‹ Les martyrsChapitre 1 sur 147 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

J'éprouve nno rccllc satisfaction à prrsontcr au public la troisième édition d'un livre auquel ses débuts ne faisaient pas augurer ce succès. Plusieurs personnes s'étaient juontrées mécontentes d'un recueil dans lequel elles ne trouvaient presque rien de ce qu'elles comptaient, sur la foi du titre, y rencontrer. En effet, la part faite aux légendes qui sont, depuis des siècles, en possession du droit de remplacer l'histoire véritable était si réduite, les documents sincères choisis avec tant de rigueur, que le contenu du volume ne répondait pas à l'idée qu'on avait pu s'en faire à l'avance.

Cependant, le premier mouvement de surprise et d'humeur passé, le plus grand nombre ne fit pas difficulté de reconnaître l'avantage d'une méthode dont les défaillances tenaient à l'état imparfait de la critique plutôt qu'aux opinions personnelles de l'auteur. C'est bien à tort, en effet, qu'on s'imagine que les chrétiens fervents qui cherchent dans l'exemple des saints des modèles pour leur propre conduite, qu'on s'imagine, dis-je, que ces âmes très pures ne sont pas très délicates à l'égard des objets de leur admiration. Bien loin de s'accommoder des supercheries à condition que ces supercheries

vin Les Martyrs

soient dévotes, beaucoup d'entre elles entendent ne laisser inspirer leur conduite que par des exemples certains. La critique ne saurait avoir de récompense plus choisie que d'assigner ainsi à plusieurs la règle et la limite du sacrifice. Cette considération, à elle seule, suffirait à me faire persévérer dans la voie que j'ai ouverte et où l'approbation la plus haute m'invite à ne plus m'arrête r.

Je ne me fais aucune illusion sur la portée scientifique du présent recueil. Il n'en a aucune et je le veux ainsi. Seules quelques traductions anciennes qui nous conservent des écrits dont l'original a disparu peuvent prétendre à une valeur documentaire. Les traductions que contient ce volume et ceux qui le suivent ne se trouvent pas dans ce cas. Elles n'ont d'autre but que de répondre à leur manière à l'antique sollicitude qu'inspira de tous temps à l'Eglise chrétienne l'instruction des fidèles. Les bons livres sont aussi efficaces pour le bien que les mauvais livres le sont pour le mal. C'est en conformité avec cette maxime que, dès les premiers temps du christianisme, des efforts furent tentés dans le but de procurer aux fidèles les connaissances qui éclairassent leur intelligence et affermissent leur volonté.

Vers la seconde moitié du ii® siècle apparaissent les traductions latines des principaux écrits de la littérature chrétienne : la version de la Bible dite Itala, celle de VÉpitre du pseudo-Barnabe, celles du Pasteur d'Hermas, du Traité contre les Hérésies^2ir saint ïrénée, de VEpitre de saint Clément. Ces traductions — et d autres sans doute qui ne nous sont pas parvenues — sont très habilement choisies et, dès cette époque reculée, nous présentent une sorte de a Bibliothèque théologi(jue » dans

. Préface IX

lîKjuellc les ouvrages fondamentaux delà tliéoloc^ie, de l'apologétique, de l'ascèse et de la controverse contemporaines se trouvent représentés *.

On pourrait, en suivant l'histoire littéraire des traductions laites au point de vue doctrinal depuis les origines de l'Eglise jusqu'à nos jours, écrire un livre neui et curieux; mais ce travail, pour être démonstratif, doit être complet ; nous ne pouvons rien faire de plus ici qu'en suggérer la pensée et en signaler l'intérêt.

Nul doute que dans la primitive Eglise l'enseignement donné aux tidèles ne comprît l'exposition du dogme elde la morale. Nous ne savons pas jusque dans son détail minutieux de quelle façon cet enseignement était distribué. Cependant nous savons que la charge de l'exposer aux frères était la fonction principale, peut-être même l'unique fonction, en un sens, du prêtre '^, qui, àcetiire, était regardé comme le représentant des Apôtres ^. C'est dans le but de reconnaître le zèle déployé par le prêtre dans l'enseignement de la doctrine qu'un honoraire dou])le lui était accordé ^. La formule de l'ordinalion

1 . M. ScHANZ, Geschichte der rômischen Literatur his zum Gcsc'.-zqebungswerk des Kaiser Jiistinian, 3» partie : Die Zeit von Hadrian (117 n Ch.) bis auf Constantin (324 n. Ch.), 1896. Un chapitre spécial est consacré aux traductions : traductions bibliques et hiéronymionnes, trad. de Clément, Barnabe, Ignace, Polycarpe, Hermas, Irénée, Chronique d'Hippolyte (Liber generationis et barbarus Scnligeri), Anatolius, Didaché, Evangile de Thomas, canon de Muratori ?). Il faut ajouter û cette liste les traductions des ouvrages d'Origène.

2 Ch. de Smedt, L'organisation des Eglises chrétiennes jusqu'au milieu du III' si'rlc, dans \& Revue des Quest. hist., l«''oct. 1888, p. 329- 384; l"oct. 1892, p. 1-37.

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