La barre d'or valait au moins 1.200 francs
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héroïsme ordonna de leur présenter deux papiers, leur faisant dire de signer l'un ou l'autre. L'un contenait les plus atroces injures contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et la religion. L'autre commandait de choisir un genre de mort. Ils rejettèrent le premier et signèrent le second, choisissant la décapitation. Alors les mandarins prononcèrent la sentence suivante :
Nous, les mandarins suprêmes Lé-Kanh-Trinh et Lam-Tuy-Nghia, obéissant aux ordres du roi, faisons connaître que sur le rapport du mandarin Tam-Phap, les soldats de la province méridionale Pham-Viet-Huy et Bui-Duc-Thé exposent qu'ils suivent la Religion de Jésus-Christ et qu'ils ne veulent pas l'abandonner. Si l'année passée ils ont foulé aux pieds le saintarbre de la croix au chef-lieu de leur Province, ils furent violentés par le gouverneur, car ils n'ont jamais eu la volonté réelle d'abandonner leur Religion. Ils s'y attachent et veulent l'observer comme auparavant ; voilà ce qu'ils disent.
« Déjà ce mandarin les a admonestés et leur a fait voir deux ou trois fois les conséquences de leur «ntétem^nt ; mais eux ne veulent qu'une chose : recevoir la mort ; ils jurent qu'ils ne consentiront jamais à revenir en arrière. D'où il appert que ce sont des fous et des insensés. Nous demandons donc qu'on leur applique la loi. Ces hommes ont été depuis longtemps instruits dans la fausse religion ; ils se sont aveuglés, infatués et ne savent plus retrouver le chemin du repentir et de la conversion.
« Antérieurement on avait déjà instruit leur procès, dans lequel on demandait qu'on leur coupât la tête. Le mandarin Bo-Trinh le revisa et sa conclusion fut la même. Tous étaient alors d'avis qu'il fallait les supprimer. Mais nous jugeâmes alors que ces soldats devaient seulement être éprouvés et tourmentés, afin qu'ils révélassent, si c'était possible, des choses qu'il
nous importait de savoir. Voilà pour quelle raison nous ne permîmes pas qu'alors on appliquât la loi et que la sentence fût exécutée ; mais nous ordonnâmes qu'ils fussent exposés à la porte de la ville aux ardeurs du soleil avec une grande et lourde cangue au cou ; qu'ensuite ils fussent conduits au fleuve et là admonestés et menacés qu'ils allaient infailliblement mourir s'ils n'abjuraient pas cette religion. C'est un cas de miséricorde et de grande libéralité de donner du temps au coupable afin que reconnaissant ses erreurs il puisse s'amender et mérite de vivre.
« Quand plus tard arriva la relation adressée à Sa Majesté qu'ils s'étaient repentis de cœur et sincèrement, et avaient abandonné la religion, aussitôt on leur accorda leur pardon ; de plus, ils reçurent une récompense en argent pour encourager les autres. Ah ! dans les tribunaux suprêmes la vie est considérée comme chose de la plus haute importance et d'une valeur souveraine ; on ne permet pas qu'elle soit traitée comme celle des arbres et des plantes.
« S'ils conservaient un peu de raison et de cœur humain, sans doute ils reconnaîtraient leur erreur et redeviendraient de bons sujets ; mais ne suivant que leur aveugle obstination, ils ont poussé l'audace jusqu'à quitter leur patrie pour venir protester à la Cour.
« Il est dur d'avoir affaire à ces présomptueux entêtés luttant contre la raison et les lois. En vérité, ils sont dignes de mépris et delà plus grande abomination. Ce sont des sujets désobéissants et récalcitrants. Comment donc est-ce possible de leur laisser la vie ?
« En conséquence, que ceux qui se sont présentés ici, sans que personne les appelât, c'est-à-dire ces deux malfaiteurs Phan-Vict-Huy et Buy-Duc-Thé, soient livrés aux soldats qui les conduiront au bord de la mer et là avec une grande scie les diviseront par le milieu du
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corps et les jetteront ensuite à 1 eau, afin qu'on soit bien convaincu de la puissance des lois et qu'on conçoive une salutaire terreur.
« Notons que ces malfaiteurs n'eurent jamais une volonté ferme d'abandonner leur religion et que le mandarin T.-Q.-Khanh a agi avec trop de précipitation. Comme ils n'avaient pas voulu conserver la récompense qu'on leur avait donnée, ce mandarin aurait dû tenir compte de cela pour faire sa relation avec clarté.
« De plus, maintenant, on ajoute qu'il y a un autre individu inclus dans le même procès, c'est-à-dire Dinh- Dat, qui est coupable d'une moindre offense. S'il a accepté sa récompense ou non, s'il a abjuré cette religion pour de bon, ou non, et ce qu'il en est aujourd'hui, sont des choses que nous voulons savoir.
« De plus, quand jadis on déposa aux pieds de ces malfaiteurs le bois de la croix pour qu'ils passassent dessus et le foulassent, nous ne savons si les mandarins regardaient réellement et se rendaient compte de ce qui avait lieu ou non, Ici encore nous demandons à être renseignés. Que T.-Q.-Khang se souvienne bien de tout ce que nous venons de dire et nous fasse une relation claire : on lui donnera alors des ordres pour agir. »
La partie de la sentence concernant Huy et Thé fut exécutée le 12et le 13 juin 1839 ; elle avait été rendue le 11. Les deux vaillants chrétiens furent conduits au bord de la mer dans le port de Huc-Tuan, et là sciés en deux, puis coupés en deux, puis coupés en quatre et jetés à l'eau, sans doute afin que les chrétiens ne pussent pas vénérer leurs reliques.
Pendant qu'en Annam les deux champions rem portaient la palme du martyre, Dat, qui n'avait pu accompagner, se préparait à la lutte. Il aurait pu déserter et se cacher, mais il dédaigna ce moyen.
Vers la fin de juin, étant dans sa maison, il vit entre
un soldai de sa compagnie qui lui dit : « Le général et le capitaine de notre compagnie m'ont donné l'ordre de l'aviser qu'on a reçu un décret du roi ordonnant de l'arrêter et de te condamner. Je t'annonce aussi que nos compagnons Huy et Thé ont été exécutés à la Cour. »
Dat manifesta une grande joie, et s'en fut tout de suite chez ses parents et ses amis, leur fît ses adieux et leur demanda instamment des prières. Sa femme essaya de le faire renoncer à son dessein ; elle plaida, pleura, lui montra sa fille unique qu'il allait abandonner. Dat fut très ému, mais très ferme ; il dit que Dieu aurait soin d'elle et de sa fille, et qu'il ne serait pas digne de Jésus-Christ s'il les aimait au point de leur sacrifier son devoir et son Dieu. La pauvre femme vint le relancer jusque dans sa prison à Nam-Dinh. Il la renvoya en disant : « Si tu viens encore pleurer, n'entre plus ici pour me voir. »
A l'arrivée des émissaires de T.-Q.-Khang à la maison de notre bienheureux, comme il n'avait pas encore reçu les sacrements, il se cacha afin d'avoir le temps de se confesser et de communier. Suivant d'autres témoins, il ne se serait pas caché, mais à l'arrivée des soldats qui venaient le prendre, il leur servit à manger et leur demanda la permission d'aller dire adieu aux habitants du village pendant qu'ils faisaient leur repas, et il aurait profité de ce moment pour se confesser. De retour chez lui, il se livra aux soldats qui le conduisirent à la maison commune, où les notables du village l'attendaient.
L'un de ceux qui étaient réunis lui dit : « N'as-tu pas reçu de l'argent du roi ? Comment se fait-il donc que tu sois maintenant prisonnier ?» — Le martyr répliqua : « Je n'accepte pas cet argent, parce que je ne consens pas à fouler la croix aux pieds. » Un autre ajouta : « Voici donc Dat qui abandonne sa femme, sa fille et sa patrie. » « Ma patrie, dit alors le bienheureux, ma femme et mafiUe, jeles laisse entre les mains de la divine
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Providence, et jedemande au peuple d'avoir compassion de ma femme et de ma fille *. » Ce qu'ayant dit, il fît la révérence aux notables à la mode du pays ei partit avec les soldats, laissant en larmes ses parents, ses amis et tous les gens de Phu-Nay. Il dit en sortant de son village : « Mes deux frères jouissent déjà des délices du ciel, mais Dat empêtré ici n'a pu encore les obtenir. » Il tira son rosaire et le récita avec grande dévotion tout le long du chemin. Les soldats qui le conduisaient, n'ayant aucune crainte que celui qui s'était livré à eux avec tant de joie essayât de leur échapper, ne lui mirent ni liens ni cangue. En route, il rencontra quelques anciens camarades de la milice qui s'inclinèrent avec un certain respect pour le saluer ; mais Dat refusa avec politesse et modestie chrétienne cet acte de vénération en leur disant : « Permettez-moi de ne pas accepter ces hommages. » Ses compagnons lui répondirent : « Ami, allez en paix et souvenez-vous de nous. » Aux chrétiens qui en route vinrent le saluer en pleurant, il disait : <( Vous ne devez nullement pleurer, mais vous féliciter avec moi. »
A son arrivée à Nam-Dinh, il fut présenté à T. -Q.- Khanh, qui aussitôt lui parla de passer sur la croix. « Tes deux compagnons, lui dit-il, à cause de leur morgue et de leur folie à suivre une religion fausse, ont été divisés en quatre, mais toi tu seras coupé en huit morceaux si tu n'abjures la fausse religion de Jésus-Christ en foulant la croix aux pieds. »
Dat répondit : « J'ai déjà souffert de nombreux et grands tourments pour ma foi ; mais dussiez-vous m'en faire endurer de plus affreux encore, jamais je ne fou-
1. Cette fille du bienheureux Dat vivait encore lors de la béatification de son père, en 1900.
lerai la croix aux pieds. De trois frères, deux ont déjà souffert la mort pour la religion, et moi qui vis encore, je demande à mourir également. »
Le gouverneur changea de ton ; « Nous t'accorderons des dignités et de grandes richesses, voyons ! ne crains rien, fais un effort et passe sur la croix. » L'athlète du Christ répondit : «Les dignités et les richesses, à quoi me peuvent-elles bien servir ? Combien les ontpossédées antérieurement et les ont perdues I Qu'attendez-vous donc ? Je demande que vous ne me parliez plus sur ce sujet et que vous le considériez comme épuisé. Que me font vos sollicitations impies ? »
T.-Q.-Khanh alla rédiger la sentence de mort : « Le soldat appelé Oinh-Dat, du village de Phu-Nay, est un malfaiteur qui a suivi jusqu'à présent avec ténacité la fausse religion de Jésus, et maintenant il refuse de l'abandonner d'un cœur sincère. Il n'a aucun respect pour le roi ; il n'obéit pas aux lois du royaume. C'est pourquoi, vénérant l'autorité qui a prononcé la sentence de mort contre lui, nous ordonnons qu'elle soit immédiatement exécutée et que Dat périsse par la strangulation. »
C'était le 18 juillet 1839.
Accompagné du cortège militaire ordinaire, le martyr allait par le chemin, disent les témoins, absorbé en Dieu et priant. Arrivé au lieu de l'exécution, il redoubla de ferveur pendant les lugubres préparatifs et la lecture delà sentence.
Son supplice fut l'affaire d'un instant. Il était à peine mort que les chrétiens présents se précipitèrent pour recueillir le peu de sang qui lui était sorti par la bouche et par les narines.