‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 49 sur 75 · MARTYRE DE CHARLES NI · texte numérisé non relu

MARTYRE DE CHARLES NI

Le 25 janvier 1802, les ministres publièrent une Instruction contre la mauvaise religion qui fut envoyée à tous les gouverneurs de province, de façon à être publiée le jour du nouvel au. Cette pièce est devenue loi fondamentale de l'Etat et a fixé désormais la législation à suivre contre les chrétiens. Appliquée avec plus ou moins de rigueur selon les circonstances, chacune des persécutions postérieures a été motivée par elle. Avec l'expédition de cette pièce on enjoignait aux tribunaux d'exécuter immédiatement les sentences rendues, de terminer en toute hâte les procès encore pendants pour cause de religion et de ne plus commencer de nouvelles poursuites. En conséquence, deux exécutions eurent lieu coup sur coup dans la capitale, le 29 et le 31 janvier 1802. Le 29, huit chrétiens versèrent leur sang à la suite de Charles Ni, frère aîné de Luthgarde Ni dont nous verrons le martyre le 31. Nous ne connaissons pas de détails sur le procès de Charles Ni, mais seulement la lettre qu'il écrivit à sa mère, la veille de sa mort, à l'âge de vingt-deux ans.

Bibliographie. — A. Dallet, Histoire de VE§lise de Corée, t. I, p. 229-231.

Lettre de Charles Ni a sa mère.

Le 28 janvier 1802.

« Moi, votre fils, je vous écris aujourd'hui pour la dernière fois. Quoique je sois le plus grand des pécheurs, le Seigneur, par un bienfait extraordinaire, daigne m'ap-

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peler à lui d'une manière toute spéciale. Je devrais être rempli de contrition et d'amour, je devrais essayer, par ma mort, de payer quelque peu cette faveur ; mais la masse des péchés de toute ma vie, atteignant jusqu'au ciel, mon cœur, semblable au bois et à la pierre, ne laisse pas encore couler de larmes pour cette grâce insigne. J'ai beau considérer l'infinie bonté de Dieu, comment pourrais-je n'être pas honteux, et ne pas craindre ses terribles punitions ? Toutefois, quand je réfléchis, je me dis : Mes péchés, il est vrai, sont sans bornes, mais la miséricorde de Dieu est aussi sans limites. Si de sa main clémente il veut bien m attirer, devrais-je mourir dix mille fois, qu'ai-je à regretter et sur quoi peuvent porter mes inquiétudes ?

« Faible comme je suis, ne pouvant prendre une détermination courageuse, je me disais souvent : Si par une grâce spéciale de Dieu la mort me devenait inévitable, quel bonheur ce serait pour moi I Et voilà qu'aujourd'hui Dieu me sert selon mes désirs ; n'est-ce pas le plus grand des bienfaits ? Tant que j'ai été dans ce monde, je crains de n'avoir pas su remplir mes devoirs de fils et de ne pas vous avoir témoigné toute la soumission que je devais ; c'est là le sujet de ma peine et de mes regrets. Ne vous séparez pas les uns des autres, et j'espère vous revoir sous peu pour toujours, dans le ciel. Je n'oublierai pas mon fils Koui-pir-i ; cher enfant, sois bien obéissant, reste avec tous les autres sans jamais t'éloigner d'eux, et quand il en sera temps, viens me retrouver. J'aurais bien des choses à dire, mais je ne puis le faire longuement. Surtout ne vous contristez pas trop, et après avoir conservé ici-bas le corps et l'âme en bon état, réunissons-nous pour toujours.

« Année sin-iou, le 25 de la douzième lune,

« Charles Ni. »

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