dont peut se glorifier l'église de Chine, et l'un de ceux qui ont le plus travaillé à ramener les chrétiens chinois à la stricte observation des décrets du Saint- Siège concernant les rites. — Les relations coréennes disent aussi que Seng-houn-i vit à Péking l'Européen Sak Tek-t'so, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, encore plein de santé et d'un extérieur très affable, et un jeune homme nommé Niang. Dans les quatre églises de la ville se trouvaient environ soixante personnes. Seng-houn-i se mit avec zèle à étudier la doctrine chrétienne, et fut bientôt en état de recevoir le baptême. Ce sacrement lui fut conféré avant son départ, et comme ^on espérait qu'il serait la première pierre de l'Eglise coréenne, on lui donna le nom de Pierre. Voici comment M. de Ventavon, missionnaire à Péking, écrivant en date du 25 novembre 1784, annonçait à ses amis d'Europe cet heureux événement :

« Vous apprendrez sans doute avec consolation la conversion d'une personne dont Dieu se servira peut-être pour éclairer des lumières de l'Evangile, un royaume où l'on ne sache pas qu'aucun missionnaire ait jamais pénétré; c'est la Corée, presqu'île située à l'Orient de la Chine. Le roi de cette contrée envoie tous les ans des ambassadeurs à l'empereur de la Chine dont il se regarde comme vassal. Il n y perd rien ; car s'il fait des présents considérables à l'empereur, l'empereur lui en fait de plus considérables encore. Ces ambassadeurs coréens vinrent, sur la fin de l'année dernière, eux et leur suite, visiter notre église ; nous leur donnâmes des livres de religion. Le fils

1. Il y avait alors dans Péking quatre églises, une à chacun des points cardinaux. Celle du midi était, et est encore, la cathédrale.

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d'un de ces deux seigneurs, âgé de vingt-sept ans et très bon lettré, les lut avec empressement ; il y vit la vérité, et, la grâce agissant sur son cœur, il résolut d'embrasser la religion après s'en être instruit à fond. Avant de l'admettre au baptême, nous lui fîmes plusieurs questions, auxquelles il satisfit parfaitement. Nous lui demandâmes, entre autres choses, ce qu'il était résolu de faire, dans le cas où le roi désapprouverait sa démarche, et voudrait le forcer à renoncer à la foi ; il répondit, sans hésiter, qu'il souffrirait tous les tourments et la mort plutôt que d'abandonner une religion dont il avait clairement connu la vérité. Nous ne manquâmes pas de l'avertir que la pureté de la loi évangélique ne souffrait point la pluralité des femmes. Il répliqua : je n'ai que mon épouse légitime et je n'en aurai jamais d'autres. Enfin, avant son départ pour retourner en Corée, du consentement de son père, il fut admis au baptême que M. de Grammont lui administra, lui donnant le nom de Pierre ; son nom de famille est Ly *. On le dit allié de la maison royale. Il déclara qu'à son retour il voulait renoncer aux grandeurs humaines, et se retirer, avec sa famille, dans une campagne pour vaquer uniquement à son salut. Il nous promit de nous donner chaque année de ses nouvelles. Les ambassadeurs promirent aussi de proposer a leur souverain d'appeler des Européens dans ses Etats. De Péking jusqu'à la capitale de Corée, le chemin par terre est d'environ trois mois.

« Au reste, nous ne pouvons nous entretenir que par écrit avec les Coréens. Leurs caractères et les caractères chinois sont les mêmes, quant à la figure et à la signification ; s'il y a quelque différence, elle est légère ; mais leur prononciation est tout à fait différente. Les Coréens mettaient par écrit ce qu'ils voulaient dire ; en voyant les caractères, nous en comprenions le sens, et ils comprenaient aussi tout de suite le sens de ceux que nous leur écrivions en réponse... hy

Au printemps de 1784, Pierre Seng-houn-i rentra dans la capitale de la Corée, apportant des livres en grand nombre, des

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