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LE MARTYRE DE SAINT ÉTIEINNE

UIAGRE A JÉRUSALEM, VERS l'aN 3']

Pendant les p^emî^^cs annoos qni suivirent In mort de Jésus, ui». grand nombre de convertis, appartenant à toutes les classes de la société juive et même au sacerdoce, portèrent l'Eglise de Jénisnlem à un haut point de faveur dans la ville ; par leur assiduité au temple, leur étroite observance de la loi, les fidèles étaient un sujet d'édification pour le peuple. Tout fut changé le jour où l'on soupçonna chez ceux en qui l'on ne voyait que des pharisiens plus parfaits que les autres, l'intention de soustraire la foi nouvelle à l'autorité de la Synagogue. L'introduction cliCs diacres hellénistes dans la hiérarchie précipita les événements. Parmi les apôtres nul ne songeait alors à détacher l'Eglise du tronc sur lequel Jésus l'avait entée. Moins subjugués par les grands souvenirs du passé, les hellénistes avaient compris les premiers certaines paroles du Maître qui annonçaient la séparation des «leux Testaments. Le diacre Etienne provoqua un éclat terrible. On ne sait trop quel personnage il était autrefois, l'histoire ne commence pour lui qu'au moment de son élection. Dès lors, son zèle le portait à prêcher beaucoup, et son talent lui amenait des auditoires nombreux. Il soutenait la dispute contre les habitués de la synagogue des Libertini ou affranchis de Rome, des gens de Cyrène, d'Alexandrie, de Gihcie, d'Ephèse, et l'on s'animait fort à ces disputes, dont le sujet était le caractère messianique de Jésus, le crime de ceux qui l'avaient fait nutiiiii . *l dr lous les Juifs qui refusaient d<» le reconnaître

pour le Messie. Les autorités juives résolurent de perdre ce prédicateur ; elles profitèrent d'un gouverncnient intérimaire de Marcellus pour entrer en possession de leurs droits méconnus par les procurateurs. La mort de Tibère et Téloignement du légat de Syrie poussaient à hâter une entreprise qui rendait au Sanliédrin son autonomie d'autrefois. Des témoins furent apostés pour surprendre dans les discours d'Etienne quelque parole contre Moïse ; ayant trouvé ce qu'il" étaient venus chercher, ils se répandirent dans la ville, répétant qu'Etienne avait proféré des blasphèmes contre Moïse et contre Dieu.

[Actes des Apôtres, chap. vi, verset 12, au cliap. vni, verset 2.| Voy. Fou.vRD, Saiat Pierre, ch. iv; — Beurlier, Les Juifs et l'Eglise de Jérusalem daus la Revue d'Histoire et de lÀltérature religieuses (1897), t. II, p. i suiv.

Actes de saint Etienne, Diacre

Ils émurent donc le peuple, les anciens et les scribes et se jetant sur [Etienne], ils l'enlevèrent et l'amenèrent devant le conseil; ils produisirent même de faux témoins contre lui, qui dirent : « Cet homme ne cesse de parler contre le lieu saint et la Loi, car nous lui avons entendu dire que Jésus de Nazareth détruira ce lieu et changera les traditions que Moïse nous a laissées. »

Alors tous ceux qui étaient assis dans le conseil arrêtèrent les yeux sur lui, et crurent voir le visage d'un ange.

Le pontife demande à Etienne si ces accusations sont vraies. Celui-ci répondit : « Mes frères et mes pères, écoutez ! Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham quand il était en Mésopotamie, avant qu'il s'établît à Charan, et il lui dit : « Sors de ton pays et de ta parenté, et « viens clans la terre que je te montrerai. » Alors, sortant du pays des Chaldéens, il habita à Gharan. Et îiprès la mort de sort père, Dieu le fit passer dans cette terre que vous habi-

Le martyre de saini Etienne ai

tez aujourd'hui, où il no lui donna aucun héritage, pas même où poser le pied, mais il promit de lui en donner la j)()ssossion et, après lui, à sa postérité, alors qu'il n'avait point encore d'enfant, et Dieu lui prédit que ses descenfants iraient demeurer dans un pays étranger, qu'ils y seaient réduits en servitude et qu'on les y traiterait avec 'Inreté pendant quatre cents ans ; mais Dieu ajouta : u J'exercerai mes jugements sur la nation qui les aura renie dus esclaves, ensuite ils sortiront de là, et me serviront « dans cette terre. »

(( Depuis il contracta avec lui l'alliance de la circoncision, et ainsi Abraham, ayant engendre Isaac, le circoncit le hnifièmc jour. Isaac circoncit Jacob, et Jacob les douze patriarches. Les patriarches, poussés par l'envie, vendirent Joseph pour être mené en Egypte ; mais Dieu, qui était avec lui, le délivra de toutes ses ailliclions, et par la sagesse qu'il lui donna, le rendit agréable au Pharaon, roi d'Egypte, qui l'établit gouverneur de l'Egyptectde toute sa maison. En ce Irmps survinrent une famine et une grande désolation dans toute l'Egypte et dans le pays de Chanaan, en sorte que nos pères n'avaient pas de quoi vivre. Jacob apprit qu'il y avait du blé en Egypte, il envoya une première fois nos pères, puis une seconde fois, et ils reconnurent Joseph, et sa race fut découverte auPharaon. Alors Joseph envoya im message à Jacob son père, et le fit venir avec toute sa parenté, qui était de soixante-quinze personnes. Jacob donc descendit en Egypte. Après leur mort, Jacob et nos pères furent transférés à Sichera, et déposés dans le sépulcre qu'Abraham avait acheté à prix d'argent des enfants d'ilémor, fils de Sichcm.

u Le temps de la promesse que Dieu avait faite à Abraham s'approchant, le peuple s'augmenta et se multiplia dans l'Egypte, jusqu'à ce que i^haraon eût pour successeur un prince qui ne connaissait pas Joseph. Ceroi, usant d'un artifice pervers contre notre nation, aftligea nos pères, en

les obligeant d'exposer leurs enfants, afin d'en perdre toute la race. Moïse naquit pendant ce temps-là et fut aimé de Dieu, on le nourrit pendant trois mois dans la maison de son père, et puis on l'exposa ; la fille du Pharaon l'emporta, et releva comme son fils. II fut instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, et devint puissant en paroles et en œuvres. A l'âge de quarante ans, il eut la pensée d'aller visiter les enfants d'Israël ses frères ; or, il en vit un qui était maltraité ; il le défendit, et pour le venger, tua l'Egyptien qui lui avait fait outrage. Il croyait que ses frères comprendraient que Dieu les voulait mettre en liberté par son moyen ; mais ils ne le comprirent pas. Le lendemain, il se trouva présent lorsque deux Hébreux se querellaient, et les voulant mettre d'accord, il leur dit : « Hommes, vous êtes « frères, pourquoi vous faites-vous injure l'un à l'autre ? » Mais celui qui avait tort l'écarta en disant . « Qui vous a établi prince et Juge sur nous? Ne voudriez-vous point aussi me tuer, com.^e vous tuâtes hier cet Egyptien ? » Celle parole fit résoudre Moïse à s'enfuir ; il alla demeurer comme étranger dans le pays Oe Madian, où il eut deux fils.

u Quarante ans après, un ange lui apparut dans les déserts de la montagne de Sina, dans la flamme d'un buisson qui était tout en feu. Etonné de ce spectacle. Moïse s'approcha pour considérer ce que c'était, et entendit la voix du Seigneur qui lui dit : u Je suis le Dieu de vos pères, le « Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse fut si elIVayé qu'il n'osait considérer ce feu, mais le Seigneur lui dit : « Otez vos souliers de vos pieds, parce que (( le lieu où vous êtes est une terre sainte. J'ai vu l'aflliction u de mon peuple qui est en Egypte ; j'ai entendu ses gémisc( sements, et je suis descendu pour l'en tirer : venez donc a maintenant, afin que je vous envoie en Egypte, n

u Ce Moïse qu'ils écartèrent, en disant : u Qui vous a étau bli prince et juge », c'est celui-là même que Dieu leur envoya pour être leur prince et leur libérateur, sous la can^

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luile de l'ange qui lui apparut dans le buisson, c'est lui qui les retira de la seivilude en Taisant des prodiges et des miiai'los dans l'Egypte, dans la mer Uouge, et dans le désert prndnnt (piarante ans. C'est ce Moïse qui dit aux enlants d'Israël : a Dieu vous suscitera d'entre vos frères un pro- « phète semblable à moi ; c'est lui que vous devez écouter. » C'est ce même Moïse qui fut avec toute rassemblée du peuple dans le désert, avec l'ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères, et qui reçut les paroles de vie pour nous les donner. C'est lui que nos pères ne voulurent point écouter, mais cjii'ils rejetèrent, retournant de cœur en Egypte, en disant à Aaron : u Faites-nous des dieux qui marchent devant nous, car pour ce Moïse qui nous a tirés du pays d'Egypte, nous ne savons ce qu'il est devenu. » Alors ils fondirent un veau et sacrifièrent à l'idole, et mirent leur joie dans cet ouvrage de leurs mains, mais Dieu se détourna d'eux et les abandonna jusqu'à leur laisser adorer les étoiles du ciel, ainsi qu'il est écrit dans les livres des prophètes : « Maison d'Israël, m'avez-vous ofiert des victimes, des hosties dans le désert pendant quarante ans ? INon ! mais vous avez élevé le tabernacle de Moloch et l'astre de votre dieu Rempham, qui sont des figures que vous avez faites pour les adorer : c'est pourquoi je vous transporterai au delà de Babylone. »

« Nos pères eurent avec eux le tabernacle du témoignage dans le désert, ainsi que Dieu le leur avait ordonné, en disant à Muïse de le construire selon le modèle qu'il lui avait fait voir. Aussi nos pères le reçurent et le portèrent du temps de Josué dans la terre qui avait été possédée par les peuples que Dieu chassa devant eux ; et il y fut jusqu'au temps de David. Comme il était agréable à Dieu, celui-ci lui demanda de pouvoir bâtir une maison au Dieu de Jacob ; mais ce fut Salomon qui édifia le temple, quoique le Très-Haut n'habite point dans les temples faits de la main des hommes, selon la parole du Prophète : u Le ciel est mon trône, et la

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« terre l'appui de mes pieds. » (c Quelle maison m'édifiez- « vous, dit le Seigneur, ou quel sera le lieu de mon repos ? « N'est-ce pas ma main qui a fait toutes ces choses ? »

(( 0 hommes, à la tête dure, incirconcis de coeur et d'oreilles, vous résistez toujours au Saint-Esprit, et vous êtes tels que vos pères ont été ! Quel est le prophète que vos pères n'aient point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient l'avènement du juste que vous venez de trahir et de mettre à mort, vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l'avez point gardée. »

Ces paroles les remplirent d'une rage qui leur déchirait le cœur et ils grinçaient les dents contre Etienne; mais lui, rempli du Saint-Esprit, leva les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus débouta la droite du Père, et dit : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme qui est debout à la droite de Dieu. ))

Alors ils poussèrent de grands cris en se boucltantles oreilles et se jetèrent avec impétuosité sur lui, et le traînèrent hors de la ville, où ils le lapidèrent ; les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme qui s'appelait Saul. Pendant qu'on le lapidait, Etienne invoquait Dieu en disant : u Seigneur Jésus, recevez mon esprit », et il se mit à genoux, éleva la voix et dit : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché ! »

Et après avoir dit cette parole, il s'endormit dans le Seigneur.

Cependant quelques hommes qui craignaient Dion prirent soin d'ensevelir le corps d'Etienne et conduisirent ses funérailles avec un grand deuil.

Li; MAUTYRF. On SMNT JACQUES LE MAJEUU

APOTRE A JÉRUSALEM, l'aN A4

1.(1 rivalité politiqtK^ qui s«^parait les familles illiih^trées par le inverain ponliiicaL se Iradiiisail [)ar des ini([uités destinées à It'toMruer pour un temps la faveur du peuple au proGt du pai ti \iclorieux. Les translations du pouvoir de la famille de Hanan à celle de Bocthus amenaient de nouvelles concessions au goût populaire, qui, en ce temps, à Jérusalem, était tourné aux disputes religieuses. Flérode Agrippa devint, par l'entraînement de cet état de choses, un violent persécuteur. Quelque temps avant la Pàque de l'an [xk, il fit couper la tète à l'apôtre Jacques, fds de Zébédée, frère de Jean. L'exécution ne parait pas avoir été ordonnée par le Sanhédrin, mais par Hérode luimême, qui jouissait du uis giaaii, ou aroit de faire mourir par le glaive. C'était la répétition de ce qui s'était passé pour Jeari- Haptiste. Les circonslances de ce martyre sont incormues, à la réserve d'tm seul trait qui nous a été conservé par Clément d'Alexandrie.

lit SI ^;^. Htsl. ccrlés , livre IL ch. ix. — Boll., Julii VI,5 -47, 6'J-lli. — Anal. Bull. (iSbJ , IV, app. 467-8.

Le martyre de saint Jacques le Majeur, Apôtre

Dans le môme temps, c'est-à-dirc sous le règne de l'empereur Claude, le roi Hcrude entreprit de persécuter quel-

ques membres de l'Eglise, et fît périr par le glaive Jacques, frère de Jean. Dans le septième livre de ses InstituitonSy Clément rapporte du même Jacques une chose tout à fait digne de mémoire, qu'il avait apprise des anciens. Il dit donc que celui qui avait mis Jacques en jugement, voyant avec quelle liberté il confessait la foi du Christ, fut touché de sa constance, et confessa lui-même qu'il était chrétien. Ils furent, dit-il, l'un et l'autre conduits ensemble au supplice. Dans le trajet, cet homme ayant prié Jacques de lui pardonner, l'apôtre s'arrêta un instant, puis il lui dit en l'embrassant : « La paix soit avec toi. » Et ils furcn' ainsi tous deux décapités en même tempâ.

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