‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 39 sur 75 · AN 9 REP · texte numérisé non relu

AN 9 REP

« Il faut savoir qu'après ka fameuse capitulation d'El- Arisch, à laquelle souscrivit l'infortuné Kléber * pour pouvoir rapatrier Tarmée d'Egypte, nos soldats furent livrés par les Anglais comme prisonniers de guerre aux Turcs. Ceux-ci les déportèrent en Asie Mineure, les internèrent en divers lieux, notamment à Sinope, à Zilé» 200 dit-on, et à Amasia 10 environ.

« Un vieux Turc, mort il y a deux ans, avait raconté à M. Z. [M. Fortuné Imbert], notre voisin, que les Turcs pressèrent les soldats français de se faire musulmans. Cinq embrassèrent leur religion et furent convenablement établis dans le pays. Le vieux Turc indiquait leurs familles, leurs enfants, etc. Les cinq autres furent rélégués dans des tombeaux de la citadelle, enfermés, gardés à vue durant deux ans.

« Comme ils persistaient à rester chrétiens, on les condamna à mort et on les exécuta. Le vieux Turc assurait qu'on pouvait lire leurs noms sur les parois du tombeau.

1. Kléber n'a pas signé la convention d'El-Arisch ; ce fut son successeur dans le commandement en chef, le général Menou, jadis le marquis de Menou, député aux Etats généraux, plus tard protégé de Barras et qui, pendant son séjour en Egypte, apostasia, devint niahométan et se fit nommer Abdallah pour le plus grand divertissement de l'armée française. Ce triste personnage porterait la responsabilité de l'évacuation de l'Egypte si sa sottise ne prenait les dimensions d'une sorte d'excuse. Il n'y eut jamais de capitulation d'El- Ariscb, mais la convention d'El-Arisch.

Cinq soldats français marhjrs 141

« Vous comprenez dès lors pourquoi je poussais ce cri un peu ému. Sans y penser, nous nous trouvions dans la position de nos cinq braves soldats, de nos cinq martyrs, si la tradition n'est pas menteuse. En tous cas, tous les cinq sont des héros qui ont péri loin de la patrie pour laquelle ils avaient combattu.

Quelle prison I Un carré qui peut avoir 3 m. 50 de profondeur et autant de largeur. Le plafond est plat. La paroi de gauche ne s'élève qu'à 0 m. 70 du sol sur les deux tiers de la longueur et donne accès à une nouvelle chambre funéraire cintrée, d'environ trois mètres de profondeur et terminée au fond par un tombeau en forme d'auge et taillé dans le roc comme tout le reste.

« Nous nous mettons à fouiller tous les coins pour découvrir d'autres noms. Nous en relevons six. Les voici :

« 1° Peyre, Français , 1801 an 9 Rép.

u 2° Copin, an 8. — Et ailleurs : Copin, Français, 1801, volontaire ; et encore ailleurs : Copin, de Ch.., (le reste inachevé ou effacé par la fumée.

« 3° Brou^ Français, prisonnier, 1800. — Un peu à côté on lit 1844. Est-ce 1804 ou 1844 ?

« 4° Millias, prisonnier de guerre Fan 1801.

(( 5° Lesuear, natif...

« 6° G ra fiche.

€ C'est à peine si trois noms de date récente comme 1875 et écrits en grec ou en arménien accusent d'autres traces de visiteurs.

« Evidemment bien peu sont montés jusque-là. Les inscriptions n'ont été mutilées par personne et sont après 90 ans aussi lisibles que si elles étaient d'hier.

« Qui dira le supplice de ces deux longues années dans ce réduit glacé l'hiver, chaud l'été, où Tair ne se renouvelait pas et d'où les prisonniers ne pouvaient sortir. »

Le R. P. Lebon ajoutait qu'il avait connu M. Fortuné Imbert, français. « Je Tai interrogé, écrit-il, mais je n'ai pu obtenir aucun autre détail, ni même retrouver les descendants des cinq apostats. Je me suis demandé quelquefois si le vieux Turc dont il est parlé ne serait pas un des cinq apostats ; il était favorable aux chrétiens et laissa sa maison en héritage à deux chrétiens, ce qui est extraordinaire pour le pays.

« Actuellement, le tombeau est couvert de noms de date récente parce que le récit des Pères a renouvelé la tradition et beaucoup sont venus visiter le tombeau et y inscrire leur nom ; par suite il faut savoir où sont les noms pour les découvrir; mais lorsque je suis arrivé à Amasia en 1900, ils étaient presque seuls, et leur ancienneté était hors de doute, à cause de la patine produite par l'humidité.

« Le sixième nom n'est pas un nom propre, il a été mal lu par le R. P. André : c'est profiche=sous-officier qu'il faut lire, il est très distinct au second endroit.

« Ce tombeau est dans un rocher à demi isolé touchant ceux qui supportent la citadelle du côté de Tokat.

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